À propos du blasphème

par Gérard Leclerc

lundi 9 novembre 2020

La session annuelle de l’épiscopat français, conclue par un remarquable discours de Mgr Éric de Moulins Beaufort.

L’actualité est certes dominée ces jours-ci par l’élection présidentielle américaine, dont je me garderai bien de sous-estimer l’importance. Mais je préfère surseoir un peu à tout commentaire, n’ayant guère à ajouter au déferlement des médias. Mon attention a été attirée par un événement dont le retentissement a été relativement faible, ne serait-ce qu’en raison des conditions où il s’est déroulé. L’assemblée d’automne de la Conférence des évêques de France se tient habituellement à Lourdes, mais le confinement a imposé le moyen des visio-conférences pour que nos pasteurs puissent délibérer sur le programme prévu. Dans son discours de conclusion, Mgr Éric de Moulins-Beaufort a pu donner une idée de la richesse des échanges. Mais un point particulier m’a retenu à cause de son importance théologique et de son insertion dans un des plus graves défi d’aujourd’hui. En effet, le terrorisme islamiste s’est réclamé de dessins considérés par les musulmans comme blasphématoires pour exercer ses récents attentats. Or, cette notion de blasphème n’est pas inconnue de notre propre tradition chrétienne.

Même s’il n’est plus justiciable d’une sanction pénale, le blasphème nous interroge quant à sa gravité. Et le président de notre épiscopat a tenu à apporter quelques éléments de réflexion qu’il serait dommage de ne pas retenir à son propos. Loin d’en atténuer la gravité, il a, au contraire, souligné qu’il est un blasphème non pardonnable, c’est celui dont le Christ a parlé en désignant le péché contre l’Esprit. L’interprétation de cette formule de l’Évangile est délicate, mais on peut tenter une élucidation. User du nom de Dieu pour justifier l’assassinat du prochain, c’est participer du péché contre l’Esprit, même si le criminel est fixé dans une conscience faussée. Mais c’est moi qui résume ainsi la question. Quant à la dérision et à la moquerie, elles ne doivent pas nous déstabiliser mais nous inciter à approfondir l’exemple du Christ qui n’a pas craint d’être bafoué. Il y a aussi l’usage du pouvoir spirituel à des fins perverses, voire criminelles. Ainsi que le refus de reconnaître sa propre culpabilité. Voilà de quoi méditer sereinement au milieu de nos tumultes.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 9 novembre 2020.

Messages

  • le blasphème est une injure majeure proférée contre Dieu, caricaturer est une agression de la divinité.
    En toute religion de toute évidence la nuance existe, mais sa portée est distincte.

    - En Droit coranique la pluralité des écoles sunnite, chiite, soufie et toutes celles régies par un droit canonique national régi par un monarque aux pouvoirs de son Etat, rend le sujet complexe.
    Car le sens de la responsabilité individuelle du croyant, de ses actes et de ses recours, n’ont pas la même définition ni la même portée pour le fidèle.

    - Il en est pour le meurtre, le vol, le viol, et les crimes commis au nom de Dieu que certains tribunaux considèrent avec une tolérance majeure ou relative selon les circonstances.

    - Un récent débat public en France entre un Imam qualifié et un Juge de juridiction française a démontré la difficulté pour un juge en France de délibérer sur des circonstances que le prévenu considérait comme autorisées, et que le droit français qualifiait de responsabilités majeures.

    L’échange fut de courte durée, l’imam réclamait davantage de compréhension de la part de toute juridiction française, le Juge interrogé qualifiait la question "sans réponse immédiate de sa part."

    - Cet éclairage commun du Droit français et étranger pour le suivi des dossiers de justice est devenu désormais une nécessité que l’on ne saurait dénaturer en le considérant "communautariste", par défaut.

    - Il est évident que la proximité des musulmans croyants issus de multiples écoles coraniques qui n’interprètent pas de façon identique la gravité des faits incriminés, rend la question en absence de réponse, faute de préjuger le bienfondé de sa réalité religieuse et individuelle aujourd’hui.

    - Un casse tête permanent pour toute délibération de cour de justice dont la décision n’est jamais pendante des raisons qui font encourir quelque condamnation, mais de la nature des faits commis et jugés selon le droit national, le même pour tous les citoyens dans le pays.

    - Le blasphème ne donne pas la même portée chez nous et dans les pays concernés, la caricature n’a pas davantage le même gravité dans les deux cas.
    Ces deux visions du Droit appliqué sont-elles réconciliables entre elles ?

    Seuls les juristes, penseurs et religieux de Droit civil des uns et Religieux des autres peuvent y coopérer.
    La route de ces échanges est encore longue et nouvelle.

    .

  • Il ne sera jamais assez dit et répété que tout débat avec des représentants de l’islam ne saurait être établi que par des experts avérés. Les chrétiens ne sont pas "les gens du Livre" comme le disent respectueusement certains musulmans, les chrétiens sont les gens de la Parole, les disciples d’une Personne.

    Jésus a dit qu’Il n’était pas venu abolir la loi mais les parfaire (Mt 5, 17), autrement dit qu’Il est venu pour, au contraire, les accomplir, càd, n’est-ce pas, en faire ressortir le sens. Quand Il enseigne : si ton oeil est objet de scandale, arrache-le et jette-le loin de toi, si ta main te scandalise, coupe-la et jette-la loin de toi, et ainsi de suite... iI est évident que c’est une image pour, au-delà de l’oeil, de la main, ou de la langue, dénoncer le péché, le mal. Et si on prend ces mots à la lettre alors les mains de voleur seraient coupées, des yeux seraient arrachés et des langues coupées...

    D’autre part, on a entendu dernièrement un florilège d’utilisation par des media, des écrivains et des officiels d’une citation évangélique pour soutenir la notion et le fait de la séparation de l’Eglise et de l’Etat : "Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". En s’étonnant, au passage, du fait que soit mentionnée cette parole de Jésus pour illustrer cet acte politique, il est à rappeler que Jésus n’a jamais voulu, par cette phrase, signifier une quelconque division mais, face à l’hypocrisie de ses détracteurs, il aura plutôt voulu mettre en garde de ne pas confondre le matériel et le spirituel : en désignant la pièce d’argent à l’effigie de l’empereur et en rappelant la part qui revient à Dieu ou, pour le dire autrement, agir selon Son coeur à Lui. Revoir les Béatitudes...

    Pour terminer : " la liberté d’expression n’est pas un droit absolu" car "en cas d’abus" des situations indésirables peuvent sugir (Constitution et Convention européenne) De plus : "liberté d’expression" signifie la liberté de s’exprimer par la poésie, la sculpture, la composition, l’écriture, le dessin, bref la liberté de faire tout cela. Alors que la diffamation, l’outrage, l’insulte, l’obscénité etc... voilà des violences qui sont le contenu d’une expression. Comme le sont aussi la beauté, la droiture, le respect...

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