À propos des élections départementales

par Gérard Leclerc

lundi 23 mars 2015

Que dire des résultats électoraux d’hier, en dehors des analyses pertinentes des spécialistes ? Les rapports de force qui se sont dessinés, même s’ils ne sont pas tout à fait conformes aux prévisions, sont quand même significatifs de la situation de notre pays. Qu’on le veuille ou pas, nous avons changé d’époque, parce que notre sociologie profonde a changé, parce que les difficultés économiques déterminent de nouveaux clivages, parce que des questions de civilisation se posent aujourd’hui dans des termes très différents des périodes précédentes. Je ne suis pas persuadé que le langage qui a prévalu ces dernières semaines ait été vraiment au diapason de ces transformations de fond. Certes, on peut considérer qu’il y a des clivages en termes de valeurs fondamentales, qui s’expriment de façon catégorique. Mais il n’est pas forcément judicieux de ramener la France de 2015 aux problèmes des années trente, suscitant des représentations et des souvenirs qui appartiennent à un autre temps et sont liés à des systèmes totalitaires qui ont été, fort heureusement, vaincus.

On peut être d’un autre avis, mais je n’ai pas le sentiment que nous soyons en présence de structures idéologiques aussi affirmées, que celles non seulement de l’avant-guerre, mais aussi de l’après-guerre, lorsque le communisme dominait une bonne partie de notre continent et constituait la première force électorale française. Ce n’est plus les certitudes d’autrefois qui dominent, mais les incertitudes. Face à l’inconnu, à l’énigmatique, aux interrogations, il n’y a pas de projet flamboyant, de doctrine assurée. La gauche ne peut plus s’exprimer d’une seule voix, elle ne peut plus se regrouper autour d’un programme commun. La droite, qui pourrait s’appuyer sur le grand discours du libéralisme économique, ne saurait trop s’aventurer dans un projet de réformes drastiques, qui serait incompris par la France qui souffre. Il en va d’ailleurs de même de l’ensemble de ’Europe du Sud, tenté par des formations protestataires, vent debout devant la politique bruxelloise. Il est impossible d’ignorer cette frange protestataire, qui, une fois encore, ne s’identifie pas à une idéologie structurée. Mais voilà qui oblige à traiter les problèmes de fond, ceux que les programmes peinent à circonscrire et à envisager de front.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 23 mars 2015.

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