À propos de l’avortement

par Gérard Leclerc

lundi 11 juin 2018

Le récent référendum irlandais à propos de l’avortement a ranimé chez nous un débat sur la gravité d’un mal sur lequel le concile Vatican II, dans la constitution Gaudium et spes, s’est prononcé avec la plus grande netteté : «  Dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l’homme doit s’en acquitter d’une manière digne de lui. La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception : l’avortement et l’infanticide sont des crimes abominables.  » Dans la même constitution conciliaire, l’avortement est associé à l’euthanasie et au suicide délibéré, comme si Vatican II avait anticipé sur l’évolution morale du monde occidental. Il ne devrait donc y avoir aucune équivoque sur la doctrine de l’Église, rappelée par tous les papes depuis lors, de Jean-Paul II à François qui s’est référé, sur le sujet, explicitement à Gaudium et spes. Faut-il rappeler aussi que le Pape actuel a permis aux prêtres de donner l’absolution en cette matière, pour qu’aucun obstacle ne s’interpose «  entre la demande de réconciliation et le pardon de Dieu  ».

Il n’y avait de sa part nulle intention de banaliser une faute grave parce qu’elle met fin à une vie innocente, mais il y avait au contraire le désir de proposer la miséricorde divine pour permettre à tous d’intérioriser à la fois la conscience de la faute et la nécessité de se réconcilier avec Dieu. Se réconcilier aussi avec soi-même, en assumant l’absence de l’enfant disparu dont seule la charité d’un Dieu vivant permet d’être consolé. Il ne s’agit donc pas de jeter l’opprobre mais de tendre la main avec la sollicitude de cette grâce mystérieuse qui est confiée au ministère des prêtres. Indépendamment de ce recours sacramentel, les exhortations du concile pourraient paraître trop dures. Mais, parallèlement, l’oubli et le mépris de la gravité de la faute justifieraient un déni de la responsabilité humaine et nieraient l’abîme que constitue la transgression d’un commandement fondamental : tu ne tueras pas.

C’est pourquoi il n’est pas possible de traiter à la légère la polémique qui vient d’intervenir entre la direction de La Croix et le philosophe Thibaud Collin parce qu’elle laissera forcément des traces. Isabelle de Gaulmyn, en établissant une différence «  entre une vie déjà là, celle de la mère et une vie en devenir  » s’est exposée à une dévalorisation de l’enfant en gestation, lourde de conséquences. Ce n’est pas en supprimant le blog de Thibaud Collin que notre confrère mettra fin à une interpellation morale d’une telle importance. Ce n’est pas l’expression infamante de «  vichysme mental  » qui compte en l’espèce mais ce qu’elle désigne et qui concerne la conviction de l’Église. La Croix partage-t-elle vraiment cette conviction ou considère-t-elle que la suppression d’une vie en condition fœtale représente un moindre mal ? Un moindre mal qui expliquerait le respect du quotidien envers la transgression inscrite bientôt dans la loi en Irlande ?

Messages

  • Réflexion sur l’avortement
    Pour délivrer une autorisation d’intervention sur l’embryon, la loi s’appuie sur l’existence ou non d’un projet parental. Peut-être qu’à force de chercher une frontière entre le biologique et la personne, entre l’objet et l’être, … ces hommes de loi ont su cerner le concept le plus approchant, le terme le moins binaire : le projet parental. Oui, je crois que dans le désir de Dieu, la procréation devait être régie par le projet parental. Les animaux se reproduisent par instinct, les enfants de Dieu étaient appelés, dans la pensée amoureuse de Dieu à être des Co-créateurs : Les hommes auraient dû se reproduire par désir de s’accomplir dans un projet de dépassement de soi à travers un nouvel être…. Et participer ainsi au déploiement du royaume de Dieu, le royaume de l’esprit !
    Mais c’était avant le serpent ! … Avant que l’homme voulu s’approprier la création pour la soumettre à sa finitude, avant que, pour l’homme et la femme, le plaisir charnel prenne le pas sur le don de soi. Et voici advenue notre condition commune, notre condition humaine, blessée au cœur ! ... Nous qui voulions être « comme Dieu, malgré Dieu » avons été blessés à l’endroit même où Dieu nous voulait déjà de tout temps « comme Dieu par don de Dieu ». Depuis, l’union des corps entraine de façon indissociée la satisfaction du plaisir de la chair et la naissance potentielle d’un nouvel être. Et depuis, nous ne cessons de vouloir dissocier la satisfaction des sens de la procréation ! Avec les siècles, les techniques et savoirs se sont développés mais servent toujours ce même objectif. Que ce soit les méthodes naturelles, le retrait, le préservatif, les spermicides, la pilule, le stérilet, la ligature …et bien sûr l’avortement, tous visent à empêcher la venue d’un enfant sans se frustrer d’un plaisir sexuel. On peut encore élargir cette volonté de dissociation à tous ceux et celles qui dans le secret de leur chambre ou de leur cœur, suscitent leur plaisir sexuel par la masturbation ou la pornographie … N’est-ce pas là aussi un usage infécond de la sexualité, une assurance de jouir sans assumer de parentalité ?Soyons honnêtes … Y a-t-il une vraie différence entre empêcher la procréation et l’interrompre ? Certaines méthodes contraceptives sont d’ailleurs abortives puisqu’elles empêchent la nidification d’un ovule déjà fécondé ! Dans tous les cas nous voulons empêcher d’advenir un nouvel être dont nous enclenchons nous-même la procédure de conception. Ayons l’honnêteté de reconnaitre cela ! Ayons l’humilité de reconnaitre que nous avons tous hérité du venin de ce serpent !
    Il existe cependant des différences entre contraception et avortement : La contraception est anticipée et délibérée alors que l’avortement est appel à l’aide dans une situation d’urgence ! La contraception se pratique dans l’intimité du couple voir de la personne seule, alors que l’avortement nécessite l’intervention d’un tiers et prend place publique. Dans ce dernier cas, il est donc plus facile de désigner un coupable ! Et il semble que le coupable soit réduit à la femme puisque le père reste en général dans le secret et le désintérêt des juges ! Cette visibilité sociale donne l’espace nécessaire à notre hypocrisie pour se déployer en allant jusqu’à penser que nous pouvons ainsi tenir le mal à distance ! Comme le dis Martin Stephens : « On a cet art de toujours accuser les autres du mal qu’il y a dans le monde en se disant que par là au moins, on tient le mal à distance d’un bras. Mais on sait que le bras qui accuse fait déjà partie de ce mal-là … »
    Nous sommes là au cœur de notre humanité blessée par Satan ! … Que celui donc, ou celle, qui n’a jamais péché jette la première pierre sur celle qui a avorté ! Si de telles personnes existent, alors, je suis persuadée que leur cœur est trop pur et trop humble pour oser juger leurs semblables et qu’elles sont si proches du cœur de Dieu qu’elles ne se permettent pas de jeter la pierre à quiconque ! Comme dans l’évangile, nous quitterions (presque) tous et toutes la scène les uns après les autres, en commençant par les plus vieux et il ne resterait bientôt plus que, … Dieu … Et Dieu ne condamne pas … Malgré toutes les fois où nous interrompons ou empêchons délibérément la vie de s’exprimer, Il continue à créer de son souffle divin une nouvelle âme pour tous ces petits êtres que nous acceptons d’accueillir, même pour ceux qui sont venus au monde sans projet parental ! Oui, Dieu place son pardon à l’endroit même de notre blessure !
    Alors que nous jetons l’opprobre sur la femme coupable d’avortement, Dieu voit peut-être en elle son sentiment de culpabilité et la souffrance générée par l’humiliation d’être jugée par ses pairs … Peut-être même Dieu considère-t-il le fait qu’elle n’ait pas utilisé de contraceptif comme une circonstance atténuante de non préméditation ? … Dieu seul sait … Peut-être que Dieu voit dans la contraception un refus prémédité et consensuel d’une conception et qu’Il considère cela comme une circonstance aggravante par rapport à l’avortement ?
    Laissons donc Dieu juger de tout cela ! Mais n’oublions pas que, tant que nous nous drapons dans notre hypocrisie, tant que nous pensons être en dehors du mal, notre orgueil et le jugement que nous portons, nous condamnent à nous éloigner de Dieu. Aussi et peut être surtout, nous perdons l’occasion de mettre de l’amour là où il y a rejet, le pardon là où il y a péché et nous manquons, encore une fois, ce grand rendez-vous d’amour que Dieu nous a proposé.

  • Si seulement les adversaires de l’interruption de grossesse lutaient avec autant d’ennergie pour protéger les enfants qui subissent des mauvais traitements de la part de leurs parents. Le pourcentage d’enfants qui en meurent tous les ans est important et ce que l’on sait moins c’est que des enfants nés normaux peuvent avoir d’importants troubles du comportement du aux mauvais traitements. Les troubles sont très divers, certains enfants, pour se protéger psychologiquement, régressent au stade de nourrisson, ne pouvant plus se nourrir seuls, d’autres pour complaire malgré tout à leurs parents, tentent de se supprimer. Ces enfants sont placés en psychiatrie et souvent ne parviennent plus à retrouver un comportement normal. Au siècle dernier une protestante, Madame Oliven, avait fondé, La maison d’enfants, à Saint Chéron 91530. Les services sociaux lui confiaient des enfants retirés à leurs parents pour cause de mauvais traitements ; elle leur à consacré sa vie, dormant aux milieu d’eux, sa porte toujours ouverte pour les accueillir en cas de cauchemars ou d’angoisses. L’affection que Madame Oliven à porté à ces enfants en a sauvé un grand nombre de l’asile psychiatrique. N’est ce pas plus utile que de se mêler de la vie de femmes dont on ne connait pas les dificultées.

  • @Anna Frotier. Si les personnes sensibles à l’enfance malheureuse (dont je suis) s’intéressaient aussi aux 350 000 enfants à naître mis à mort chaque année en France (ce que je fais), elles feraient certainement une liaison entre ces deux formes de rejet et de maltraitance de l’enfant. Et, en effet, l’avortement peut conduire à la maltraitance des enfants que, nones, volens, on a du laisser naître.

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