À mes frères et sœurs de couleur

Père Richard Gennaro Cipolla, traduit par Bernadette Cosyn

lundi 31 août 2020

Méfiez-vous de ceux qui renversent des statues d’hommes de toutes sortes et de toutes conditions. Tout d’abord, méfiez-vous parce que dans bien des cas ces statues sont la première preuve des traitements indignes infligés aux noirs dans ce pays, depuis le commerce des esclaves jusqu’à ce jour. Mais anéantir ces souvenirs d’un passé douloureux permet de réécrire l’histoire en faveur de ceux qui ont un programme ne se préoccupant pas nécessairement de l’avenir des noirs dans notre société.

Méfiez-vous de la destruction des statues, non seulement des chefs confédérés mais également des gens tels que Christophe Colomb. En dépit des manquements personnels de Christophe Colomb, il a malgré tout apporté au Nouveau Monde la foi chrétienne, sans laquelle le fléau de l’esclavage des noirs n’aurait jamais été aboli dans ce pays. N’oubliez jamais que ce sont nombre des premiers missionnaires et plus tard les méthodistes britanniques qui ont fourni les arguments moraux contre l’esclavage.

C’est bien sûr Abraham Lincoln qui a promulgué la Proclamation d’Emancipation dans le contexte de la pire guerre que notre pays ait jamais connue, connue sous le nom de Guerre Civile [en français la Guerre de Sécession], dont l’héritage se fait encore sentir aujourd’hui. Mais cette déclaration officielle qui mettait fin à l’esclavage dans ce pays était le fruit de ces nombreux chrétiens qui comprenaient clairement que l’esclavage était incompatible avec l’Evangile de Jésus-Christ.

Ils étaient le cœur du Mouvement Abolitionniste qui a joué un rôle si important, non seulement en faisant prendre conscience aux Américains que l’esclavage était un péché mais également en aidant les esclaves qui recherchaient la liberté, à la fois avant et après la Guerre de Sécession.

Tout aussi important : l’expérience de l’esclavage par les noirs a produit une compréhension unique et profonde de la foi chrétienne qui reste un modèle de ce que signifie vraiment être chrétien. Car les esclaves noirs de ce pays se sont identifiés à l’esclavage des Israélites en Égypte et leurs chants, tels les chants des esclaves en Égypte, venaient vraiment des tripes, de leur vie d’esclave. Comme personnes, ils regardaient vers la liberté qui va bien au-delà de la libération de l’esclavage, vers cette liberté que saint Paul appelle la liberté en Christ.

Dans ce qui s’est fait connaître sous le nom de « spirituals », cette expression musicale particulière de l’église noire – depuis « Swing low, sweet chariot » en passant par « There is a balm in Gilead », jusqu’à « Were you there » (When they crucified my Lord) jusqu’au rythme follement joyeux de « O happy day » - dans cette musique ils comprenaient la réalité de la liberté en Jésus-Christ. Et de nos jours très peu comprennent ce que cela veut dire.

C’est vraiment un des événements les plus porteurs de sens dans l’histoire chrétienne, tout au moins dans ce pays, que tant d’esclaves aient accepté l’Évangile de Jésus-Christ. Les esclaves ne se sont pas contentés d’adopter la foi des leurs oppresseurs, ils ont donné à cette foi une profondeur et une signification qui allaient bien au-delà du christianisme de routine qui était celui de nombre de leurs « propriétaires ».

Pour ceux qui étaient esclaves, la liberté n’était pas rien qu’un concept enregistré dans un document. C’était quelque chose de très personnel, et pourtant ils savaient que le seul espoir d’atteindre cette vraie liberté se trouvait dans l’homme Jésus-Christ, dans le Crucifié.

La puissance de l’Église noire est enracinée dans la relation biblique entre la foi et la liberté. Cette foi a toujours été un antidote à la version blanche bourgeoise de la foi chrétienne qui confond la liberté en Christ avec une compréhension individualiste de la liberté qui rejette l’obligation d’aimer Dieu de tout son être et son prochain comme soi-même.

La relation entre la foi et la liberté et son corollaire, aimer sans limite, le révérend Martin Luther King l’avait comprise. Sa croisade pour la justice envers les noirs ne venait pas d’abord d’un programme politique ou sociologique. Elle provenait de sa profonde compréhension du lien entre la justice et la liberté dans le contexte de l’amour de Dieu et de la vérité de Dieu.

Frères et sœurs noirs : méfiez-vous des élites blanches qui rebaptisent des universités au nom de la justice et de la sensibilité. Elles ne sont pas vos amies.

Méfiez-vous de ceux qui mettent bas des statues et défigurent des bâtiments au nom du mouvement Black Lives Matter. Quand les statues seront toutes parties et que les élites auront récrit l’histoire, quand ceux qui ont un programme contraire à la foi des personnes noires imposeront à tous ce programme, alors l’avenir des noirs dans ce pays sera dévoré par ceux qui effacent l’histoire en vue d’atteindre des buts qui sont l’antithèse de la foi chrétienne, cette foi qui a été au centre de l’expérience et de la vie des noirs.

Les protestations pacifiques du mois passé en réponse à la brutalité policière, en dépit de violences et de pillages associés, ont été nécessaire pour une fois encore attirer l’attention sur les injustices que la communauté noire souffre constamment dans ce pays. Mais ces noirs et leurs partisans qui ont toujours foi dans le Dieu d’amour et de miséricorde ne doivent pas se laisser récupérer dans cette juste lutte par ceux dont le programme est incompatible avec la foi chrétienne.


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