À la fête de la Petite Fleur

Stephen P. White, traduit par Albérique

vendredi 27 novembre 2020

Mon vol a atterri à l’aéroport d’Heathrow de Londres le 1er octobre 2003 - la fête de Sainte Thérèse de Lisieux. La véritable signification de cette date m’est apparue beaucoup plus tard, mais à l’époque je l’ai notée puisqu’elle est la sainte patronne (entre autres choses) des pilotes et des équipages en vol.

Ce jour-là, je me rendais à Allen Hall, le séminaire de l’archidiocèse de Westminster, où je passerai huit ou neuf mois. Je suis arrivé avec un décalage horaire et je ne suis pas tout à fait sûr de ce que je faisais dans ce nouvel endroit étrange.

J’étais venu à Londres pour m’inscrire - si s’inscrire est même le mot juste - à un programme qui s’appellerait « St. Patrick’s Evangelization School », en abrégé SPES. Il m’avait été recommandé par un prêtre que je connaissais comme étant une opportunité de discernement vocationnel et d’évangélisation. Je vivrais en communauté avec un petit groupe issu de quatre continents différents. Il y avait un autre Américain. Nous serions logés dans le séminaire (qui avait beaucoup de salles et peu de séminaristes) et travaillerions dans la paroisse Saint-Patrick de Soho.

Expliquer le but de ma visite au douanier d’Heathrow avait été délicat. Non, je n’étais pas un touriste. Non, ce n’était pas un voyage d’affaires. Oui, j’allais vivre dans un séminaire. Non, je n’étudiais pas pour devenir prêtre. Du moins, je ne le pensais pas. Oui, je travaillerai dans une paroisse catholique. Non, je n’étais pas payé. Non, je n’étais pas sûr du type de travail que je ferais. Oui, j’allais vivre dans un séminaire. Non, je n’étudiais pas pour devenir prêtre. Du moins, je ne le pensais pas. Oui, je travaillerais dans une paroisse catholique. Non, je n’étais pas payé. Non, je n’étais pas sûr du type de travail que je ferais. Elle semblait presque aussi sceptique que moi quant à ma présence.

Ce que je savais à mon arrivée, c’est que j’étais juste sorti de l’université il y a quelques mois, apathique et soudain incertain de ma vocation, et sur le point de m’installer dans un séminaire dans un pays étranger. Parfois, Dieu agit de manière subtile, parfois il peut être étonnamment brutal. Cette dernière pensée me rendait plutôt nerveux.

Les mois qui ont suivi ont été transformateurs. La paroisse dans laquelle j’ai passé la plupart de mon temps était sous la direction du P. Alexander Sherbrooke. Le Père Sherbrooke est l’un de ces rares hommes à se sentir à l’aise à la fois avec les grands et les modestes : éduqué à Eton et issu d’une vieille famille réfractaire, il s’occupe d’un troupeau composé de manière disproportionnée (et je le dis avec amour) de rebuts et de marginaux.

Sous l’œil attentif du P. Sherbrooke, nous les étudiants du SPES avons vécu une vie quasi monastique. Prière matinale ensemble dans le sous-sol de l’église. Conférences d’intervenants invités sur un large éventail de sujets variés : théologie, Saintes Écritures, vie spirituelle, etc. Puis venait une heure d’adoration eucharistique, suivie de la messe. Ensuite déjeuner, catéchèse (nous avons couvert le catéchisme d’un bout à l’autre), chapelet de l’après-midi et repas du soir.

La paroisse se trouve au milieu du West End de Londres : à proximité des boutiques haut de gamme d’Oxford Street, de Piccadilly Circus, du quartier des théâtres et des célèbres clubs de musique de la Old Compton Street. Il y a aussi un côté plus racoleur : les bars gays, les sex-shops et les bordels. Au milieu de tout cela se trouvent Soho Square et St. Patrick’s. Les gens viennent à Soho pour trouver satisfaction aux mauvais endroits. Certains s’attroupent sur les bancs du fond de l’Église comme des flots humains – cassés et désapointés par les fausses promesses de Soho. Ils trouvent un répit à St Patrick.

Un soir par semaine, nous accueillions quelques dizaines de sans-abris de Soho pour un repas. Le Père Alexandre nous conduisait tous dans la prière. Certains après-midis, nous allions sur la place de Soho pour évangéliser (à la fois maladroits et humbles). Nous invitions ceux que nous avions rencontrés dans l’église pour un moment de prière tranquille.

Le clocher de l’église abritait une minuscule chapelle avec un tabernacle et deux téléphones. Des volontaires s’occupaient des téléphones chaque soir pour prier devant le Saint Sacrement avec quiconque appelait. Pas d’avis, pas de conseils, juste des prières. Je m’occupais des téléphones une nuit par mois. Certains interlocuteurs étaient un peu « fêlés ». « Oui Madame, nous pouvons prier pour votre chat » (Et pourquoi pas ?). Un homme a appelé de nuit du Nigeria. Et puis il y avait les appelants si désespérés et isolés qu’ils avaient recours à une ligne d’assistance téléphonique pour la prière. C’étaient les appels pour lesquels j’étais soulagé qu’Il soit dans la pièce avec moi.

Quatre heures d’adoration peuvent être épuisantes. La pensée du téléphone qui allait sonner avec un étranger nécessiteux ou désespéré à l’autre bout de la ligne pouvait être terrifiante. Être témoin de la miséricorde de Dieu face à la souffrance humaine – des souffrances bien au-delà de mes capacités d’aider ou de guérir – a été l’un des rares privilèges de ma vie. Je traînais habituellement les pieds en entrant dans cette petite chapelle avec ces téléphones. J’aurais pu flotter en en sortant.

Je suis sûr que Soho a changé de différentes manières depuis que j’étais là-bas, mais seulement en partie. La paroisse ferma son École d’Évangélisation il y a quelques années, mais le Père Alexandre est encore là. Il s’occupe toujours de son petit troupeau de fidèles dans une mission paroissiale, invitant encore les gens à rencontrer le Seigneur.

La prière et les Sacrements sont la force motrice de la vie chrétienne. Je le savais avant mon séjour à Londres, mais je l’ai vécu là-bas comme un fait tangible et indéniable. La prière et les Sacrements – toutes ces heures en adoration, la Messe - sont la base de la charité.

Sainte Thérèse de Lisieux, (je suis arrivé à Londres pour la première fois le jour de sa fête, il y eu plusieurs octobres), le savait. Elle l’a prouvé par sa vie. Elle entra au couvent à l’âge de 15 ans et mourut à seulement 24 ans, mais elle devint Docteur de l’Église et sainte patronne des Missions. Et cela, je l’apprendrai éventuellement, était pourquoi le Père Alexandre l’avait choisie comme une des saints patrons de notre petite École d’Évangélisation et pourquoi nous avions commencé l’année avec sa fête. Sa vie fut petite et cachée, apparemment insignifiante. Mais sa « Petite Voie » a changé le monde.

Et le change encore.

Sainte Thérèse priez pour nous.


Voir en ligne : The Catholic Thing

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