La Tunique dont vous avez été le gardien pendant 11 ans (l’abbé Cariot vient de quitter son ministère, ndlr) va être exposée et vénérée par 80 000 jeunes et des millions de téléspectateurs du monde entier. Que pensez-vous de cet événement historique ?
Abbé Guy-Emmanuel Cariot : Il est doublement historique car Léon XIV sera le second Pape à voir la Sainte Tunique après saint Pierre lui-même : aucun pontife ne l’a vue entre le premier et le dernier ! Ce moment exceptionnel va donc nous relier directement à saint Pierre, dont Léon est le successeur direct. C’est absolument extraordinaire et très émouvant.
Comment, selon vous, va-t-il vivre ce moment ?
Cette tunique « sans couture », qui n’a pas été déchirée au moment de la Passion, symbolise l’unité de l’Église. Je suis donc certain que le Saint Père, dans sa mission de gardien de la foi et de l’unité de l’Église sera très touché de pouvoir vénérer cette relique, qui symbolise sa mission. D’autant plus qu’il aura, la veille, vénéré la Sainte Couronne d’épines au cours des vêpres, à la cathédrale Notre-Dame ! Ce voyage va être un moment très intense pour lui…
Quels en seront selon vous les fruits pour les jeunes ?
Je prie beaucoup pour que les jeunes soient touchés, et je ne doute pas un instant qu’ils le seront, comme les centaines de milliers de pèlerins que j’ai vus venir à Argenteuil depuis 11 ans, car la tunique porte un message d’elle-même et je constate que Dieu passe par elle pour toucher les cœurs. D’ailleurs les jeunes catholiques connaissent cette relique et ils commentent et se réjouissent déjà beaucoup de l’événement sur les réseaux sociaux !
Cette génération, qui vit en grande partie sur le continent numérique virtuel, est-elle sensible au culte des reliques ?
Oui, plus que leurs parents et surtout que leurs grands-parents car, dans un monde où la transmission de la foi a été très pauvre et difficile, ils ont particulièrement besoin de signes tangibles, sensibles, qui évoquent la foi de manière concrète, et la Passion en particulier. Cela soutient leur foi, comme la nôtre d’ailleurs. N’oublions pas que le seul signe que Jésus a donné est celui de la Croix, qu’évoque cette relique ! Et ce signe sera visible dans le Stade de France aux yeux de dizaines de millions de personnes, j’en suis très heureux !
Comment résumer ce message ?
Pendant la veillée, il y aura des témoignages de catéchumènes, qui vont être baptisés dans la foi en Jésus Christ qui a versé son Sang pour nous, est mort, avant de ressusciter. Et justement, la Sainte Tunique nous montre le cœur de la foi : elle nous parle de la Passion, de la Croix, du don de la vie du Christ par amour pour nous. Elle porte son Précieux Sang. Elle contient toute l’identité divine et humaine de Jésus. Elle rappelle aussi la Sainte Cène, au cours de laquelle Jésus portait cet habit. C’était également sans doute son habit de travail, pendant lequel il pensait déjà à sauver le monde. Et c’est réellement dans cet habit qu’il a accompli l’œuvre du Salut du monde et fait « toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5), avant d’en être dévêtu dans une totale humilité, pour s’étendre sur la Croix. C’est dans cet habit qu’il a éprouvé la déréliction de la solitude de sa Passion et qu’il nous a rejoints dans notre solitude et nos souffrances…
Comment le vivez-vous personnellement ?
Comme un événement absolument extraordinaire, sur lequel j’ai la chance de terminer ma mission de recteur de la basilique d’Argenteuil : je termine mon ministère comme un prêtre heureux ! Et mon successeur également, de commencer la sienne ainsi !
