« Le scapulaire est le manteau de la Vierge Marie sous lequel je n’ai rien à craindre, car son but est de me conduire à son Fils Jésus… Elle m’accompagne pour avancer dans la confiance et faire la volonté de Dieu », confie Marie-Cécile, qui porte le scapulaire depuis sa consécration, dans l’Institut Notre-Dame de Vie (lié à l’ordre du Carmel), il y a 34 ans. Cette dévotion est matérialisée par le port du scapulaire du Mont-Carmel, sorte d’habit religieux miniature, qui se compose de deux petits carrés de laine brune, portant l’image de Notre-Dame du Carmel et du Sacré-Cœur de Jésus, reliés par deux cordons, afin de pouvoir le porter sur ses épaules. Il est reçu des mains d’un prêtre, avec les prières rituelles. De plus en plus de catholiques, jeunes en particulier, choisissent de le porter, à l’image de Matthieu, étudiant de 21 ans : « Le scapulaire m’a été remis, avec plusieurs amis, au cours des JMJ, il y a 3 ans, quelques jours après un pèlerinage à Fatima. » Pour lui, il ne s’agit en rien d’un « objet magique ou d’un grigri ». Ses racines plongent au contraire aux origines de l’ordre du Carmel, dont les premiers religieux étaient d’anciens croisés, demeurés en Terre sainte pour vivre en ermites sur les pentes verdoyantes du mont Carmel, près de Nazareth, sous la protection de la Vierge Marie, à laquelle était dédié leur petit sanctuaire. Chassés par les récurrentes invasions musulmanes, la plupart choisissent, à partir de 1238, de rentrer dans leurs pays d’origine. Parmi eux, le bienheureux Simon Stock rentre en Angleterre, en 1241. Il y implante le Carmel, avec d’autres frères, dans le village d’Aylesford, dans le Kent. Ce religieux à la grande réputation de sainteté fut sans doute prieur des ermites du Mont-Carmel, avant d’être général de l’Ordre, qu’il contribua à réformer. La Mère de Dieu lui apparaît, le 16 juillet 1251, comme en atteste ce récit du XIVe siècle : « Simon l’Anglais suppliait souvent la glorieuse Vierge de donner quelque privilège à son Ordre. La Vierge lui apparut, accompagnée d’une multitude d’anges, tenant en sa main un scapulaire, et elle lui dit : « Voici un privilège pour toi et ceux du Carmel. Quiconque meurt revêtu de cet habit sera sauvé ». »
En cette période médiévale, où les relations s’inscrivent dans le droit féodal, le mot « privilège » est essentiel. « À travers ce mot, écrit le Frère Cyril de la Compassion de Marie, ocd, la Vierge se présente à Simon « comme étant sa Dame » et « l’invite donc à entrer en alliance avec elle, où elle reconnaît son devoir de protectrice » » (Le Scapulaire, éditions du Carmel, 2024).
Le samedi au Purgatoire
Une alliance dont le scapulaire est le symbole visible, la livrée dont Marie revêt ceux qui la prennent comme protectrice et refuge pour aller au Ciel. Une promesse qui aurait, selon la Tradition, été confirmée par Marie, en 1317, au pape Jean XXII : « Telle une tendre Mère, je descendrai au Purgatoire le samedi suivant leur mort, et les emmènerai dans les demeures célestes de la vie éternelle. » Ce privilège « sabbatin » – sorte d’indulgence plénière – a été promulgué par la bulle Sacratissimo uti culmine (1322) et confirmé par de nombreux papes. D’un prix inestimable, il engage en retour celui qui a pris Marie pour sa « Dame », à « cultiver la vie intérieure et prier », rappellent le pape Pie XII et tous les écrits des papes à ce sujet. Un contrat réciproque que confirme Matthieu : « Le scapulaire est le signe visible d’un engagement quotidien : Marie m’aide à accomplir mes engagements et mes engagements m’aident à me rapprocher d’elle et par elle du Bon Dieu. »
Avec le chapelet
Dès lors, quelle prière choisir pour le remplir ? Les recommandations de l’Église ont varié à ce sujet. Les fidèles peuvent choisir le petit Office de la Sainte Vierge ou le chapelet, comme y encourage le nouveau rituel du scapulaire (1998). C’est le choix de Clarisse, 25 ans : « Pour moi, le porter est déjà une prière, qui s’ajoute à la récitation quotidienne du chapelet. » De son côté Matthieu confie : « Depuis ma prise du scapulaire je dis le chapelet tous les jours, c’est mon école de la fidélité. » Un lien intrinsèque confirmé le 13 octobre 1917, lorsqu’à Fatima, la Sainte Vierge apparaît aux enfants en portant le scapulaire du Mont-Carmel. Pour Sœur Lucie, l’aînée des voyantes : « La Sainte Vierge voulait que tout le monde porte le scapulaire, qui est le signe de la consécration au Cœur Immaculé de Marie. Le rosaire et le scapulaire sont inséparables. » Révélant au passage que porter le scapulaire signifie également se consacrer au Cœur Immaculé de Marie. À la prière du chapelet, le frère Cyril recommande d’adjoindre la prière d’oraison – pilier du Carmel – comme « moyen privilégié de cultiver la vie intérieure ». En s’en revêtant, les fidèles peuvent également embrasser leur scapulaire, pour le porter avec plus de fruit, comme y encourage l’indulgence accordée par le pape Benoît XV, à ceux qui accomplissent ce geste avec amour, à l’instar de Clarisse : « J’avais observé le geste du prêtre qui embrasse son étole avant de la remettre, c’est pourquoi j’ai l’habitude d’embrasser l’image de la Sainte Vierge et du Cœur de Jésus avant de revêtir mon scapulaire. » Ce geste est en effet pour la jeune fille une invitation : « Il me rappelle que j’appartiens au Bon Dieu et m’aide à m’abandonner à lui. Je récite aussi cet extrait de la prière de saint François d’Assise : Revets-moi de ta bonté Seigneur et qu’au long de ce jour je te révèle. »
À qui la pratique avec ferveur, les fruits de cette dévotion sont immenses, comme le constate à sa mesure Matthieu : « Porter le scapulaire m’aide à vivre la chasteté, par le fait de voir l’objet de mon engagement. » Pour Clarisse, « c’est une école de prière, d’abandon et d’amour du prochain… Revêtir le Christ et sa maman tous les jours ne peut que nous aider à leur ressembler et à devenir plus saints ! Cela m’a aidée à approfondir ma vie spirituelle. »
Le 16 juillet, la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel est la fête de tous les Carmes et Carmélites, ainsi que de tous les fidèles revêtus de la livrée mariale, à l’image d’innombrables saints avant eux, comme saint Alphone de Liguori, sainte Bernadette ou encore sainte Thérèse de Lisieux.
POUR ALLER PLUS LOIN
Le Scapulaire. Privilège offert par Notre-Dame du Mont-Carmel, Fr. Cyril de la Compassion de Marie, ocd, Éditions du Carmel, 2025, 19 €.
Le scapulaire du Mont-Carmel, 3e édition, Flavigny-sur-Ozerain, 2001.
