Sur les plans humain et spirituel, comment accompagner les nouveaux baptisés ?
Abbé Thibaud Guespereau : Sur le plan humain, la priorité est le réseau amical catholique, sans lequel les nouveaux croyants ne pourront pas persévérer dans la foi. Le plus important n’est pas qu’ils arrivent au baptême en connaissant toute la doctrine mais en ayant des amis catholiques. Il sera toujours temps après le baptême de compléter leur formation. Et sur le plan spirituel, le critère principal n’est pas de savoir s’ils continuent à venir à la messe après le baptême mais, plus largement, s’ils vivent en état de grâce, fidèles aux Dix Commandements, menant une vie sacramentelle, honnêtes au travail, avec une vie maritale en ordre…
Qu’est-ce que cela change sur le plan missionnaire ?
L’objectif de la mission est justement de conduire les gens à vivre en état de grâce, que leur vie corresponde à ce que Dieu attend : l’obéissance aux commandements, critère du salut donné par l’Évangile. Or la pastorale missionnaire actuelle cherche surtout la manière d’attirer de nouveaux croyants, par des tactiques pastorales efficaces, sans suffisamment définir ce vers quoi nous voulons conduire les catéchumènes, ce que nous voulons leur proposer de vivre, dans l’ordre de la vie surnaturelle. Avec l’abbé Henri Vallançon, qui a conduit ce projet avec moi, nous sommes convaincus que l’action pastorale n’est pas assez enracinée théologiquement : notre but ne doit pas être avant tout de les attirer et, par peur de les faire fuir, de gommer les exigences de la vie chrétienne, au risque d’avoir des gens qui portent le nom de chrétiens, mais n’en ont pas la vie… Il faut redonner la première place à la justice du Royaume et l’efficacité pastorale suivra, donnée par Dieu.
Comment les aider à vivre en état de grâce ?
Il faut qu’ils aient reçu une idée claire de ce que signifie et implique de vivre dans l’obéissance aux commandements divins. Par ailleurs, il faut expliquer aux demandeurs que le baptême – comme la confession – ne remet que les péchés qui sont regrettés. Donc, même s’il n’y a pas de confession à proprement parler avant le baptême [car seuls les baptisés peuvent se confesser, NDLR], il est indispensable de faire un examen de conscience approfondi. Dans le cas contraire, le sacrement risque d’être valide mais de ne pas porter ses fruits en ne mettant pas en état de grâce, qui est pourtant le but de ce sacrement.
Certains pasteurs craignent sans doute de faire fuir les nouveaux venus…
Le problème aujourd’hui, c’est qu’on a tendance dans l’Église à croire que la miséricorde, c’est de laisser les gens vivre comme ils le veulent – dans le péché –, sans leur rappeler la loi divine, qui permet de vivre en état de grâce. Dire la vérité qui déplaît est un acte de charité : accepter le désordre n’est pas un acte d’amour. Saint Jean-Baptiste est mort martyr pour avoir dénoncé le péché d’adultère d’Hérode. Par ailleurs, ce manque d’exigence morale est une erreur de grille de lecture car elle est au contraire très fédératrice aujourd’hui pour beaucoup de jeunes qui sont dans une logique minoritaire. La volonté de s’ouvrir à la société est celle d’une génération qui vivait dans un monde où tout le monde était baptisé. Par ailleurs, cette génération est touchée par les ravages de la libération sexuelle et de la pornographie et commence à percevoir les limites de l’impureté. L’exigence vraie attire.
Renaître et vivre. Comment aider les nouveaux chrétiens à persévérer ? Sous la direction de Thibaud Guespereau, Henri Vallançon et Thibaud Collin,
Éditions Artège, avril 2026, 256 pages, 19,90 €.
Pour aller plus loin :
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