Les scientifiques sont-ils athées ? - France Catholique
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Les scientifiques sont-ils athées ?

Pour beaucoup, l’affaire est entendue : la science a congédié Dieu, et les scientifiques sont forcément athées. La foi serait affaire d’ignorants. Pas si simple…
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Science et religion. Ange de la crypte de l’Institut Pasteur par l’Atelier Guilbert-Martin. © Pascal Deloche / Godong

Les scientifiques rejetteraient massivement les croyances religieuses. C’est du moins ce que certains prétendent au motif que « plus on est savant, moins on croit en Dieu »… Devant une telle « analyse », on se dit, comme l’inénarrable François Pignon dans Le Dîner de cons : « Il y a des moments, on a vraiment l’impression que vous nous prenez pour des imbéciles… » Car aucune étude sérieuse ne vient vérifier cette affirmation.

La première grande étude

L’idée d’évaluer le degré de croyance parmi les scientifiques n’est pas nouvelle. Dès 1916, une enquête fut menée aux États-Unis auprès de 700 chercheurs. Le principe était simple : les sondés devaient dire s’ils approuvaient ou non les propositions qu’on leur soumettait. La première était ainsi formulée : « Je crois en un Dieu entretenant une communication intellectuelle et affective avec l’humanité, c’est-à-dire un Dieu qu’on peut prier dans l’attente d’une réponse. » La formulation était précise et « engageante ». 42 % des sondés affirmèrent approuver cette proposition ; 42 % également la rejetèrent : « Je ne crois pas en un Dieu défini de la façon ci-dessus. » Et 16 % ne se prononcèrent pas. Dans l’Amérique profondément religieuse de l’époque, ce résultat mitigé choqua : seule une petite moitié des scientifiques affirmait clairement croire en Dieu. Le niveau de croyance religieuse des scientifiques allait-il encore décroître au cours du XXe siècle, à mesure que la science progressait ? Trouverait-on encore des scientifiques croyants à l’orée du IIIe millénaire ?

De surprenants résultats

On refit l’enquête de 1916, presque à l’identique, en 1997. Avec le même questionnaire, dans les mêmes conditions. Dans une Amérique globalement moins croyante qu’à l’orée du siècle, les résultats, parus dans la revue Nature, en surprirent plus d’un : 39 % des scientifiques interrogés acceptèrent la première proposition (« Je crois en un Dieu… »), 46 % la rejetèrent et 15 % demeuraient sans avis. Quatre-vingts ans de progrès scientifique et technique n’avaient eu presque aucun effet sur le niveau de croyance religieuse des savants américains.

Une autre étude, menée celle-ci en 2009 par le Pew Research Center, un centre de recherches américain réputé très sérieux, confirmait que le nombre de croyants parmi les savants demeurait étonnamment stable : 51 % des chercheurs interrogés disaient croire en une « divinité » ou « une puissance supérieure » – dont 33 % en un Dieu personnel – tandis que 41 % déclaraient n’avoir aucune croyance religieuse.

Et l’élite ?

Certains athées ont alors tenté de relativiser ces chiffres qui bousculaient leurs préjugés. Ne faudrait-il pas distinguer entre l’opinion d’un jeune chercheur et celle d’un prix Nobel, réputé plus « savant » ? Sociologue à la Rice University de Houston, Elaine Howard Ecklund a enquêté auprès de 1 700 scientifiques et en a interviewé 275. Résultats : 34 % des savants américains les plus éminents se disent athées ; 28 % croient en Dieu avec des degrés de conviction divers ; 8 % croient en une forme de « puissance supérieure » ; 30 % se disent agnostiques (Science vs. Religion: What Scientists Really Think, 2010). On est loin de l’effondrement que certains prédisaient avec gourmandise, même si l’on constate un taux d’athéisme – un tiers des sondés – plus important que dans le reste de la population.

Quelques hypothèses

Qu’en penser ? Il faut d’abord préciser que les savants interrogés ne voient en général aucune contradiction entre la science et la foi. Même s’ils n’ont pas la foi, ils comprennent qu’on puisse l’avoir. Voilà qui relativise ces chiffres !

Par ailleurs, plusieurs hypothèses viennent à l’esprit pour expliquer ces résultats. Certains ont fait valoir que les scientifiques sondés appartiennent à la fameuse catégorie des « hommes blancs de plus de 50 ans » – c’est-à-dire à la population la plus athée du monde ! Il y a donc un biais générationnel.

On peut aussi imaginer que de nombreux scientifiques authentiquement chrétiens choisissent de ne pas tout sacrifier à leur carrière. Au lieu de participer à une lutte effrénée pour les meilleurs postes, ils pourraient avoir fait d’autres choix : s’investir dans leur famille, participer à des activités religieuses ou des actions caritatives… Cela laisserait le champ libre à des chercheurs athées préférant s’investir « à fond » dans la recherche scientifique. Dans cette hypothèse, les chrétiens ne seraient pas moins brillants, ni moins intelligents. Ils auraient simplement d’autres priorités ! Comment ne pas songer au professeur Lejeune, écarté du prix Nobel pour ses positions en faveur de la vie ? Cette simple différence dans la hiérarchie des valeurs suffirait à expliquer la disparité statistique dans l’enquête d’Elaine Ecklund.

Et l’on pourrait encore imaginer bien d’autres explications !

Un cliché loin de la réalité

D’ailleurs, de l’aveu même des participants à cette étude, ce n’est pas la science qui les a éloignés de la foi ! Elaine Ecklund, auteur de l’étude, le reconnaît : « L’ »hostilité insurmontable » entre science et religion est une caricature, un cliché, loin de refléter la réalité. […] Pour la majorité des scientifiques que j’ai interviewés, ce n’est pas leur engagement dans la science elle-même qui les a éloignés de la religion. Les causes de leur incroyance reflètent plutôt la situation dans laquelle se trouvent d’autres Américains : ils n’ont pas grandi dans un foyer religieux ; ils ont vécu de mauvaises expériences avec la religion ; ils récusent Dieu ou le considèrent comme trop inconstant. »

En d’autres termes, ils étaient déjà athées, pour des raisons non liées à la science, avant même d’entamer leurs études ! Au fil des ans, leur position a pu se durcir, mais ce n’est pas la recherche scientifique qui leur a fait perdre la foi. Car, les scientifiques le savent bien, la science est attelée à la matière. La question de Dieu, pur esprit, n’est pas de son ressort.