« Le monde tourne, la croix demeure », disent les Chartreux, pour signifier combien les réalités de ce monde sont fugitives, quand celles du Ciel constituent un point d’ancrage solide car éternel. Mais la clef pour y entrer, c’est la Croix du Christ. Une clef qui livre également le sens du récent voyage de Léon XIV en Espagne, trois mois avant sa venue en France.
Inaugurant au-milieu de ces six jours la tour principale de la Sagrada Família à Barcelone – celle de Jésus-Christ –, le Souverain pontife s’est en effet livré à une très belle méditation sur ce cœur de la vie chrétienne qu’est la croix. Cœur parfois escamoté, car considéré comme trop exigeant. Mais cœur sans lequel le christianisme est vidé de son contenu, et devient un vague spiritualisme sans consistance ni prise sur la réalité.
Sujets brûlants
« Pourquoi craindre que l’éternité imprègne le quotidien ? », a ainsi interrogé le Pape. Au fil de ses discours, il n’a pas craint d’aborder de front et avec foi les problématiques les plus brûlantes du moment : identité culturelle, respect de la vie, racines chrétiennes, ou encore immigration. Sans pour autant céder à la facilité ou à la tentation de plaire : le rôle et la mission de l’Église est annoncer la foi et même d’« évangéliser » le migrant…
De cette manière, la croix devient non plus seulement un affreux supplice, mais la principale source d’espérance pour notre monde. « En contemplant la tour de Jésus-Christ, a affirmé le Pape dans son homélie à la Sagrada Família, élevons vers Lui notre regard, vers Celui qui seul nous révèle la vérité de Dieu et la vérité sur nous-mêmes. (…) La tour de la Croix devient alors l’étendard de la charité, car Dieu nous aime ainsi, transformant un instrument de mort en signe d’espérance. »
À Barcelone, il est prévu que cette croix de Jésus-Christ dominant la basilique la plus haute du monde brille désormais dans la nuit, comme un phare pour éclairer les ténèbres. Commentant cette image saisissante, Léon XIV a ainsi remis l’Église au centre du village, au propre comme au figuré.
Au sens premier, en rappelant que la principale fonction d’une église est d’assurer le culte et la « louange de Dieu » – quand ailleurs, des manifestations les dénaturent –, ou encore en enjoignant les catholiques à faire de l’accueil et de la formation des baptisés adultes la « règle de la mission ». L’espérance n’est pas une vertu passive…
Mais le Pape a aussi remis les pendules à l ‘heure en plaçant au cœur de la vie publique, devant les parlementaires espagnols, la dignité de la personne. C’est la base de la civilisation, a-t-il souligné. Pour lui, c’est le respect de cette dignité inviolable du début à la fin de la vie qui seule, permettra le « renouveau moral » attendu. Le message vaut aussi de l’autre côté des Pyrénées : on ne peut pas protester légitimement contre la corruption morale de la justice et de la société, tout en permettant l’élimination des enfants à naître ou des vieillards en fin de vie.
Ces prescriptions espagnoles, administrées avec tact et fermeté, seront-elles également réitérées en France, la prochaine destination européenne de Léon XIV ? Quelques jours avant sa venue, le 14 septembre, la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix rappellera à bon escient cet adage : Ô Crux ave, spes unica – « Salut, ô Croix, [notre] unique espérance »…