Cela faisait 18 ans qu’un pape n’avait pas fait de visite officielle en France, depuis celle de Benoît XVI en 2008. Dix-huit ans, c’est presque une génération : en tout cas le temps pour une nouvelle jeunesse d’émerger, avec ses besoins nouveaux. Pour les catholiques de France, un des enjeux du voyage de Léon XIV du 25 au 28 septembre prochain sera ainsi de recueillir les orientations missionnaires du Souverain pontife, de nature à répondre à ceux qui constitueront l’Église de demain. Déjà au printemps, le Pape avait indiqué aux évêques français deux recommandations essentielles à ses yeux : la défense de l’école catholique, et l’accueil généreux des communautés traditionnelles en croissance – il suffit de voir le nombre de jeunes qui seront sur les routes de Chartres pour la Pentecôte.
On se souvient qu’en septembre 2008 déjà, Benoît XVI avait prononcé ces mots appelant les évêques à l‘unité : « Nul n’est de trop dans l’Église. » Nul n’est de trop en effet, à lire le triste constat statistique de la déchristianisation en France : en vingt ans, le nombre d’enfants baptisés a été divisé par deux. Raison pour laquelle le Vatican vient de lancer une grande consultation, à l’échelle mondiale, sur la transmission de la foi.
L’appel de l’Unesco
Mais il existe également un autre précédent instructif au voyage de Léon XIV, c’est celui de Jean-Paul II en 1980. Outre une messe à Notre-Dame de Paris et une autre au Bourget avec cette apostrophe célèbre – « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » –, il y eut aussi un discours à l’Unesco sur la dimension essentielle de la culture, y compris dans la vie chrétienne. En Europe, affirmait le Pape, il existe un lien fondamental entre la culture et le christianisme, lien qui est aussi constitutif de la civilisation. C’est pourquoi, ajoutait Jean-Paul II rappelant son expérience polonaise, il existe « un droit à la Nation » : « Je suis fils d’une Nation », expliquait-il, « [qui] a conservé son identité, (…) en s’appuyant sur sa culture », alors que la Pologne était menacée de disparaître par les puissances étrangères.
Certes, toute culture a besoin d’être sauvée et purifiée par la Révélation. Déjà en 1980, Jean-Paul II mettait en garde contre les manipulations idéologiques de la culture par les médias, conduisant, à la place du respect de la vie, à « l’impératif de se débarrasser de la vie et de la détruire » ; à la place de l’amour vrai, à « l’impératif du maximum de jouissance sexuelle » ; à la place du primat de la vérité, au « primat du comportement en vogue, du subjectif, et du succès immédiat ». Raison pour laquelle le Pape en appelait à un autre droit, strict, des parents croyants « à ne pas voir leurs enfants soumis, dans les écoles, à des programmes inspirés par l’athéisme ».
Ainsi, depuis ces appels prophétiques de Jean-Paul II et Benoît XVI, les défis restent les mêmes pour la ré-évangélisation du pays. Près de cinquante ans plus tard, les pèlerins de Chartres et les jeunes baptisés adultes sont le signe tangible que le refus d’une culture matérialiste et athée va de pair avec le refus d’un autre vide, celui d’une vision de l’homme abstraite et désincarnée, sans lien avec les réalités concrètes de l’existence que sont la culture, l’attachement à un pays et au respect du sacré.