Euthanasie : stop ou encore ? - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Euthanasie : stop ou encore ?

En rejetant le texte élaboré par la commission des affaires sociales, les sénateurs ont renvoyé aux députés la responsabilité de légiférer sur l’euthanasie. Les plus grandes interrogations demeurent donc au sujet de ce projet de rupture.
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© P. Deliss / Godong

Sur le papier, le résultat du vote des sénateurs sur la proposition de loi relative à « l’aide à mourir », survenu le 12 mai, a de quoi satisfaire les adversaires de l’euthanasie. Par 151 voix, contre 118, l’article 2 – le plus controversé – a été rejeté par les parlementaires, mettant fin ipso facto à l’examen de ce texte, élaboré par la commission des affaires sociales, qui entendait susciter un consensus grâce à un tour de passe-passe sémantique, substituant le concept d’« assistance médicale à mourir » à celui d’« aide à mourir ». Surprenante convergence : la mise à l’écart de cet article procède tant de ceux qui estiment, à gauche, le dispositif proposé trop restrictif, que de ceux qui rejettent, à droite, toute ouverture vers la mort administrée.

Trois scénarios

La perspective de voir l’euthanasie introduite dans le droit français est-elle écartée pour autant ? Non. Il pourrait bien ne s’agir que d’un « sursis », comme l’indique la Fondation Lejeune qui distingue trois scénarios possibles désormais : soit la convocation d’une commission mixte paritaire qui, en cas d’absence de compromis, donnera le dernier mot aux députés majoritairement favorables au texte initial ; soit une nouvelle navette parlementaire – le gouvernement pourrait inscrire le texte à la session extraordinaire de juillet – ; soit la convocation d’un référendum. Dans tous les cas, rappelle encore la Fondation, l’initiative repose entre les mains du gouvernement. En l’espèce, la voie référendaire n’est pas à exclure totalement puisque le 13 mai 2025, Emmanuel Macron avait évoqué la possibilité de l’utiliser en cas de blocage au Parlement, ce qui n’est pas loin d’être le cas. Serait-ce une bonne nouvelle pour autant ? On sait bien que tout dépend de la façon dont la question serait posée aux Français… Bref, même la voie référendaire, apparemment la plus démocratique, exigerait la plus grande vigilance.

Cette nouvelle étape de l’offensive parlementaire en faveur de l’euthanasie, « à marche forcée » ont dénoncé les évêques – dont les prémices remontent à 1978 et à une proposition de loi déposée alors par le sénateur radical-socialiste Henri Caillavet, figure éminente du Grand Orient de France – invite à reposer des questions essentielles sur le modèle de société que l’on souhaite bâtir.

« Voulons-nous construire une société où la vulnérabilité appelle davantage de solidarité, ou une société où la mort devient une réponse possible à la détresse humaine ? L’Évangile nous enseigne exactement l’inverse de cette logique. Le Christ s’approche des malades, des mourants, des personnes abandonnées. Il révèle que toute vie humaine demeure infiniment digne parce qu’elle est voulue et aimée par Dieu. Toute vie est sacrée. La dignité humaine ne disparaît jamais avec la maladie, le handicap ou le grand âge. Elle demeure intacte jusqu’au dernier souffle », expose ainsi Mgr Dominique Rey dans LeJDD (11/05). Et à ceux qui verraient dans le propos de Mgr Rey une réponse trop cléricale, la Chambre des lords britannique apporte une réfutation imparable : aussi libérale et peu catholique qu’elle soit, elle vient de mettre un coup d’arrêt durable à toute législation euthanasique, au nom d’un principe de précaution largement partagé.