La France traverse une période d’incertitude politique, le budget de l’État n’est toujours pas voté. N’y a-t-il rien de plus urgent que de légaliser l’euthanasie ?
Dominique de Legge : Je m’étonne qu’on soit si pressé de légiférer sur la fin de vie, a fortiori dans ce contexte… Mais le chef de l’État en a fait un marqueur de son second mandat, et certains députés un « totem » de la législature, à commencer par la présidente de l’Assemblée, Mme Yaël Braun-Pivet. Ils font pression pour que ce texte poursuive son chemin, quoi qu’il arrive. Je ne comprends pas qu’on veuille en débattre maintenant, alors qu’on attend une loi sur le grand âge depuis des années.
Comment expliquez-vous cette insistance ?
Je remarque que ce débat intervient dans un contexte très, très préoccupant de vieillissement de la population, sur fond de crise financière dans les hôpitaux et les établissements de santé, et d’interrogations sur le financement des retraites… Il y a là une curieuse convergence entre ces problèmes et la réponse qu’on semble vouloir y apporter sans le dire clairement.
Le but serait de faire des économies en mettant en place une « aide à mourir » ?
Appelons un chat un chat. On parle d’aide à mourir, mais il s’agit d’injecter une substance létale. De donner la mort. Or ce texte s’appliquerait aussitôt voté… alors que les crédits promis pour développer les soins palliatifs restent virtuels ! Tout cela peut nous entraîner très loin : je vois poindre la mise en place d’un service public de la mort. Où, dans un même établissement, selon que vous prendrez le couloir de gauche ou le couloir de droite, vous serez dirigé soit vers la substance létale, soit vers des soins d’accompagnement… si tant est qu’il y ait assez de personnels pour vous ouvrir la porte des soins. Je redoute qu’on en vienne à culpabiliser les personnes âgées. Combien d’entre elles se persuadent qu’elles « coûtent cher à la société », qu’elles « embêtent tout le monde »… On a tous connu des parents qui nous répétaient : « Je ne veux pas être une charge. » Quelle réponse allons-nous leur apporter ? L’euthanasie ? Sans compter qu’on peut très bien « ne plus avoir envie de vivre » sans pour autant « avoir envie de mourir ». Entre les deux, la frontière est ténue. Qui peut en décider ? En judiciarisant la fin de vie, nous courons le risque de multiplier les contentieux… en l’absence du premier concerné : le défunt. C’est épouvantable. Que signifierait alors la fraternité qui figure au fronton de nos institutions ?
Les dispositions sur la clause de conscience ne satisfont pas les soignants. Et les établissements de soins catholiques s’inquiètent pour leur existence. Que pouvez-vous leur dire ?
L’objection de conscience doit être clairement garantie. Je crois aussi qu’il y aura une majorité au Sénat pour voter la suppression du délit d’entrave. Par ailleurs, nous sommes bien conscients que ce texte pose un vrai problème à certains établissements sanitaires, notamment aux établissements catholiques. Il faudrait absolument qu’ils puissent garantir aux patients et à leurs familles qu’ils ne pratiquent pas l’euthanasie. Nous y réfléchissons.
La prochaine Marche pour la Vie aura lieu ce dimanche 18 janvier. « Alors que la France s’apprête à franchir un seuil, faisons de la vie une grande cause nationale ! », résument ses organisateurs.
Rendez-vous place Vauban à Paris, à 14 heures.
