L'Afrique, poumon spirituel - France Catholique
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Le journal de la semaine

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L’Afrique, poumon spirituel

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© Vatican Media

C’est Benoît XVI qui a, un jour, employé cette expression d’«Afrique, poumon spirituel». Voilà qui donnait du continent une idée singulière, loin des conflits qui continuent à ravager certains pays, loin des problèmes de développement et de migration. Mais lorsqu’on suit le voyage de Léon XIV au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale, on ne peut qu’être touché par ces vastes assemblées priantes, empreintes de cette allégresse si particulière à l’âme africaine. On compte que, dans un proche avenir, un catholique sur trois appartiendra à ce continent.

Comment ne pas saluer l’extraordinaire essor des missions catholiques qui, au XXe siècle, ont entrepris une évangélisation impressionnante, qui se poursuit aujourd’hui. Que la France ait contribué à cet essor, avec des congrégations fondées spécialement pour le développement du christianisme en Afrique, est pour nous un sujet de fierté. Sans doute avons-nous assisté à un mouvement inverse ces dernières décennies, avec une déchristianisation de la France et de l’Europe, une pénurie de prêtres exigeant un appel au clergé issu de la mission d’hier. Nous le constatons avec l’importance de la présence de prêtres africains dans nos paroisses, auxquels nous devons notre reconnaissance.

Au lendemain des indépendances, les congrégations missionnaires furent souvent l’objet d’attaques, pour leur reprocher surtout une complicité avec les conquêtes coloniales. Mais c’est la nouvelle hiérarchie catholique des pays concernés qui répliqua à cette offensive idéologique. Combien de fois un cardinal Zoungrana, archevêque de Ouagadougou au Burkina Faso, lui-même issu des Pères blancs, prit la défense des missionnaires, ses pères dans la foi ! Les anthropologues désintéressés savent d’ailleurs tout ce que les cultures locales leur doivent, pour avoir donné forme écrite et formulé la grammaire des innombrables langues du continent. Et depuis Vatican II, ces langues ont reçu une consécration liturgique, avec des assemblées chantant de tout cœur dans leur propre langage, sans échapper à quelques excès. Qui a assisté à cette période postconciliaire n’a pas manqué de voir comment on échappait alors à la crise doctrinale de l’Europe.

La voie d’une renaissance

Encore une fois, il ne peut être question d’ignorer le poids de malheur qui affecte certains pays, avec des guerres dont on ne parle pas comme au Soudan, des persécutions contre les chrétiens comme au Nigeria. Léon XIV ne manque pas de souligner dans ses allocutions devant les autorités locales les graves défauts dont souffrent ces pays. Cependant, son voyage est l’occasion de mieux comprendre la formule de Benoît XVI sur le poumon spirituel du monde. En contraste avec ce qu’on appelle la « sécularisation de l’Occident », une certaine fraîcheur spirituelle transparaît dans cette région du monde, sensible dans ces assemblées liturgiques. Nous demeurons largement victimes d’un dessèchement intérieur dû au rationalisme des Lumières et à un laïcisme qui prétend être la clé de la paix sociale. L’Afrique échappe largement à cette mentalité, en nous montrant que l’homme ne vit pas seulement de désir de consommation. Du point de vue spirituel, elle nous indique la voie d’une renaissance.