Léon XIV, de l’Afrique à l’Europe : une vision et un cap - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Léon XIV, de l’Afrique à l’Europe : une vision et un cap

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© Antoine Mekary / Godong

Depuis bientôt un an de pontificat, Léon XIV a montré trois qualités essentielles au bon gouvernement de l’Église. Aux dires de ceux qui l’ont côtoyé, il possède d’abord l’humilité que procure une vie intérieure sans doute suffisamment riche pour ne pas être trop influencée par les pressions extérieures. Ensuite, il est précis, déterminé et efficace lorsqu’il s’agit de décider, comme les Américains savent l’être. Il l’a prouvé à plusieurs reprises sur des affaires intérieures au Vatican. Enfin, c’est un missionnaire, comme il l’a montré pendant de longues années au Pérou, qui ne recule pas devant la difficulté dès lors que le bien des âmes est en jeu. C’est sans doute un fil rouge à ne pas négliger dans l’analyse de ses différents voyages. Celui en Afrique, qui est en cours, avec des situations épineuses voire explosives, comme en Algérie ou au Cameroun. Nous y reviendrons dans le prochain numéro.

Mais il y a aussi l’Europe à venir, avec l’Espagne en juin, et peut-être la France à l’automne… L’Europe qui du point de vue des papes récents, de Jean-Paul II à François, constitue une énigme pour avoir, à des degrés divers, exclu le spirituel de sa pensée et de son action.

Il se pourrait à cet égard que le premier voyage de Léon XIV hors d’Italie sur le continent, à Monaco, constitue une clef d’interprétation pour la suite. C’est-à-dire la promotion d’une concorde relativement harmonieuse entre le politique et l’Église catholique, avec des conséquences très concrètes.

D’autant que la laïcité en tant que religion civile de substitution, elle, semble épuisée et inadaptée pour constituer le ciment d’une société multiculturelle, comme le signale Benoît Dumoulin dans sa récente synthèse historique sur le sujet (Quelle laïcité pour demain?, éditions Boleine).

C’est certainement une des raisons qui explique, lors de l’audience accordée par le Pape à Emmanuel Macron, la présence dans la délégation de Guillaume Prévost, secrétaire général de l’enseignement catholique en France. Il y a quelques jours, Léon XIV avait déjà fait parvenir aux évêques français un message de soutien clair et net à la politique de fermeté de l’école catholique sous contrat, afin de défendre son caractère propre face aux tracasseries administratives de l’État.

L’enseignement : un fer de lance

Pour le Souverain pontife, dans ses rapports avec les États européens, une saine laïcité ne doit donc pas se contenter de réaffirmer les principes – ce qui est déjà un bon début –, ni de bonnes paroles sans lendemain. Mais elle doit aussi s’accompagner d’effets tangibles. Le diable est dans les détails, si on ne se préoccupe pas de l’en chasser… Gustave Thibon, faisant référence à la doctrine du Christ-Roi, remarquait avec une pointe d’humour que certes le royaume du Christ « n’est pas de ce monde », et la vocation de l’Église n’est pas de régner  temporellement, mais «si le christianisme ne règne plus du tout, le diable devient un monarque absolu»… D’où l’importance de ne pas séparer la foi de la culture, et de transmettre aussi une histoire et une tradition. De ce point de vue, l’enseignement est stratégique pour l’Église, même si cela suppose de miser sur le temps long : c’est le fer de lance de la reconstruction de demain, sur le plan de la foi et de l’éducation aux valeurs morales.