Une semaine avant Pâques, l’image qui restera du premier voyage du pape Léon XIV en Europe est celle des nombreux enfants bénis par le Saint-Père, dans un moment de communion avec le peuple de Dieu venu acclamer son pasteur. Nous étions alors à la veille des Rameaux, où le Christ lui aussi a été applaudi par la foule, avant d’être crucifié… À Monaco, cette image résumait parfaitement un des fils rouges des quatre interventions de Léon XIV : la protection de la vie humaine, du début à la fin.
Et ce n’est sans doute pas un hasard. Actuellement en Europe, l’euthanasie et le suicide assisté restent des pratiques très minoritaires : seuls 7 pays de l’Union européenne, sur 27, les autorisent. La grande majorité du continent refuse la mort provoquée. En Écosse et en Slovénie, ces projets viennent d’être repoussés. La France fait donc figure de point de bascule pour les partisans de l’abolition de ce droit naturel à la vie, qui sous-tend toute société.
En bon juriste, Léon XIV connaît la force du droit, et il sait aussi combien ce droit naturel intangible a besoin, plus que jamais, de la protection du droit positif et des lois d’un État pour être respecté, face à « l’action occulte d’autorités puissantes prêtes à tuer sans scrupule », a-t-il affirmé en commentant la condamnation à mort d’un innocent, Jésus.
Religion d’État
Le choix de Monaco voulu par le Souverain pontife met ainsi en lumière une situation tout à fait originale, puisqu’en plaçant le catholicisme comme religion d’État en 1962, la Principauté a inscrit dans sa loi suprême un principe de vie, une boussole, qui est un bienfait et un facteur de paix pour toute la société, croyants ou non. C’est cette même Constitution, en effet, qui a servi de référence au prince Albert pour refuser une libéralisation de l’avortement en novembre dernier. Et c’est cette coopération fructueuse entre pouvoir civil et religieux – une « saine laïcité », avait dit le pape François en Corse – que Léon XIV a tenu à mettre en valeur, car elle pourrait inspirer d’autres législations dans le monde, et pas seulement en Europe !
Appel à la conversion
Pour autant, Léon XIV n’était pas venu encenser un régime, mais, en chef spirituel, appeler chacun à la conversion. Les élites, par l’impératif de justice sociale et de souci des plus pauvres. Le clergé, en lui demandant de ne pas s’enfermer dans des « habitudes », si confortables soient-elles. Et les jeunes, en les encourageant au don de soi jusqu’au bout, à l’exemple de saint Carlo Acutis et de sainte Dévote, la patronne martyre de Monaco.
Car au final, a souligné le Pape, ce n’est pas le prince, mais le Christ, un Roi crucifié, qui doit régner sur les âmes et sur les sociétés. Et c’est ainsi, mystérieusement, que Dieu change le monde et lui communique sa vie surnaturelle, par la puissance de la Résurrection. « Un seul homme peut sauver le peuple », prophétisait le grand prêtre Caïphe malgré lui. La messe, qui actualise cet événement unique de Pâques, accomplit jour après jour ce miracle, « cette conquête du monde » décrite par le Père Jean Galot, jésuite : la messe est « le plus grand levier de l’histoire », disait-il, et, pour l’Église, « le plus grand moyen d’apostolat ». Les nouveaux baptisés de cette année en sont certainement le signe le plus évident.