Que vous suggère le report de l’examen du texte sur la fin de vie ?
Mgr Jean-Louis Balsa : C’est une excellente nouvelle ! Traiter la question de la fin de vie durant la Semaine Sainte, alors que des millions de catholiques s’apprêtent à fêter la Résurrection du Christ, constituait un pied de nez, et même une insulte. Le fait que l’examen du texte soit reporté d’au moins un mois est une très bonne chose. La Semaine Sainte célèbre la victoire de la vie sur la mort, et nos hommes politiques veulent fêter la victoire de la mort sur la vie. Il faut continuer à espérer que la conscience des sénateurs et des députés soit éclairée par l’Esprit Saint.
Pourquoi est-ce important de vous exprimer en tant qu’évêque ?
Nous ne sommes pas des sous-citoyens, l’Église doit parler. En tant qu’évêque, c’est notre devoir de prendre position pour la vie. Nous avons la mission de perpétuer la mémoire de la mort et de la Résurrection du Christ, et de diffuser le message de l’Évangile. Toute vie humaine est concernée par ce message. Nous sommes ici dans un choix de société radical. Il est inadmissible d’imaginer une société dont la mort serait une solution à la souffrance. Cette loi va résolument contre l’Évangile. La présence des chrétiens doit pouvoir aider la France à garder la tête haute, à marcher droit, à défendre la vie coûte que coûte. La conscience de chacun doit être interpellée par l’évidence même que Dieu est le Dieu de la vie.
À notre échelle de fidèles catholiques, quelle est notre mission ?
Nous ne pouvons rester entre nous et nous lamenter. Notre conscience doit être éclairée. Les catholiques doivent aussi manifester leur position, et voter en âme et conscience. Peut-être n’y a-t-il pas assez de catholiques engagés dans des partis politiques ? Il en faut qui influencent les programmes politiques, pour empêcher les dérives morales. La défense de la vie est la mission de tout baptisé. Quel que soit notre nombre, il faut affirmer haut et fort que la fraternité – si chère à la République – ne peut pas être jetée aux oubliettes de l’histoire ! Je suis persuadé qu’il existe une déconnexion très importante entre ce que la majorité de la population pense en réalité, et les élus qui prennent des décisions « au nom du peuple français ». La grandeur d’une nation et d’une société est de protéger les individus qui la composent. On ne peut pas laisser la société partir à la dérive.
Sur la foi de sondages, les partisans de ce projet affirment qu’une partie des catholiques serait majoritairement favorable à l’euthanasie. Qu’en pensez-vous ?
Il faut relire l’Évangile ! Jamais Jésus n’a proposé la mort à quelqu’un qui souffrait – et Dieu sait s’il en a rencontré. Gardons courage. Le corps médical ne s’est pas engagé à donner la mort ! Mais à soigner, réconforter, protéger. Et les plus faibles sont véritablement en danger. Ce que je ne supporte pas, c’est que l’on dise que cette loi est un progrès. Non ! L’Évangile, voilà le vrai Progrès, avec un grand P. Jusqu’à présent, on votait des lois pour les gens qui vont mourir. Maintenant, on vote des lois pour ceux qui veulent mourir. C’est une vraie rupture. Un vieil adage français réaffirme la mission du corps médical : « Guérir quelquefois, soulager souvent, consoler toujours. » Il ne faut pas lâcher. Dans cette fraternité que préconise la République, on ne dit pas qui est le Père. Mais nous, nous le savons : c’est Dieu. Et nous aurons la victoire.
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Lettre de Mgr Balsa aux députés du Tarn à lire sur : https://albi.catholique.fr/actualite/