« Une offense » selon Giorgia Meloni, « un abus de pouvoir » selon l’ambassadeur des États-Unis en Israël, « une décision qui s’ajoute à la multiplication préoccupante des violations du statut des Lieux Saints », selon Emmanuel Macron. Le 29 mars, dimanche des Rameaux, l’interdiction faite au Patriarche latin de Jérusalem, Mgr Pizzaballa, d’accéder au Saint-Sépulcre a soulevé l’indignation. « Pour la première fois depuis des siècles, les chefs de l’Église ont été empêchés de célébrer la messe du dimanche des Rameaux à l’église du Saint-Sépulcre », se sont émus le Patriarche latin et le Custode de Terre Sainte, lui aussi contraint par la police israélienne de rebrousser chemin.
Devant ce tollé, Benyamin Netanyahou a fait machine arrière le lendemain, décidant finalement d’accorder au cardinal « un accès total et immédiat à la basilique du Saint-Sépulcre ». C’est pour des raisons de sécurité, selon lui, que la basilique avait été fermée. De même, l’accès au mur des Lamentations et à la mosquée Al-Aqsa n’était pas possible. Dans les jours précédents, des fragments de missiles iraniens sont tombés près du Saint-Sépulcre. Pourtant, « beaucoup de gens pensaient que l’Iran ne tirerait jamais sur la ville où se trouve le Dôme du Rocher, qui est le troisième lieu saint de l’islam », explique Pierre Lecaulle, responsable Terre Sainte pour l’Œuvre d’Orient, installé à Jérusalem avec sa famille.
Loin des foules qui se pressent d’ordinaire aux offices de la Semaine Sainte, la vieille ville a été désertée par les pèlerins. Seuls les habitants des lieux sont autorisés à y entrer, et on n’entend que le hurlement des sirènes qui les conduit plusieurs fois par jour à se réfugier dans les abris anti-aériens. La procession des Rameaux, qui réunit d’habitude 15 000 à 20 000 fidèles, a été annulée, et les célébrations de la Semaine Sainte considérablement restreintes.
Une catastrophe
Pour les habitants, particulièrement pour les chrétiens et les communautés religieuses qui vivent en majorité du tourisme, « c’est une catastrophe, poursuit Pierre Lecaulle. On rentre dans la sixième année anormale ». La crise du COVID avait en effet été suivie de la guerre du 7-Octobre, qui a empêché la reprise des pèlerinages.
La situation est plus rude encore pour les habitants des territoires palestiniens, qui subissent des pressions renouvelées de la part des colons juifs. « À Taybeh, les colons font irruption dans le village, ils pillent, cassent, attaquent. Ils se sont installés dans la carrière du village depuis plusieurs jours. Pour les Palestiniens chrétiens et non chrétiens, ce climat rajoute un danger à la guerre déjà en cours », décrit Pierre Lecaulle, qui évoque aussi le sort douloureux des chrétiens du nord d’Israël, près de la frontière libanaise, soumis aux tirs de l’Iran et du Hezbollah (cf. p.30). Les populations, à majorité chrétiennes et musulmanes, y disposent de très peu d’abris.
Aux Occidentaux, Pierre Lecaulle adresse ce message : « Les chrétiens ont besoin qu’on prie pour eux, qu’on vienne les voir, ils ont besoin de savoir qu’on les soutient, qu’on mesure l’importance de leur présence en Terre Sainte et qu’on les encourage à y rester, car ici personne ne les retient, au contraire. »
Pour aller plus loin :
- Pèlerinage du Pape François en Terre Sainte, Enjeux ecclésiaux pour la Terre Sainte
- Au Liban, les chrétiens victimes d’une guerre qu’ils n’ont pas voulue
- Liste des ouvriers pastoraux, Evêques, Prêtres, Religieux, Religieuses et Laics tués en 2011 et 2010
- Terre-Sainte : « Une terre de défis pour les chrétiens »
- SYRIE : L’itinéraire d’une vocation