Léon Papin-Dupont déroutait ses contemporains par le zèle qu’il déployait pour porter de multiples œuvres chrétiennes dans la ville de Tours. Avant de découvrir la dévotion à la Sainte Face, l’homme est de tous les combats de la charité : il adhère aux conférences Saint-Vincent-de-Paul de Frédéric Ozanam, il crée un « vestiaire Saint-Martin » pour habiller les indigents, il soutient l’installation des Petites Sœurs des Pauvres de Jeanne Jugan. Royaliste et ultramontain, sa foi est soutenue par une intense vie intérieure. Rentier et donc déchargé des contraintes d’un emploi, il est tout donné à la prière et à des exercices de piété. Il se lève à 4 heures du matin, sert la messe au carmel de Tours, lance l’adoration eucharistique nocturne pour les hommes et diffuse la dévotion à la médaille de saint Benoît qu’il porte en permanence, persuadé d’être l’objet d’attaques démoniaques. Les habitants de Tours ont aussi coutume de le voir faire un singulier Chemin de croix en priant sur ce qui s’apparente pour lui à quatorze stations, sur les sites des quatorze églises de la ville détruites ou profanées au moment de la Révolution.
Une conversion fulgurante
L’homme a découvert la foi à l’âge de 23 ans lors d’une conversion fulgurante. Né au Lamentin en Martinique en 1797 d’un père gentilhomme originaire de Bretagne et d’une mère créole issue d’une riche famille, il est scolarisé à la mort de son père aux États-Unis, puis au collège de Pontlevoy, près de Blois (Loir-et-Cher). D’un tempérament vif, gai et généreux, il se lance dans des études de droit à Paris tout en se complaisant dans un univers aristocratique et mondain. Un jour de 1820, il vit un grand retournement. Son petit palefrenier âgé de 12 ans lui explique qu’il est en retard car sa leçon de catéchisme a duré. Le jeune Léon réalise alors combien sa vie est tiède et superficielle. Il se plonge lui aussi dans le catéchisme et consacre une partie de son temps aux malades et aux mourants. Il se pose la question du sacerdoce mais juge plus utile d’œuvrer dans
les engagements de son temps.
Il ne sera pas épargné par les grandes épreuves : sa jeune épouse tant aimée Caroline meurt de la tuberculose cinq ans après leur mariage en laissant orpheline une petite fille prénommée Henriette qui n’a pas un an. Caroline obtient de Léon sur son lit de mort la promesse que, comme elle, la jeune Henriette sera éduquée par les religieuses ursulines de Tours. C’est ainsi qu’en mai 1834, Léon Papin-Dupont vend les terres et les biens qu’il détenait encore à la Martinique et s’installe en Touraine. Il éduque son enfant à qui il raconte des vies de saints le soir au coucher, mais la vie d’Henriette sera brève. Elle meurt à l’âge de 15 ans lors d’une épidémie laissant un homme désemparé mais capable d’un édifiant témoignage de foi : « Ma fille a été créée et mise au monde pour connaître Dieu, pour aimer Dieu, pour posséder Dieu ! La voici arrivée au terme ; pourquoi donc la pleurer ? » « Parler de Dieu ou se taire » est la devise de Léon Papin-Dupont.
Le tombeau de saint Martin
Le saint homme est aussi l’artisan de la redécouverte du tombeau de saint Martin à Tours. Plus rien ne subsistait de la basilique qui abritait le tombeau de l’apôtre des Gaules. Son corps avait été brûlé par les huguenots en 1562. Seuls une partie du crâne et un bras avaient été sauvés. La basilique était tombée en ruine à la Révolution. Avec les membres de la commission de son vestiaire Saint-Martin, Léon Papin-Dupont donne à l’archevêque de Tours, Monseigneur Guibert, l’argent pour acheter les maisons construites sur l’emplacement supposé du tombeau. Des fouilles sont entreprises dans les caves, et, le 14 décembre 1860, des ouvriers découvrent un petit sépulcre attestant des restes du saint. Onze ans après la mort de Léon Papin-Dupont, en 1886, débuteront les travaux qu’il avait tant souhaités pour construire une nouvelle basilique. Elle sera consacrée en 1925.
