L’éducation catholique peut-elle se passer de l’annonce explicite de la foi ? - France Catholique
Edit Template

Le journal de la semaine

Edit Template

L’éducation catholique peut-elle se passer de l’annonce explicite de la foi ?

Au nom de la laïcité, plusieurs voix se sont élevées dernièrement pour dénier aux écoles catholiques de France le droit d’annoncer explicitement la foi. Mais pourraient-elles ne pas le faire ? Réponse d’un aumônier.
Copier le lien

© Philippe Lissac / Godong

On pourrait analyser longuement les soubassements idéologiques et sociologiques des pressions qui pèsent sur l’enseignement catholique en France, tenant sans doute à une vraie résurgence de l’anticléricalisme radical, aujourd’hui porté par l’extrême gauche. On pourrait aussi évoquer le glissement social sans précédent que connaît notre pays depuis 60 ans : la sécularisation silencieuse n’a pas épargné l’enseignement catholique, qui s’est souvent aligné sur un monde qui évacue toute référence au religieux et au sacré, et dont les velléités d’annonce et de vie chrétienne décomplexées sont aujourd’hui dénoncées comme une radicalisation et une dangereuse entrave à la liberté de conscience.

Comme l’analysait le sociologue Yann Raison du Cleuziou dans le journal La Croix, ces institutions qui scolarisent près de 20 % des écoliers de France sont aujourd’hui considérées comme de véritables « services publics », et leurs prétentions catholiques (lorsqu’elles sont affirmées) jurent trop avec la société pour pouvoir être acceptées.

La source évangélique

Face à ces pressions, la tentation est forte de réduire l’éducation catholique à la transmission d’un socle de valeurs, ou pire encore à un milieu sécurisant mais stérile. L’Église ne renie pas ces valeurs, au contraire, mais elles ne peuvent être détachées de leur source évangélique, sous peine d’être peu à peu relativisées. « La catéchèse risque d’être gravement compromise si l’on en vient à réduire l’enseignement chrétien à une sagesse humaine, à une morale purement terrestre » écrivait ainsi Jean-Paul II dans Catechesi tradendae (1979). Aussi l’annonce du message chrétien ne peut-elle faire l’économie d’une explicitation doctrinale : « Même le plus beau témoignage se révélera à la longue impuissant s’il n’est pas éclairé, justifié – ce que Pierre appelait “donner les raisons de son espérance” – et explicité par une annonce claire et sans équivoque du Seigneur Jésus » écrivait encore Paul VI dans Evangelii nuntiandi (1975).

À un premier niveau, le magistère récent insiste sur le rôle primordial de l’école chrétienne pour contribuer à une vision intégrale de la personne humaine. « Une éducation qui se limite à transmettre des compétences, en renonçant à indiquer des vérités fondamentales sur l’homme et sur le bien, devient une éducation fragile et contradictoire » expliquait Benoît XVI dans son discours au diocèse de Rome sur l’éducation (2008). Malgré les pressions syndicales et gouvernementales, le secrétaire général de l’Enseignement catholique revendiquait ainsi dès septembre le droit des établissements privés à n’appliquer les directives officielles en matière d’éducation affective, relationnelle et sexuelle (programme « EVARS ») qu’en les intégrant dans une vision chrétienne de l’homme et de la femme, et de l’amour humain.

Connaître les mystères du salut

Cette préoccupation anthropologique représente le socle indispensable à l’annonce explicite de l’Évangile, mission première et fondamentale de l’école catholique. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » (1 Co 9, 16), « nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu » (Ac 4, 20)… L’école chrétienne porte collectivement cette mission, confirmée par le concile Vatican II et Paul VI dans Gravissimum educationis (1975), d’introduire « les élèves à la connaissance du mystère du salut, afin qu’ils découvrent le sens de leur vie ». Ainsi « une école qui se prétendrait catholique mais qui refuserait de faire référence explicite à Jésus-Christ et à son Évangile manquerait à sa propre identité » affirmait en 1977 la Congrégation pour l’éducation catholique dans L’École catholique. Le document soulignait que les institutions d’enseignement catholique ne peuvent donc pas faire autrement que d’annoncer, envers et contre tout, le message de l’Évangile : « Le caractère propre de l’école catholique tient à ce qu’elle se réfère explicitement, dans son projet éducatif, à la vision chrétienne de la réalité, telle qu’elle est présentée par la foi. » L’annonce explicite est pour elle une mission reçue de l’Église, mais aussi une exigence de vérité : envers la hiérarchie ecclésiastique, envers elle-même, envers les parents et les élèves. « Allez-vous dans un restaurant chinois pour commander des pizzas ? » demande par boutade le secrétaire général de l’Enseignement catholique, Guillaume Prévost : l’éducation catholique est un choix partagé par les différents acteurs.

Éclairer les consciences

Une école catholique ne peut donc être elle-même sans annoncer le nom et le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu incarné, mort et ressuscité pour nous. Il s’agit de proposer explicitement, intelligiblement et loyalement la foi chrétienne, non pour contraindre mais pour éclairer les consciences, afin de donner aux élèves que leurs parents auront choisi de lui confier les moyens d’une vraie liberté, orientée vers le plus grand bien de leur âme. Se taire, par principe ou par peur, revient dans un monde sécularisé à priver des millions de jeunes de la possibilité d’affronter en conscience et librement la question de Dieu.

Dans un contexte social qui demeurait au moins culturellement chrétien, l’école catholique s’est longtemps contentée d’une « stratégie de l’enfouissement » ou du « levain dans la pâte ». On veut aujourd’hui l’y confiner de force, comme pour entériner l’effacement total du religieux, alors que des témoins se lèvent parmi les enseignants et les cadres qui se sont engagés dans l’enseignement pour contribuer à faire rayonner l’Évangile. L’école catholique se trouve face à sa propre raison d’être : dans un monde qui a oublié Dieu, elle doit être missionnaire, ou ne pas être.