A PROPOS DU STRIP-TEASE DU PRINCE HARRY - France Catholique
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Le journal de la semaine

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A PROPOS DU STRIP-TEASE DU PRINCE HARRY

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Je suis Canadien, Loyaliste d’origine et d’allégeance, ce qui fait de moi ipso facto un monarchiste. Je m’en excuse à l’avance auprès de mes lecteurs républicains américains1.

A la vérité, l’un de mes ancêtres, un certain Stetson Holmes, a combattu dans l’armée continentale, lorsque la victoire de la Révolution américaine était loin d’être acquise. Après qu’elle eut triomphé, il fut scandalisé par le traitement réservé aux Loyalistes 2 et accompagna ceux-ci dans l’émigration, s’établissant finalement à Cap Breton.

Les Loyalistes migrant au Canada étaient de cultures et de couleurs diverses, y compris des Noirs. Il y avait aussi parmi eux des catholiques, et toutes sortes de minorités fuyant les Patriotes 3 en grande majorité protestants de tradition anglaise. La Couronne était étrangement notre dénominateur commun, le point fixe, incontesté, dans un monde où plus rien n’était certain.

Certes, en un siècle, qui est une longue période humainement parlant, les loyautés peuvent aller et venir. Des conflits peuvent survenir entre des loyautés différentes, au gré des générations. Même le monarchiste britannique le plus acharné avait été confronté à un crucial dilemme, en 1688, entre Stuart et Orange.

Quoique fidèle sujet de la reine Elisabeth II, je penche à certains anniversaires pour la feuille de chêne et la rose blanche. De la même façon, si je me suis réconcilié avec l’indépendance des Etats-Unis, je n’oublie pas la guerre anglo-américaine de 1812 et j’attends quelque réciprocité, conformément aux dispositions du traité de Gand 4.

Les bonnes barrières font les bons voisins, dit un proverbe du XVIIe siècle. La paix dans le monde tient à certains silences et à quelques oublis de part et d’autre, différences d’opinions et revendications de droits. L’alternative est la guerre, ce qui de nos jours signifie la guerre totale, ce qui justifie l’adage : « vivre et laissez-vivre » jusqu’à la prochaine provocation.

Les idées possèdent néanmoins leur propre vie et reviennent nous hanter. L’idée monarchique est de celles-ci. Depuis les révolutions américaine et française, le parti « libéral » n’a cessé de suggérer que la monarchie héréditaire appartenait au passé. Le « peuple » (ndt : à l’orthographe «people», Warren préfère celle de « peeple », peep signifiant ici « voyeur » ; la presse qui publie ce genre de photos : le prince en petite tenue, est appelée « presse people ») a parlé : l’avenir appartient aux forces républicaines et démocratiques. Qu’elles échouent et c’est un « recul ». Le sens du Progrès est inscrit dans l’Histoire…

St Thomas d’Aquin s’est prononcé en faveur d’une « monarchie limitée » (Somme théologique, 1a 2ae, question 105, article 1) développant les arguments qu’il avait déjà présentés dans son traité « De Monarchia ». La grâce venant de Dieu seul, non des hommes, il n’est enclin à épouser en totalité aucune forme de gouvernement. A l’inverse, il recherche une combinaison harmonieuse des meilleures qualités des divers ordonnancements. Réciproquement, il affirme que Dieu peut pourvoir à ce qui fait défaut à la nature.

Conscient des défauts caractéristiques des monarchies, aristocraties, oligarchies, polyarchies, il redoute avec raison la tyrannie. Par voie de conséquence, il redoute l’anarchie qui l’engendre.
Pour un esprit médiéval, comme pour moi, l’unité du corps social est la valeur suprême. Qui dit unité dit paix et donc survie (du groupe). Il nous faut redouter non seulement les maux mais ce qui y conduit. C’est en ce sens que St Thomas et d’autres philosophes politiques médiévaux ont considéré la démocratie comme étant la pire forme de polyarchie. Ils observent que bien que le tyran individuel puisse se révéler capable des pires maux, cela n’est pas inéluctable. En revanche, le peuple, au sens de populace (« peeple »), ira inévitablement à la faillite, ou y sera conduit par les démagogues et l’esprit partisan.

C’est en tout cas ma compréhension de la vision chrétienne traditionnelle du pouvoir politique.

Aucun monarque absolu n’a survécu en Occident. Pas même de monarque « limité ». Les rois et reines qui survivent sont politiquement neutralisés. Or, même ainsi, ils servent de symbole, en permettant d’unir le peuple à travers les divisions partisanes.

La reine Elisabeth avait déclaré une fois à Canterbury : « l’Archevêque vient de vous parler du péché : il est contre. Je viens vous parler de la famille et je suis pour. »

La reine et le chausson aux pommes sont importants. Un monarque héréditaire, même s’il est mauvais, est né dans la profession. Il n’a pas cherché le pouvoir. Son travail est des plus élémentaires : léguer le royaume à son successeur (de même sang) en bon ordre. Il y a quelque génie dans cet arrangement : c’est le fait qu’aucun gouvernement monarchique ou aristocratique n’a jamais engendré d’Etat-providence.

Aucune démocratie en revanche n’a échappé à la conception d’un tel Etat-providence. Le vote secret, comme l’avait remarqué le major Douglas, délivre l’électeur individuel de toute responsabilité personnelle tout en le soumettant collectivement à un niveau d’imposition inégalé dans aucune monarchie absolue.

Je suis Canadien. Je ne prêche donc pas la révolution. En politique, force est de commencer avec ce qu’on a. Nous ne sommes pas dans un monde idéal. Il nous faut faire avec la démocratie qui semble devoir encore être notre mode de gouvernement pour les prochaines années et qui semble en toute hypothèse préférable à toute alternative crédible.

La démocratie a cependant produit un tel gâchis qu’elle rend l’avenir à plus long terme imprévisible. Elle se livre de plus en plus aux mains d’une bureaucratie hostile au christianisme, et finalement à l’homme lui-même ; nous devrions peut-être méditer les enseignements de ses critiques antiques et médiévaux.


Ndt La réflexion de l’auteur prend occasion du scandale provoqué par la publication de photos dénudées du prince Harry, second fils du prince Charles.

http://www.closermag.fr/content/70877/strip-tease-du-prince-harry-les-proches-commencent-reagir

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Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2012/beyond-naked-harry.html

  1. (ndt : ou français)
  2. (ndt : Américains ayant combattu dans les rangs de l’armée anglaise)
  3. (ndt : les révolutionnaires américains)
  4. (ndt : du 24 décembre 1814 qui a mis fin à cette guerre)