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Vœux graves

par Tugdual Derville

mercredi 21 décembre 2011


L’année 2012 est à hauts risques pour le respect de la vie sur un sujet législatif qui monte depuis plusieurs dizaines d’années : l’euthanasie. Est-elle inéluctable ?

Les agapes de cette fin d’année ressemblent-elles à la dernière cigarette du condamné ?

La crise plane. Le spectre d’humiliantes dégradations fait penser à ces mystérieuses punitions dont certains parents brandissent la menace.

Le moindre expert rencontré alimente la rumeur de catastrophe, à la manière des acteurs des films d’horreur. On lit dans leur regard que ce qu’ils voient est épouvantable.

Mais que voient-ils donc ? A chacun d’imaginer le pire.

Pour les uns, ce sera la perte d’un emploi ou la prolongation du chômage.

Pour les autres, un peu moins de beurre dans les épinards. Des vacances qui s’envolent.

Mais c’est la légalisation de l’euthanasie qui constitue la menace la plus évidente. Et c’est ce pire que ses adversaires vont combattre avec confiance.

Car voilà que s’ajoute à l’incertitude inhérente à la crise économique, celle qui est liée aux élections.

La vague du printemps 2012 sera-t-elle rose à pois verts ou bleu plus ou moins délavé ?

C’est là que tout se corse sur un point crucial.

Le programme du PS promet une loi sur l’euthanasie même si François Hollande est, pour le moment, resté évasif. Le Sénat n’avait pas encore basculé à gauche en janvier 2011  ; déjà, il s’en était fallu de peu qu’une loi sur l’euthanasie ne soit votée, avec une majorité trans-partisane.

L’UMP s’accroche pour le moment à la loi fin de vie. Présentée lors de son vote consensuel comme «  la troisième voie, française  » qui récusait acharnement thérapeutique et euthanasie, elle n’est pas parfaite. On pratique même en France certaines formes d’euthanasies par arrêt d’alimentation et d’hydratation, en prétendant que la loi Leonetti l’autorise. Mais cette loi reste un rempart.

L’affaire du docteur Bonne­­maison (le médecin ur­gentiste de Bayonne), a confirmé en août 2011 que des personnalités fragiles anticipent l’euthanasie légale. Cela ne plaide pas pour lever l’interdit du meurtre. Les exemples belge, hollandais et suisse, trois pays à l’éthique flottante, font à ce titre figure de repoussoir.

Pour tous ceux qui ont conscience du basculement de société que l’autorisation de l’injection mortelle dans nos hôpitaux constituerait, c’est la veillée d’armes.

Qu’adviendra-t-il en 2012 de la prophétie que Jacques Attali se permettait de faire au début de l’ère Mitterrand  ? Constatant que «  dès qu’on dépasse 60-65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit  », et «  coûte alors cher à la société  » il voyait l’euthanasie comme «  un des instruments essentiels de nos sociétés futures  ». Jacques Attali la prédisait quel que soit le camp au pouvoir, en affirmant que dans la «  logique socialiste  », «  le droit au suicide direct ou indirect  » en temps que «  liberté fondamentale  » est une «  valeur absolue  ». Puis il annonçait «  dans une société capitaliste, des machines à tuer  ». Elles «  verront le jour et seront de pratique courante  » pour «  éliminer la vie lorsqu’elle sera trop insupportable, ou économiquement trop coûteuse  ». Le penseur socialiste a dépassé la limite d’utilité qu’il avait fixée mais il est devenu un grand expert du quinquennat qui s’achève… Symbole que les logiques libérales et libertaires ont largement fusionné  ?

Deux hypothèses se présentent en ces temps agités.

Soit la crise économique fait passer au second plan les revendications sociétales transgressives  : de même que les revendications syndicales ont été plus ou moins mises en sourdine, il apparaîtrait indécent de bouleverser l’équilibre fragile du système de santé déjà secoué par la récession, en rajoutant davantage de risque et d’incertitude.

Soit, au contraire, toute la différence se fait sur ces sujets, avec un risque de fuite en avant  : compte tenu de la tendance de la droite à entretenir des complexes devant le «  progressisme  » du camp d’en face, la gauche n’aurait pas grand mal à trouver des alliés donnant à sa réforme une al­lure de quasi-consensus. Ce serait historique. Le retour en arrière serait difficile. Avec des manifestations monstres dès 2012, la bataille de l’euthanasie pourrait-elle ressembler à celle de l’École libre et rompre l’état de grâce d’une gauche empêtrée dans la gestion de la crise  ? à supposer que François Hollande soit élu et qu’il applique, sur ce point, le projet socialiste. Quand chacun semble rabougrir ses ambitions à la conservation de ce qu’il a, quand faire encore la fête est la seule façon que d’autres ont trouvée pour serrer les dents, quand l’inéluctabilité des mesures de rigueur a fragilisé l’esprit de contestation, c’est le moment de se battre pour que les plus fragiles ne fassent pas les frais de la crise.

Le vœu pour la France de 2012 est grave. Il faut tenir une position qui concerne la France et de nombreux pays qui en font une référence éthique. C’est une question de vie et de mort mais rien n’est perdu. La légalisation du cannabis, présentée comme inéluctable il n’y a pas si longtemps, a pratiquement disparu des programmes politique.

6 Messages de forum

  • 23 décembre 2011 22:14, par Bernard Richard

    Votre campagne ne rappelle-t-elle pas celle qui précéda l’irréparable, l’abolition de la peine de mort ? On y retrouvait un semblable catastrophisme. Même chose d’ailleurs en 1904-1905 face à une autre catastrophe annoncée, la séparation des Eglises et de l’Etat, quand Mgr Etienne Ardin, archevêque de Sens, le 12 avril 1905 dans sa Lettre-circulaire au clergé de son diocèse, parlait de "malheur", de "desseins funestes", de "calamité" et de "désastre" à propos de la loi préparée par la commission Briand et qu’il ajoutait : "Rompre le traité signé en 1801 (...) ce serait pour le pays un immense malheur et, pour l’Eglise, la persécution avec ses désastreuses conséquences". Encore le 9 avril 1910, La Semaine Religieuse de Dijon, organe de l’évêque de cette ville , rappellait que "les députés et sénateurs français qui ont voté la loi de Séparation ont encouru par le fait même l’excommunication latae sententiae [et que], s’il est notoire que ces hommes sont morts dans leur péché, ils sont indignes de la sépulture ecclésiastique".
    1905, 1981, 2012... Je préfère le très humain Guide pour les personnes en fin de vie, en 10 chapitres sensibles. Là on a les pieds sur terre, on est dans les réalités plus que dans les fantasmes et propos apocalyptiques.

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  • 24 décembre 2011 10:08, par Du chmok.

    Je suis surpris des grands discours sur ces sujets, il y a pourtant plus simple : l’euthanasie comme d’ailleurs l’avortement ne sont pas des actes médicaux. Un médecin digne de ce nom, ne doit donc pas en être complice (de meurtre).

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  • 24 décembre 2011 11:27, par Lucotin

    Je ne sais pas si Bernard se rend compte que c’est plus que paradoxal de lier l’abolition de la peine de mort et l’euthanasie qui est une sorte de peine de mort. Il ne faut pas mélange les sujets !

    La vie est fragile, Joyeux Noël !

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    • Vœux graves 24 décembre 2011 22:42, par Bernard Richard

      Ce que je lie, c’est le type semblable de réaction de certains catholiques à des décisions prises ou pouvant être prises par l’Etat en France : séparation des Eglises et de l’Etat, abolition de la peine de mort et très éventuelle possibilité de pratiquer l’euthanasie, dans des circonstances non encore définies : chaque fois, catastrophisme, refus drastique, etc., pour ensuite découvrir que ce qui était refusé catégoriquement est accepté par chacun.
      On trouvait déjà des refus comparables avec la condamnation de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen ou plus tard avec le Syllabus, condamnation par Pie IX d’éléments aujourd’hui acceptés par chacun, y compris par l’Eglise de France, par le pape Jean-Paul II, etc.
      Quand on met ces réactions en perspective, on reste parfois étonné de ce qui avait pu être condamné, sauf à refuser le monde dans lequel vivent aujourd’hui les peuples européens par exemple.
      Certes on peut toujours vivre comme des Amishs (vérifier l’orthographe). Allez-y donc si ça vous enchante.

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      • Vœux graves 26 décembre 2011 11:44, par Henri

        Bernard Richard devrait lire le complexe d’Orphée de Michéa. Cela refroidirait peut être son optimisme sur ce chacun finit par accepter hélas !

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        • Vœux graves 29 décembre 2011 07:40, par Bernard Richard

          Michéa, une charge anti-gauche qui, pour mieux attaquer et détruire son objet (la gauche progressiste, un concept aujourd’hui un peu dépassé qui n’existe plus que chez les "anti-progressistes conservateurs"), le crée, le fantasme. C’est parfois de la sociologie facile pour public ciblé, pré-gagné - et aisément touché puisque sa pensée penche du côté de ce type de lectorat dont elle conforte les convictions. Lisez-le donc, il vous confortera, si c’est nécessaire, et vous en aurez du même tabac un par an, de quoi vous entretenir.

          Quant à mon "optimisme", non, la majorité des commentateurs de la France Catholique illustre plutôt la vigueur des idéologies contre-révolutionnaires nées au XIXe siècle : il n’y a pas de quoi pavoiser.

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