L’année 2012 est à hauts risques pour le respect de la vie sur un sujet législatif qui monte depuis plusieurs dizaines d’années : l’euthanasie. Est-elle inéluctable ?
Les agapes de cette fin d’année ressemblent-elles à la dernière cigarette du condamné ?
La crise plane. Le spectre d’humiliantes dégradations fait penser à ces mystérieuses punitions dont certains parents brandissent la menace.
Le moindre expert rencontré alimente la rumeur de catastrophe, à la manière des acteurs des films d’horreur. On lit dans leur regard que ce qu’ils voient est épouvantable.
Mais que voient-ils donc ? A chacun d’imaginer le pire.
Pour les uns, ce sera la perte d’un emploi ou la prolongation du chômage.
Pour les autres, un peu moins de beurre dans les épinards. Des vacances qui s’envolent.
Mais c’est la légalisation de l’euthanasie qui constitue la menace la plus évidente. Et c’est ce pire que ses adversaires vont combattre avec confiance.
Car voilà que s’ajoute à l’incertitude inhérente à la crise économique, celle qui est liée aux élections.
La vague du printemps 2012 sera-t-elle rose à pois verts ou bleu plus ou moins délavé ?
C’est là que tout se corse sur un point crucial.
Le programme du PS promet une loi sur l’euthanasie même si François Hollande est, pour le moment, resté évasif. Le Sénat n’avait pas encore basculé à gauche en janvier 2011 ; déjà, il s’en était fallu de peu qu’une loi sur l’euthanasie ne soit votée, avec une majorité trans-partisane.
L’UMP s’accroche pour le moment à la loi fin de vie. Présentée lors de son vote consensuel comme « la troisième voie, française » qui récusait acharnement thérapeutique et euthanasie, elle n’est pas parfaite. On pratique même en France certaines formes d’euthanasies par arrêt d’alimentation et d’hydratation, en prétendant que la loi Leonetti l’autorise. Mais cette loi reste un rempart.
L’affaire du docteur Bonnemaison (le médecin urgentiste de Bayonne), a confirmé en août 2011 que des personnalités fragiles anticipent l’euthanasie légale. Cela ne plaide pas pour lever l’interdit du meurtre. Les exemples belge, hollandais et suisse, trois pays à l’éthique flottante, font à ce titre figure de repoussoir.
Pour tous ceux qui ont conscience du basculement de société que l’autorisation de l’injection mortelle dans nos hôpitaux constituerait, c’est la veillée d’armes.
Qu’adviendra-t-il en 2012 de la prophétie que Jacques Attali se permettait de faire au début de l’ère Mitterrand ? Constatant que « dès qu’on dépasse 60-65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit », et « coûte alors cher à la société » il voyait l’euthanasie comme « un des instruments essentiels de nos sociétés futures ». Jacques Attali la prédisait quel que soit le camp au pouvoir, en affirmant que dans la « logique socialiste », « le droit au suicide direct ou indirect » en temps que « liberté fondamentale » est une « valeur absolue ». Puis il annonçait « dans une société capitaliste, des machines à tuer ». Elles « verront le jour et seront de pratique courante » pour « éliminer la vie lorsqu’elle sera trop insupportable, ou économiquement trop coûteuse ». Le penseur socialiste a dépassé la limite d’utilité qu’il avait fixée mais il est devenu un grand expert du quinquennat qui s’achève… Symbole que les logiques libérales et libertaires ont largement fusionné ?
Deux hypothèses se présentent en ces temps agités.
Soit la crise économique fait passer au second plan les revendications sociétales transgressives : de même que les revendications syndicales ont été plus ou moins mises en sourdine, il apparaîtrait indécent de bouleverser l’équilibre fragile du système de santé déjà secoué par la récession, en rajoutant davantage de risque et d’incertitude.
Soit, au contraire, toute la différence se fait sur ces sujets, avec un risque de fuite en avant : compte tenu de la tendance de la droite à entretenir des complexes devant le « progressisme » du camp d’en face, la gauche n’aurait pas grand mal à trouver des alliés donnant à sa réforme une allure de quasi-consensus. Ce serait historique. Le retour en arrière serait difficile.
Avec des manifestations monstres dès 2012, la bataille de l’euthanasie pourrait-elle ressembler à celle de l’École libre et rompre l’état de grâce d’une gauche empêtrée dans la gestion de la crise ? à supposer que François Hollande soit élu et qu’il applique, sur ce point, le projet socialiste.
Quand chacun semble rabougrir ses ambitions à la conservation de ce qu’il a, quand faire encore la fête est la seule façon que d’autres ont trouvée pour serrer les dents, quand l’inéluctabilité des mesures de rigueur a fragilisé l’esprit de contestation, c’est le moment de se battre pour que les plus fragiles ne fassent pas les frais de la crise.
Le vœu pour la France de 2012 est grave. Il faut tenir une position qui concerne la France et de nombreux pays qui en font une référence éthique. C’est une question de vie et de mort mais rien n’est perdu. La légalisation du cannabis, présentée comme inéluctable il n’y a pas si longtemps, a pratiquement disparu des programmes politique.
Pour aller plus loin :
- Le défi du développement des peuples et le pacte de Marrakech - la fuite en avant des Nations Unies
- Affaire Ulrich KOCH contre Allemagne : la Cour franchit une nouvelle étape dans la création d’un droit individuel au suicide assisté.
- La bataille de l'euthanasie
- Loi de bioéthique au Sénat : très graves régressions
- La paternité-maternité spirituelle en vie monastique est-elle menacée en Occident ?