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Un crime presque parfait

par Gérard Leclerc

jeudi 2 février 2017


Comment échapper à l’affaire Fillon, lorsqu’on doit éditorialiser sur l’actualité, même lorsqu’on s’abstient de prendre parti dans le jeu politique ? Ne s’agit-il pas d’une question morale ou judiciaire, où chacun est sommé de se prononcer en conscience ? Y a-t-il eu irrégularités, y a-t-il eu faute ? C’est donc en tant que moraliste que l’éditorialiste est sommé d’énoncer un jugement. Certes, mais comment ne pas voir qu’il est absolument impossible de détacher la morale de la politique, et notamment des circonstances politiques ? Lundi matin, j’avais déjà noté qu’avec l’affaire Fillon c’était la violence qui s’invitait dans la campagne électorale. Et le fait que la justice soit en cause ne fait qu’ajouter à cette violence. N’est-ce pas Montesquieu, théoricien de la séparation des pouvoirs, qui estimait que le pouvoir judiciaire était le plus redoutable de tous ?

Certes, il y a plusieurs lectures possibles de l’affaire Fillon, mais il en est une que l’on ne peut éluder. Nous sommes en face de l’exécution violente d’un candidat. Les circonstances sont irrécusables. Le dossier accusatoire est brandi au moment le plus sensible, le plus déstabilisateur. Et dans un but évident, il s’agit d’abattre politiquement un homme avec les armes les plus adéquates. Oui, me répondra-t-on, mais ces armes ne sont pas illégitimes. Le Canard enchaîné a produit un dossier nourri, argumenté, qui sollicite sans doute la fureur de l’opinion, mais sans se fonder sur des réflexes pervers. C’est la probité, le souci du bon emploi des deniers publics, la lutte contre l’enrichissement sans cause avouable, qui motivent l’offensive médiatique. Évidemment, mais que l’on pardonne cette formule provocatrice : l’appel à la morale permet au crime d’être presque parfait, l’exécution sans bavure.

C’est pourquoi je garde ma distance par rapport à cette affaire, un peu à l’exemple d’Emmanuel Macron, qui déclare : « Je ne participe pas à l’hallali. Je n’accable pas les gens, je pense qu’ils doivent être entendus. (…) Oui à la transparence, non au déballage et à l’agressivité. » Peu importe que ce soit Macron qui se montre sage en l’occurrence. Dans l’emballement actuel, propice à l’exécution du bouc émissaire, il convient de refuser la logique de la violence.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 2 février 2017.

3 Messages de forum

  • 5 février 18:48, par CALCATOGGIO

    Peut-être que le comportement de F.Fillon est parfaitement légal, la question n’est évidemment pas là,mais est-il normal qu’un homme politique faisant état avec ostentation de sa foi chrétienne se comporte ainsi, pour moi la réponse est évidemment non,et je ne souhaite absolument pas avoir recours à ce personnage pour défendre la famille et lutter contre la pma pour les couples homosexuels, la GPA et l’euthanasie.

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  • 5 février 20:59, par Philippe Pouzoulet

    Entièrement d’accord avec Gérard Leclerc.

    Il me semble tout aussi inconvenant de vouloir défendre F. Fillon à n’importe quel prix sous prétexte qu’il serait le candidat préféré des catholiques (qu’on arrête les contorsions pour tenter de justifier l’injustifiable...) que de participer au lynchage en cours.

    Mais qui veut briguer les plus hautes fonctions de l’Etat doit aujourd’hui se montrer irréprochable pour faire face à ce genre de déstabilisation.

    Tel n’a pas été le cas avec F. Fillon qui a en plus très mal organisé sa défense dès le début de cette triste affaire. C’est consternant de voir un homme politique aguerri se faire ainsi "tirer" comme un perdreau de l’année...C’est encore plus consternant de penser que F. Fillon n’a pas compris qu’il y avait un problème à verser dans la poche de sa femme ou de ses enfants alors étudiants ses allocations pour frais de parlementaire.

    Surtout, quel gâchis pour la démocratie...alors qu’on voit mal qui pourrait faire office de "plan B"...Non seulement la droite républicaine risque de perdre un très bon candidat mais en plus elle risque de doper un peu plus le vote populiste ou l’abstention...pendant que la gauche à bout de souffle est en mesure de détourner l’attention de son bilan exécrable et de tirer les marrons du feu de façon inespérée.

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  • 5 février 23:34, par Paul

    Chez Macron ce n’est qu’une posture. Il n’empêche qu’il savoure l’instant et la déconfiture de son rival. Peut être même ses amis et ses soutiens occultes sont ils à l’initiative de la sortie du volatile du mercredi.

    Il me semble que c’est embrouiller inutilement les choses que de poser l’alternative entre morale et judiciaire. Les deux sont intriqués. Fillon a flirté avec la légalité, croyant pouvoir profiter impunément de ses zones d’ombre. Ce faisant il a franchi les frontières de la morale (d’autant plus qu’il se réclame d’une éthique chrétienne).

    A la suite de quoi on ne peut pas s’étonner que ses ennemis politiques se servent du matériau que Fillon a forgé lui même. C’est de bonne (ou de mauvaise) guerre. En tout cas on sait depuis longtemps qu’en matière politique tous les (sales) coups sont permis.

    Même si l’on reprenait la geste du vertueux De Gaulle on ne pourrait échapper à quelques épisodes peu glorieux qu’il a assumés ou dont il a été l’instigateur direct.

    La morale et la politique ça ne fait pas très bon ménage. Il faut le savoir, surtout si on n’a pas les braies parfaitement propres.

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