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PANDEMIE DE L’IGNORANCE : URGENCE

par le Père Hyacinthe-Marie Houard

jeudi 19 novembre 2009


Notre système scolaire est un fiasco. Qui peut l’ignorer après la multiplication des ouvrages qui dénoncent les dégâts, à tous les étages, du monstrueux édifice que nous entretenons à grands frais ? Combien de ministres (et combien de réformes, mais c’est la même chose) se sont cassé les dents sur les résistances des situations acquises ou des entêtements idéologiques ? Dans la presse, ces ouvrages ont rejoint les commentateurs de tout bord qui disaient leur impuissance et leur désillusion.

Trois, seulement trois, universités françaises au classement des 500 meilleures du monde ! Un baccalauréat dévalorisé au nom de l’égalité des chances ; un collège unique voué à une vague information ; et un enseignement primaire qui n’apprend ni à lire, ni à écrire ni à compter. Heureusement, c’est gratuit ce qui assure encore une clientèle, car ça ne vaut pas plus. Ceux qui veulent bien payer tentent d’aller voir ailleurs, dans le “privé”, mais c’est pour constater que l’épidémie y a fait ses ravages par le biais des “contrats”, couronnés si l’on ose dire, par les “accords Lang-Cloupet”. (1) Ils n’en voulaient pas, les Français, mais il est bien là le grand service unique rêvé par quelques-uns. En entendant de jeunes Roms se plaindre de n’avoir pas accès à l’école, on se prenait à penser qu’ils ne connaissaient pas leur chance d’y échapper.

En effet combien de générations faudra-t-il encore sacrifier avant que se réveillent la lucidité et le courage de quelques-uns parmi les responsables ?

Et les premiers d’entre eux sont évidemment les parents. (2) Ni l’Etat, ni aucune autre communauté ne saurait se substituer à eux. Mais inversement, ils ont le droit de trouver dans la société toute l’aide nécessaire pour jouer pleinement leur rôle. Encore faut-il évidemment que leur prestataire de service fasse la preuve de la qualité et de l’efficacité de sa prestation. Il ne saurait autrement l’imposer en s’en réservant l’exclusivité. Or nous l’avons dit, à voir les résultats, les méthodes de l’état sont mauvaises. Que quelques-uns s’en contentent, c’est leur affaire, mais ne dispense pas l’état de donner aux autres la liberté et le moyen de chercher à faire autrement.

Pour les chrétiens, s’agissant de l’Eglise, le problème se pose un peu différemment. Elle est maîtresse de doctrine et c’est elle qui détermine ce qui doit être enseigné en matière de foi. Pour autant, y compris dans ce domaine, elle n’est pas maîtresse de méthode quoique son expérience soit précieuse. Dans le passé, elle s’est appuyée sur cette expérience pour proposer aux familles la collaboration d’institutions prestigieuses qui assuraient à la fois l’instruction, l’éducation et la formation religieuse de leurs élèves. Beaucoup de leurs anciens peuvent encore en témoigner. Malheureusement, ce sont ces institutions qui ont été rongées par le mal des contrats. Elles sont réputées garder leur “caractère propre” mais ce n’est pas ce caractère que viennent désormais chercher les parents. Ils ne souhaitent, en majorité, que mettre leurs enfants à l’abri du désastre scolaire. Abri sans doute bien précaire si l’on songe que désormais les enseignants sortent tous du même moule et, pour beaucoup, aspirent au même style de vie.

Reste la formation religieuse, d’ailleurs souvent réduite à l’information et, dans bien des cas, réservée au collège ! Eloquente façon de dire que la religion est à ranger au rayon des enfantillages. A partir de la seconde, soyons sérieux, on a mieux à faire.

Que demandent donc aujourd’hui les parents soucieux de l’éducation chrétienne de leurs enfants ?

Tous demandent à l’Etat de prendre les dispositions réglementaires et financières qui leur permettent de chercher encore et de continuer à expérimenter dans des écoles sans contrat, des formules que, malgré l’importance de ses moyens, l’Etat n’a pas réussi à trouver.

Les chrétiens demandent aux évêques, de soutenir leurs efforts plutôt que de défendre en pratique le pernicieux système des contrats. Il ne s’agit de rien d’original mais seulement de reprendre en main, comme autrefois, mais pour demain, l’éducation chrétienne des enfants dont ils sont responsables. Comment pourraient-ils ne pas saisir l’opportunité de cette évangélisation ? Car, on le voit déjà, d’autres ne manqueraient pas d’occuper un terrain qu’ils auraient négligé.

Abbé Hyacinthe-Marie HOUARD (fondateur de l’IRCOM et de l’Institut Albert-le-Grand)

(1) 1993, sur la formation des maîtres de l’enseignement secondaire privé sous contrat.

(2) Ils ont d’ailleurs commencé à manifester leur courage par la création coûteuse de plus de 500 écoles libres.

3 Messages de forum

  • 19 novembre 2009 13:54, par cm

    Il faudrait que les écoles vraiment libres puissent aussi embaucher des formateurs qui ne soient pas soumis à l’obligation de bac + x années pour le primaire, mais à des personnes qui maîtrisent l’orthographe, sont capables d’exprimer simplement les règles de grammaire de la langue française, d’enseigner l’histoire de France simplement, chronologiquement avec des repères peu nombreux mais facilement assimilables, etc. les règles de trois, les tables de multiplication...
    Je rencontre des ingénieurs, des bac + 5 lettres, etc, qui ont moins de capacité dans les domaines pré-cités que des personnes qui étaient très appliquées en classe et n’ont eu parfois qu’un certificat d’études. Mais quel certificat ! Elles pourraient enseigner dans les écoles vraiment privées, prêtes même à faire du bénévolat, si cela pouvait réduire les charges des écoles.
    Mais mon raison est sans doute trop simple !

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  • 20 novembre 2009 01:34, par Sabine Alavia

    Vous êtes de quelle génération , mon père pour avoir ce discours arrièriste qui ne se penche apparemment jamais sur les vrais progrès de l’éducation malgré les problèmes de société accrus ?

    Vous est-t-il arrivé de visiter des ZEP ? des internats de primaires avec tous types de populations difficiles avec lesquelles il faut en effet faire des miracles ?...
    et grâce à Dieu, il y en a !! ouff !! malgré tous ces discours rabats joies, car des enfants qui sortent en sachant lire m^me avec du retard , oui, cela existe et nous sauvons, nous autres petits enseignants " sans savoir" , petits artisans besogneux , quelques enfants de la misère "culturelle " !!

    Oui, merci , dans votre état de prêtre de croire VRAIMENT en cette vertu de l’Espérance et de venir sur place constater cette collaboration à l’oeuvre créatrice que nous demande chaque jour le Seigneur

    Que savez vous le la réfléxion mise en place dans certaines écoles pour un vrai soutien d’élèves en difficulté ?
    Qu’avez vous constaté REELLEMENT des progrès de ces enfants grâce à ces enseignants de classe d’aide ?
    Vous nêtes pas sans savoir que chaque pomme murit à son temps, que chaque personne est unique , a une histoire unique et qu’il faut considérer la personne dans son entier pour justement la faire progresser en fonction de ce qu’elle est ( difficultés diverses, dyslexies, dyspraxies, dysphasies, handicaps, difficultés sociales graves... )

    Alors, vraiment, merci de nous encourager !!

    Vous serez alors dans votre vrai rôle d’accompagnateur spirituel y compris sur la "feuille"

    avec mes respects éducatifs et spirituels

    Une lectrice sur internet
    Sabine de l’ Ecole St Charles Paris XVe

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  • 24 novembre 2009 12:15, par Yves DANIEL

    je suis né en 1946 et suis un fils de Jéz, comme mes frères, mon grand père, mon père et mon oncle avant moi (mon arrière grand oncle a fondé les "ETVDES" avec le RP Gagarine à la fin du XIX° siècle)
    les "bons pères" ont choisis il y a une 40aine d’année d’abandonner l’éducation des fils de bourgeois pour une autre type d’apostolat....
    c’est vrai que cet enseignement était particulièrement "élitiste" (demandez à François Fillon, camarade dans le même collège, mais bien plus jeune que moi !)
    mais on nous apprenait aussi qu’ayant beaucoup reçu, il nous serait aussi demandé beaucoup plus
    ma génération n’a pas su assurer le relais, mais le "personnel éducatif" n’y étais plus
    je reste persuadé que c’est par les filles que le fil sera renoué

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