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Les Saints de l’Enfant Jésus

par Anthony Esolen

mercredi 1er février 2012


Comme l’écrivait Hans Urs von Balthasar, l’enfant est automatiquement le premier à sacrifier, sauf pour le Christianisme. Seuls les chrétiens considèrent que l’adulte est un enfant imparfait. Pour tous les autres c’est l’enfant qui est un adulte imparfait, susceptible de tomber sous la domination de notre luxure.

On voit bien pourquoi. Les hommes ne connaissant pas le vrai Dieu, ou qui s’en sont détournés, ne cessent pas pour autant de rendre un culte. Car, selon St. Augustin, c’est Dieu Lui-même qui nos accorde la joie de Le célébrer. Il nous a créés pour Lui, et nos cœurs ne trouveront le repos qu’en Lui.

Alors on se tourne vers les faux dieux, et comme l’homme ne s’incline pas devant ce qu’il considère comme inférieur, on se tourne inévitablement vers ce qui nous semble grand, puissant, et même impitoyable. Si les hommes invoquent les démons, ce n’est pas pour l’agrément de leur compagnie. Ils les invoquent, comme le dit Chesterton, car ils croient aux pouvoirs des démons. À leur eficacité.

Que faire, alors, de faibles enfants ? Nous n’avons pas, comme héritées de Carthage, de jolies amulettes représentant le dieu Moloch épanoui après avoir reçu du peuple sa part de petits enfants. Moloch désire seulement la chair des enfants, rôtie ou grillée, mais pas les enfants.

Même les dieux Grecs, modèles de beauté masculine ou féminine, n’accordent aucune attention aux enfants, si ce n’est lorsqu’ils ont assez grandi pour s’aligner sur les stades d’Olympie ou de Delphes. "Les enfants sont notre plus grande richesse." Hideux slogan mensonger, comme si les enfants étaient un minerai à extraire et utiliser.

Bien des gens ont tendance à dénier aux enfants leur entière appartenance à l’humanité sous prétexte qu’ils ne peuvent rien produire. Et comme on préfère vénérer les démons qui semblent efficaces, on néglige le Dieu tout-puissant qui a choisi d’habiter parmi nous comme un tout-petit tout faible, on se retourne vers les pratiques usées du paganisme.

C’est justement parce qu’il est faible que nous profitons dans nos projets de la fragilité de l’enfant. Il n’est pas encore des nôtres, et nous pouvons le dominer pour le former selon notre volonté.

Bien sûr, nous ne fumons pas un joint en battant du tambourin pour remettre à Moloch le pauvre petit d’homme que nous avons "adopté" afin de remplir nos obligations envers cet abominable souverain. À quoi celà servirait-il ? Nous convenons tous que Moloch n’était qu’un démon issu de l’imagination délirante de l’homme. Moloch n’a aucun pouvoir. Mais si nous avons pour ambition d’obtenir ce que nous souhaitons, alors, l’enfant se met en travers, ou bien est victime de nos actions. Pourquoi met-on à mort l’enfant dans le sein de sa mère ? Pourquoi ? Cet enfant sans la moindre défense pourrait contrarier nos projets.

On ne peut lâcher l’école comme çà. On ne peut lâcher une bonne situation. On ne peut se sentir lié par le mariage. Ou, à tout prendre, on fera comme bon nous semble, et si surviennent des conséquences malencontreuses malgré toutes nos précautions techniques, alors on trouvera une solution grâce à la technique.

Nous n’avons pas encore dégénéré au point de mettre à mort un enfant après sa naissance. Il nous reste une certaine retenue superstitieuse. Les anciens croyaient que le lion était un animal trop noble pour tuer un homme dans son sommeil. Nous nous comportons à cet égard à l’inverse du lion. Nous sommes ces lâches capables de tuer un enfant endormi dans le sein de sa mère, mais quand il sera là, on se contentera de se l’ignorer, de hausser les épaules, et de grogner.

Mais si on n’a pas le droit d’assassiner un enfant, on peut certainement assassiner l’enfance. Ce meurtre découle naturellement de notre décision de vénérer le faux dieu du succès. Quand Macbeth tua dans son sommeil le bon roi Duncan, il n’était pas seulement coupable de la mort de cet homme. Non, le vaillant Baron de Glamis et Comte de Cawdor entend une voix crier : « Glamis, tu as assassiné un homme dans son sommeil, Cawdor, tu ne connaîtras désormais plus le sommeil : Macbeth ne dormira plus jamais. » Assassinant un homme endormi Macbeth a tué le principe même qui nous permet de dormir en paix : la certitude que notre faiblesse sera respectée et que nous serons protégés.

Ainsi, si nous décidons de soumettre l’enfant à nos ambitions de pouvoir, alors son enfance est coincée, comme enfermée dans une coquille. Nous souhaitons tracer l’avenir de nos enfants comme on dessine les plans d’un immeuble ou d’une usine. Nous les formatons dès que possible parce que nous voulons faire d’eux "quelqu’un", ou bien parce qu’ils nous dérangent dans nos propres projets personnels, et nous nous en débarrassons. Nous sommes l’instrument de nos instruments. Nous soumettons ces petits enfants à des batteries de tests sans tenir compte des vagabondages de leur esprit en plein développement. Jour après jour nous tuons leur innocence en les mettant devant des évènements obscènes, vicieux, dégradants, sous prétexte que c’est le monde dans lequel ils vivront. L’enfant est-il sensible à la sainteté de son corps ? Tant-pis pour toi, mon petit.

Qu’on est donc loin de la famille réfugiée dans une étable, avec son enfant emmailloté. ! En l’Enfant Jésus nous ne voyons pas tant Dieu cachant sa puissance que montrant ce qu’est en vérité être puissant : car le pouvoir dissocié du magnifique débordement de l’amour est démoniaque, et, en définitive, futile et vide.

Vous pouvez bien fouiller pour trouver des empires humains dans les monceaux de la décharge de l’Histoire. « Si vous ne redevenez pas semblables à des petits enfants — disait Jésus — vous n’entrerez pas au Royaume des Cieux. » Il ne peut en être qu’ainsi puisque Lui, qui fut un enfant, n’a jamais cessé d’être un enfant. Il désire que nous ayons cette innocence, cet émerveillement devant la gloire de Dieu, car nous serons alors emplis de ce puissant Esprit Saint qui agit à jamais dans l’amour entre le Père et le Fils.

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Gravure : Lui, qui fut un enfant, n’a jamais cessé d’être un enfant.

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Source : http://www.thecatholicthing.org/col...

1 Message

  • 2 février 12:10, par Bernard Richard

    Quelle vision fausse et sectaire des "non-chrétiens", comme si les enfants étaient toujours si bien traités dans l’Eglise catholique. Si c’était vrai, ça se saurait et se dirait. Ouvrez donc les yeux et surtout les oreilles, vous tiendrez alors un autre langage, et aurez moins de mépris pour l’autre, le non-chrétien.

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