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Traduit par Bernadette

Le catholicisme et la souffrance

par Howard Kainz

samedi 24 mars 2012


Lorsqu’un catholique entre dans un temple protestant, il pourra souvent noter la présence d’une ou plusieurs croix, mais nues. Les églises catholiques ont presque toujours un crucifix ; les églises orthodoxes aussi, mais plutôt à plat qu’en volume. Nombre d’églises catholiques sont réputées pour une représentation détaillée des blessures et souffrances du Christ crucifié. Cela nous donne une idée de la perspective catholique unique sur la souffrance.

En lisant la vie de nombreux saints catholiques, on se rend compte que non seulement ils acceptaient la souffrance, ou se résignaient à souffrir, mais également la désiraient, la recherchant activement, en demandant davantage. Par exemple les trois jeunes enfants à qui la Vierge est apparue à Fatima, ont commencé à rechercher la souffrance lorsque Marie leur eut révélé que "beaucoup d’âmes vont en enfer parce que personne ne se sacrifie ni ne prie pour eux".

La jeune Jacintha (maintenant sainte Jacintha) surpassait les autres enfants dans la recherche de sacrifices et souffrances volontaires, jusqu’à ce que Notre-Dame lui apparaisse et lui enseigne plus de modération. Un psychiatre verrait du masochisme dans un tel désir de souffrance. Mais le masochisme est l’amour de la souffrance pour soi même, alors que la souffrance recherchée par les saints est motivée par l’amour, par le désir de s’unir au Christ dans sa souffrance rédemptrice qui apporte les grâces de la conversion aux pécheurs et de la persévérance aux faibles.

Saint Paul voyait non seulement sa prédication mais également ses souffrances comme une contribution essentielle à la construction du Corps Mystique du Christ : "je me réjouis dans les souffrances pour votre salut et complète dans ma chair ce qui manque aux souffrance du Christ pour le salut de son Corps qui est l’Eglise" (col 1 ;24).

Nous sommes plongés dans le mystère du Corps Mystique du Christ, quand chaque membre est relié spirituellement aux autres, et un chrétien peut prendre sur lui le châtiment encouru par un chrétien embourbé dans le péché ou un chrétien inconnu.

A l’image de Jésus qui nous a apporté l’expiation de nos fautes et le salut, les chrétiens peuvent expier les fautes des autres. Certains saints gratifiés de visions ont reçu la grâce de voir le fruit de leurs souffrances volontaires - des pécheurs converties, des âmes délivrées du purgatoire.

Sainte Faustine nous relate cette révélation stupéfiante qui lui fut faite par Jésus : "si les anges étaient capables de jalousie, ils nous envieraient pour deux choses : l’une est recevoir la Sainte Communion, l’autre la possibilité de souffrir." La bienheureuse Dina Belanger disait également que si les anges pouvaient désirer quelque chose, ce serait de souffrir.

Les anges, envieux de notre souffrance ? A l’opposé, est-ce que la plupart d’entre nous ne sont pas envieux du sort des anges ? Nous nous les représentons comme des êtres qui une fois créés qui se sont vu offrir le choix : passer l’éternité avec Dieu ou crééer leur propre royaume de ténèbres. Et nous pensons : quel choix facile. Pas de souffrance. "OK, j’opte pour Dieu." Mais apparemment, ce n’était pas si facile, et de nombreux anges ont choisi d’avoir leur place bien à eux dans le royaume des ténèbres. La seule explication de cette jalousie des anges, c’est le pouvoir insurpassable de l’amour, qui conduit les anges comme les humains à vouloir partager les souffrances de ceux qu’ils aiment. Jésus lui-même en offre le parfait exemple. Il soupire : "j’ai un baptême à recevoir et il me tarde que cela s’accomplisse" (Lc 12 ;50). Jésus anticipe, et il est même impatient de subir ce baptême du sang pour le salut de l’humanité. L’une des grandes différences entre le Christianisme et l’Islam, c’est l’idée du martyre dans ces deux religions. L’héroïsme signifie quelque chose de complètement différent dans chacune d’elles. Pour les chrétiens, c’est l’héroïsme de la souffrance. Dans les Béatitudes, Jésus dit à ses auditeurs : "bienheureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’’on dit faussement toute sorte de mal de vous, à cause de moi" (Mt 5 ;11). C’est ainsi que Saint Laurent, condamné pour sa foi à être brûlé sur un grill, non seulement accepte son destin, mais plaisante avec ses bourreaux, leur demandant de le retourner car il est assez cuit de ce côté. Et Saint Thomas More, devant la guillotine morigénait gentiment le bourreau, lui enjoignant de couper son cou proprement à l’endroit adéquat. Aux yeux du monde, les martys chrétiens offrent l’image de la faiblesse, "tendant l’autre joue", renonçant à la vengeance, priant souvent pour leurs agresseurs.

Le martyr musulman est théoriquement le "sacrifice de sa vie pour la vérité de l’Islam", en pratique, il englobe souvent le combat et le meurtre des non-croyants. Des exemples tirés de l’actualité nous montrent d’étranges, irrationnels et inhumains massacres de centaines d’hommes, femmes et enfants dans des attentats-suicides à la bombe, parce qu’"incroyants". La grandeur et l’héroïsme de tels martyrs est mesurée, non sur la base de la quantité de souffrance qui leur a été infligée injustement, mais sur celle de la quantité de souffrance qu’ils causent à eux-mêmes et aux ennemis de l’Islam par cet acte contre nature qu’est le suicide, dans la perspective que ces ennemis soient forcés de reconnaître la supériorité et le pouvoir de l’Islam.

Dans la nouvelle de Flannery O’Connor Le temple de l’Esprit Saint, une des jeunes filles déclare :"quelle ne pourrait jamis être une sainte, mais pourrait éventuellement être une martyre, s’ils la tuaient rapidement".

Cela rend probablement compte de la manière dont la plupart d’entre nous, chrétiens, envisageons cet appel à l’héroïsme. Mais le martyre est rarement court. Et les souffrances, de quelque sorte qu’elles soient, même pour les plus nobles causes, nous semblent habituellement longues.


Howard Kainz est professeur de philosophie honoraire à Marquette University. Il est l’auteur de plusieurs livres dont tout récemment L’existence de Dieu et la Foi instinctive.

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légende photo : retable d’Isenheim (détail) par Matthias Grünewald, vers 1515


http://www.thecatholicthing.org/col...

4 Messages de forum

  • 27 mars 2012 17:32, par Dr François Volff

    Une petite précision : dans un temple réformé, la croix est vide parce qu’Il est ressuscité (même si beaucoup de pasteurs réformés, on se demande pourquoi, n’y croient pas). Dans une église luthérienne, il y a (le plus souvent, ce n’est pas un sujet de foi) un crucifix sur l’autel, et derrière, et plus haute, et plus grande, une croix vide. Ceci pour illustrer le mot de Paul : Christ a été crucifié pour nos péchés, bien plus, il est ressuscité des morts. Le mot d’ordre du luthéranisme est d’ailleurs : "Nous prêchons Christ, et Christ crucifié".
    Les souffrances et la mort du Christ (du Messie annoncé par les prophètes) sont suffisantes pour enlever nos péchés et nous ouvrir le Royaume de Dieu (le salut) " Et pourtant, ce sont nos souffrances qu’il portait..., il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités, le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris" (Isaïe 53) Dès lors, les paroles de Paul :"je me réjouis dans les souffrances pour votre salut et complète dans ma chair ce qui manque aux souffrance du Christ pour le salut de son Corps qui est l’Eglise" (col 1 ;24), sont chargées d’amour. Peu importent les souffrances endurées, du moment que je vous transmets cette Bonne Nouvelle. De quoi vais-je d’ailleurs me plaindre, puisque ce n’est que justice pour tout ce que j’ai fait, et le mal que je fais encore tout en voulant le bien ? Mais Lui, il était innocent, et il a été crucifié à ma place, par amour pour moi. Il rejoint tout à fait ici les paroles du "bon" brigand crucifié avec le Christ.

  • 29 mars 2012 22:36, par Melmiesse

    quelles souffrances les chrétiens veulent-ils prendre et comment est-ce possible ? :la couronne d’épines, les risées, les crachats, les insultes, l’abandon ou la trahison des amis l’opportunisme de Pilate, le sanhédrin se courbant devant le pouvoir romain, la haine et le mépris de la foule lui préférant Barabas, la corruption, l’avidité des uns et des autres, la bétise, de quoi démolir le plus solide des hommes avant la Croix ;
    fallait-il condamner ces juifs ou ont-ils servi à nous montrer ce que fait l’humanité lorsqu’elle ne suit pas le chemin du Christ :"je ne veux pas la mort du pêcheur (ou la souffrance) mais qu’il se convertisse"

  • 6 avril 2012 18:40, par pgnap3

    La citation qui est faite du texte d’Isaïe me semble exprimer l’essentiel : "Ce sont nos souffrances qu’il portait..., il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités, le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris" (Isaïe 53)
    N’est-ce pas la commisération de Jésus (« nos souffrances qu’il portait »), inspirée par l’Esprit Saint Paraclet (avocat, qui procède du Père …et du Fils) qui le motive à donner sa vie pour le salut des hommes ?
    N’est-ce pas pour se faire serviteur du Père (en contribuant à la réalisation du projet créateur) qu’il accepte de souffrir (« ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne ») afin que la vision du mal que nous les hommes nous commettons et des souffrances qui en découlent, nous révèle -à la manière de la vision par les Hébreux du serpent d’airain de Moïse- ce qui empoisonne notre vie et la rend mortelle. Et afin aussi que cette prise de conscience du mal nous conduise à réagir (honte et contrition), et nous incite à nous convertir et à rechercher le bien (non plus le seul mien, mais prioritairement celui d’autrui) dans une démarche d’amour d’amitié authentique de notre prochain (« il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime »)
    Par ce qu’exprime son comportement, il est le Verbe, et la Lumière venue dans les ténèbres, par qui sont révélées la Voie la vérité et la vie.
    Et ce faisant il vainc la fatalité de la puissance de Satan, l’adversaire prince de ce monde, et rend réalisable le dessein bienfaisant de son Père, le Dieu Créateur du ciel et de la terre. Et celui-ci le ressuscite pour le ramener de la terre au Ciel.
    Cette interprétation de la Rédemption opérée par le sacrifice de la croix donne, me semble-t-il, tout son poids et sa cohérence à l’intercession du Fils envoyé par son Père ; et elle évite la connotation de vanité et orgueil divins blessés qui accompagne la perception ordinaire des notions mal comprises d’expiation propitiatoire et autres réparation et compensation du péché originel.

  • 3 février 2013 01:05, par papenoir

    Bonjour,

    Je suis tombé sur votre site en cherchant le lien entre l’amour et la souffrance.

    L’amour est une souffrance !

    Lorsqu’on se fait investi par beaucoup d’Amour, on cherche à aimer ; et aimer c’est de se donner son soi ; Se donner son soi ça fait mal ; c’est une souffrance. Rien qu’en regardant les gens avec Amour, de désirer tout ce qui est bien pour eux, ressentir leur joies et aussi souffrances. Tout cela peut se sentir mal. ; une manque qu’on ne peut pas rassasier.

    C’est ainsi que ceci peut-être mal interprété, ou mal compris que les saints "...la désiraient, la recherchant activement, en demandant davantage.." pour reprendre vos termes. En effet, je pense que ce n’est pas la souffrance per-se que cherchent ces saints, mais ils cherchent à manifester l’Amour. Et ce n’est pas uniquement les saints, les gens normaux sont aussi capable de ressentir cette souffrance dans l’Amour.

    L’Amour, ça fait mal.
    Regardez à l’intérieur de vous.
    Si ça fait pas mal, ce n’est pas un vrai Amour,
    Ou alors un amour pour soi même,
    qui n’est pas un Amour.

    Le vrai Amour est une souffrance,
    mais on en veut toujours encore...