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Le Concordia, après le Titanic ?

par Gérard Leclerc

mercredi 18 janvier 2012


La catastrophe du bateau de croisière Concordia frappe nos imaginations, en renvoyant à d’autres images. Tous les médias ont évidemment rappelé le souvenir du Titanic, dont le naufrage remonte à exactement un siècle (14 avril 1912). Il est vrai qu’un film emblématique a imposé en 1997 une certaine vision de l’événement qui était lui-même mythique. A un siècle de distance, les deux catastrophes ne relèvent ni des mêmes facteurs ni des mêmes circonstances. On peut, toutefois, mettre en évidence une analogie qui relève du domaine de la technique et de l’impression de toute-puissance qu’elle nous donne. Le Titanic était déjà un magnifique bâtiment, qui ne pouvait que soulever l’admiration des contemporains. Qui plus est, il semblait réunir le maximum de garanties de sécurité. On avait réalisé pour l’époque une prouesse qui donnait une assurance d’invincibilité. C’est comme cela que le Titanic a été perçu, il symbolisait l’orgueil d’une époque nouvelle. Bien sûr, on relève qu’il y avait une faiblesse dans le dispositif. Les vingt canots de sauvetage ne pouvaient assurer la survie que du tiers de l’effectif, équipage et passagers réunis. Au début du vingtième siècle, la législation n’exigeait pas plus, et seule l’expérience montrera combien il y avait là une carence rédhibitoire.

En un siècle, on a heureusement tenu compte des précédents. Et pourtant, il apparaît avec le drame italien que la toute-puissance technique avoue toujours ses limites. N’est-il pas paradoxal que l’on se découvre presque impuissant à secourir un bateau, non pas perdu dans l’océan comme le Titanic, mais échoué à cinquante mètres de la côte ? Ainsi, on est capable de construire ces énormes bâtiments, sans être sûr qu’ils ne deviendront pas ce piège que les secouristes auront le plus grand mal à déjouer.

Tous les regards accusateurs sont tournés vers le capitaine du Concordia, coupable d’imprudence majeure et, semble-t-il, pris en flagrant délit de fuite d’un navire que, seul maître à bord, il devait être le dernier à quitter. Ce symbole aussi est cruel, alors que s’est forgée au long des siècles la belle légende des capitaines courageux.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 18 janvier 2012.

6 Messages de forum

  • 19 janvier 15:41, par J. Martine

    On part pour le rêve ou l’insouciance, et le rêve, quelquefois, tourne au cauchemar... Paquebots aux allures de ville flottante, éventuellement luxueuse, villes insolentes aux tours orgueilleuses propres à susciter une admiration béate, et à côté de cela, le vide des esprits. Peut-être faudrait-il encourager nos semblables à lire ou relire certains textes, comme ceux de la tour de Babel, ou de Sodome et Gomorrhe, où l’insouciance finit également très mal. On ne sait jamais, la surprise serait moins grande.. J. Martine.

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  • 19 janvier 15:57, par c

    Pour ce qui concerne le commandant du navire, il convient d’attendre les conclusions de l’enquête et de se rappeler le très beau livre de Joseph Conrad, "Lord Jim" qui montrait déjà comment (si cela a été le cas pour l’affaire du Costa Concordia) où un homme peut basculer d’un côté ou d’un autre, lâcheté/héroïsme.
    D’après certaines informations le commandant a réussi au moins à échouer le navire et même si évidemment les pertes et disparitions sont toujours terribles, près de 4000 passages paniqués dont certains handicapés, plongés dans le noir, à évacuer, c’est particulièrement difficile. L’aumônier du bord (un prêtre catholique de 70 ans semble t-il) n’a pas porté de jugement.

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  • 19 janvier 17:56, par admin

    Les Anglais ont le Titanic ; nous, nous avons le Concordia, qui, ne serait-ce qu’à cause de sa position, à moitié immergé, avec la quille fissurée, est la plus belle icône de notre pays. Plus qu’un naufrage, c’est une parabole. A présent on sait tout, ou presque du commandant Francesco Schettino. Il n’était pas seul à bord. Mais c’est comme s’il avait été seul. Si le commandant devient fou, il n’y a rien à faire. C’est toujours comme ça quand il y a un homme seul aux commandes, jouissant du pouvoir de vie et de mort sur les autres. Et s’il cherche simplement à servir son intérêt personnel, tant pis pour nous. Ça vous rappelle quelque chose ?

    http://www.courrierinternational.co...

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  • 19 janvier 20:34

    Domnica Cemortan n’a pas été recensée comme touriste ou membre d’équipage à bord du bateau. La presse italienne suggère donc qu’elle pourrait être une "invitée spéciale" du commandant.

    La jeune femme a précisé qu’elle avait travaillé pour la société Costa Crociere sur d’autres bateaux et qu’elle avait embarqué sur le Costa Concordia pour célébrer son 25e anniversaire. Selon ses propos, elle était en train de dîner avec des amis quand l’accident est arrivé. Elle affirme également que le commandant n’était pas en train de boire sur le pont.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/mond...

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  • 20 janvier 10:06, par c.delanoe@noos.fr

    Plus pertinente : la comparaison avec le naufrage de l’ANDREA DORIA le 25 juillet 1956, vu le nombre équivalent de mort, une quarantaine... En revanche, il s’agissait d’un abordage avec un autre paquebot (plus petit), dû au brouillard. Dans le cas du CONCORDIA aucun fait d’intempérie ou d’évènement imprévu ne semble imputable comme pour l’ANDREA DORIA oule TITANIC ; le facteur humain et la responsabilité individuelle d’un capitaine, en revanche, semblent peser beucoup plus.

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