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Georges Suffert

par Gérard Leclerc

jeudi 19 janvier 2012


La mort de notre collègue Georges Suffert est pour moi l’occasion de rendre hommage à un journaliste talentueux, pugnace, courageux et toujours engagé. Il fut un moment éditorialiste à Radio Notre-Dame, au début de la radio, ce qui était conforme à des convictions chrétiennes bien enracinées. Je garderai le souvenir d’un professionnel toujours sur la brèche, parfois indigné, au fait des secrets d’État dont ses réseaux le tenaient informé de façon précise. Parfois, il lui fallait se déterminer pour lancer ou non une information choc, ce qui n’était pas sans risque. Certains lui ont reproché d’avoir dénoncé le militant d’extrême gauche Henri Curiel comme responsable d’un réseau terroriste. Celui-ci devait être assassiné deux ans après l’article publié dans Le Point. C’est vrai qu’il s’agissait d’une affaire d’État, de celles qui vous plongent dans le milieu trouble de la politique et des services spéciaux. Je l’entends encore – c’était d’ailleurs à l’archevêché de Paris- confier que Mitterrand avait sur le dos « au moins trois affaires capables de le faire sauter » !

Cela fait partie du métier. Mais Georges Suffert n’avait rien de cynique. C’était d’abord un homme de conviction, capable de se remettre en cause. Il y a grosso-modo deux périodes dans sa vie. L’une de gauche et l’autre de droite. Il ne cachait pas avoir rompu avec une certaine idéologie dont il avait goûté les fruits amers et l’illusionnisme. Certes, il ne se désavouait pas, notamment en ce qui concerne les engagements les plus généreux de sa jeunesse. Mais il n’avait pas peur d’être traité de réactionnaire à cause de son pamphlet contre « les intellectuels en chaise longue » et le livre-entretien qu’il avait fait avec Pierre Chaunu sous le titre la peste blanche. Le journaliste et l’historien s’en prenaient à la mentalité contraceptive qui allait mener l’Europe à un véritable hiver démographique.

J’ai beaucoup de gratitude à l’égard du défenseur du pape et de l’Église, dont les derniers livres ont d’ailleurs été consacrés à l’illustration du christianisme dans l’histoire. Georges Suffert enseignait les vertus de la raison, mais ce n’était pas par résignation. Il y avait chez lui tant de ressources qui l’empêchaient de s’aligner sur les conformismes. Les nouvelles générations de journalistes sauront, grâce à lui, ce qui fait la force et l’honneur de leur métier.

Chronique lue sur radio Notre-Dame le 19 janvier 2012.

2 Messages de forum

  • 19 janvier 15:48, par HC

    Je me souviens des articles de Suffert dans "Le point" co-signés avec Jacques Duquesne sur l’Eglise qui virait à gauche. J’avais 20 ans.Un poison qui sans le secours d’amis éclairés aurait pu me conduire à ce catholicisme sociologique qui a éloigné de l’Eglise tant de mes amis et qui fut mortifère pour eux.
    Je veux bien qu’il se soit repenti de ces dérives ; mais le mal était fait dont on mesure aujourd’hui l’étendue. Il faut se souvenir du poids qu’avaient alors sur la jeunesse les news magazine en général et "Le point"" en particulier qui s’érigeait contre "L’Express" tout puissant alors.
    Paix à son âme. Je prierai pour lui !

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    • Georges Suffert "l’Eglise qui virait à gauche" 19 janvier 19:17, par J.-F. Foncin

      Il n’avait pas tort. Voir la première partie de "D’un Chirac l’autre" par Bernard Billaud (de Fallois, 2005). L’auteur était à cette époque attaché au cabinet du Premier Ministre, où, sur la proposition de Jean Guitton, il était chargé des "affaires religieuses".

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