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Dietrologie

par Robert Royal

mercredi 13 mars 2013


Lorsque vous couvrez un événement médiatique majeur, tout le monde veut savoir ce qui se passe dans les coulisses. Les Italiens sont tellement convaincus — avec quelques bonnes raisons — que ce que vous voyez est rarement ce qui se passe réellement, qu’ils ont même un mot quelque peu humoristique pour l’examen attentif de ce qui se cache derrière (dietro) les apparences : la dietrologia.

Mais parfois, ce qui apparaît à la surface peut être plus important que tout ce qui est caché. En effet, ce peut être la seule méthode pour que se révèle ce qui est profondément caché.

À cet égard, si vous voulez voir un événement révélateur de la nature humaine, vous devez venir à Rome un certain temps — si possible pour un conclave papal. Il y a d’autres jours décisifs — la naissance d’un enfant, le septième match du Mondial, les vacances du Congrès ou du Président — mais il n’y a rien de tel que l’apparat couplé avec la gravité de la première journée d’un conclave.

En apparence, c’est seulement un tas de vieillards, mais ce sont des hommes remarquablement doués qui se réunissent dans la matinée pour prier, vêtus d’écarlate, dans la grande basilique Saint-Pierre. Et le soir du même jour, ils se rendent en procession solennelle dans la chapelle Sixtine, ornée des fresques du grand Michel-Ange, et jurent devant Dieu de porter leur meilleur jugement pour savoir qui devrait être le prochain pape, et de garder à jamais le silence sur le processus, à moins que le pape qui ne donne son autorisation explicite.

Hier, à Rome, le temps était en quelque sorte de la partie. Lorsque nous sommes entrés pour la messe du matin pro eligendo Romano Pontifice, il était assez agréable (à la fin de la journée, nous, journalistes de la télévision, claquions des dents sous la neige et la grêle sur les toits à proximité de la place Saint-Pierre.)

Pour une fois les queues à l’entrée de la basilique ne furent pas trop longues, même si tous les sièges étaient occupés avant que la messe soit terminée. Il y avait nombre de jeunes, aussi, sans doute membres de nouveaux mouvements spirituels laïcs, ainsi que des religieuses et religieux. Pour une fois, les huissiers étaient réellement utiles et efficaces — ce qui n’est pas toujours le cas dans des jours moins importants.

Et la messe elle-même était sublime. On ne relève pas assez que la musique à Saint-Pierre pour des événements importants est tout simplement superbe. Elle est riche, mais simple, imposante mais également tout en retenue. L’acoustique est très bonne. Et la façon dont la messe fut chantée nous mettait exactement dans la bonne ambiance. Nous autres, les catholiques, croyez-le ou non, pouvons faire ce genre de chose exactement comme il faut.

Tous les cardinaux avaient un air réservé, d’une sobriété presque douloureuse, alors qu’ils commençaient leur procession dans Saint-Pierre. Même l’irrépressible cardinal Dolan de New York — dont certains échos disent qu’il devrait prendre le nom d’Hilarius II s’il était choisi — avait un air inhabituellement sérieux. Personnellement, je ne crois pas qu’il ait une chance sérieuse, du moins pas pour cette fois-ci. Mais rien n’est impossible, et aucun homme doué d’une once de cervelle (Dolan en a beaucoup) et de bon sens n’aurait voulu commencer cette journée à la légère, quelles que soient ses chances.

Après une pause pour le déjeuner, ils ont été transférés à la chapelle Pauline et, de là, il n’y avait que quelques pas à faire pour se rendre dans la Chapelle Sixtine. Nous avons de la chance ces jours-ci parce que nous pouvons les regarder sur vidéo en direct prenant leurs places pour le vote. Et puis, un par un, de la manière la plus solennelle concevable, chacun ira jurer sur l’Évangile son intention de chercher la volonté de Dieu dans le processus et de garder le secrets sur son vote et celui de ses confrères.

Jusqu’à présent (aux petites heures de ce mercredi matin, alors que j’écris), malgré toutes les inquiétudes à l’intérieur comme à l’extérieur du Vatican, il ne semble pas y avoir eu de fuite sur le vote de la première journée, qui ne nous a pas donné un pape. Seulement une fumée noire.

Dans un cas comme celui-ci, le nec plus ultra de la dietrologia, cependant, ne s’arrête pas aux motifs secrets des acteurs humains. Il y a tout un chemin de retour, littéralement tout le chemin du retour vers le Créateur et l’Esprit, qu’il envoie à ceux qui, au fond de leur cœur, cherchent Sa Volonté. C’est le plus important de la dietrologia. Nous n’aurons pas à attendre longtemps, maintenant, avant de savoir quelque chose de la volonté de Dieu sur l’avenir immédiat de l’Église et de l’humanité tout entière.

Source : http://www.thecatholicthing.org/dai...

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