Ainsi la bonne nouvelle semble se confirmer. Léon XIV devrait se rendre en France, à Paris et à Lourdes, en septembre prochain. Alors qu’il entame la seconde année de son pontificat, cette décision constitue pour nous un encouragement, une perspective d’un renouveau missionnaire tout à fait dans l’esprit d’un successeur de Pierre. Comment ne pas se souvenir de la première visite apostolique de son prédécesseur Jean-Paul II à Paris en 1980 ? Son appel du Bourget résonne encore dans la mémoire de l’Église en France : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » Sur le moment, cette interpellation avait surpris. Pour le moins, elle avait réveillé tout un passé spirituel indissociable de l’identité de notre pays, en dépit des ruptures de l’histoire et des équivoques tenant au concept de laïcité.
Saints français : les Papes attentifs
François, qui n’avait pas voulu entreprendre un voyage officiel chez nous, en raison de son souci de se mettre en accord avec l’essor d’une catholicité à l’échelle du monde, n’en était pas moins aussi attaché à notre patrimoine historique, ainsi qu’il le montra dans son encyclique Dilexit nos sur la spiritualité du Sacré-Cœur, telle qu’elle s’était développée depuis Paray-le-Monial. C’est donc bien qu’il existe une continuité dans la vigilance de la papauté à l’égard d’une nation qui a toujours rayonné par l’éclat de ses grandes figures de sainteté. La question est de savoir si aujourd’hui la France est capable d’un nouvel élan, ne serait-ce que par la diffusion du message évangélique au sein de générations qui, depuis les années 1960, ont participé à la déchristianisation du pays.
On peut pressentir que Léon XIV se situera dans la continuité de ses prédécesseurs pour relier la richesse d’un passé aux impératifs du présent. À l’heure où une législation autorisant l’euthanasie et le suicide assisté menace d’une rupture civilisationnelle grave, nous prenons conscience de l’enjeu des choix fondamentaux qui s’offrent à la France. Où puiserons-nous l’inspiration qui préside à notre avenir social et moral ? L’insistance à vouloir séparer, au nom de la laïcité, ce qui relève des convictions personnelles et ce qui concerne les lois de la cité conduit impérativement à une logique de décivilisation.
On peut, par la pensée et l’imagination, prévoir la signification profonde de la venue de Léon XIV à Notre-Dame de Paris. L’immense émotion produite par l’incendie de la cathédrale, la solidarité qui a accompagné sa reconstruction ont conféré à sa symbolique une surprenante importance. Il ne s’agissait pas seulement de notre passé le plus glorieux, mais de la continuité profonde de ce qui est au cœur de notre vision anthropologique. Déjà le pape polonais avait mis son énergie à souligner cette dimension dans sa fameuse homélie du Bourget. Il n’ignorait nullement l’antichristianisme inhérent à la tradition des Lumières, et c’est pourquoi il resituait avec force la grandeur de l’homme dans l’épopée du Salut : « Au cœur de la mission du Christ, il y a l’homme. Tout l’homme. À travers l’homme, il y a les nations, toutes les nations. »
Avec la visite apostolique de Léon XIV à Paris et à Lourdes, c’est cette perspective décisive qui émergera de nouveau. D’où son importance et la nécessité de s’y préparer, pour qu’elle soit un événement de grâce et de vérité.