Parmi les femmes qui ont fait l’histoire de la France et de l’Europe, la figure de Clotilde se détache particulièrement. Elle fait partie de cette classe patricienne dont les familles gouvernaient la Gaule romaine et dont les femmes, mères et éducatrices, ont enfanté la civilisation. Au début de cette époque mérovingienne, se succèdent des générations d’où sont issus des évêques, des moines, des abbés, de grands administrateurs, de grands soldats et des rois. Clotilde est burgonde, chrétienne mais non pas arienne comme l’immense majorité des peuples qui avaient constitué l’Empire romain. Son père Chilpéric fut assassiné en raison de sa foi par son frère converti aux disciples d’Arius. Sa mère fut également assassinée, mais la jeune Clotilde fut épargnée et élevée comme une captive à la cour de son oncle. Dans le secret, elle cultiva la foi de ses parents, vivant ainsi sa foi dans le secret à l’image des premiers chrétiens.
« Dieu de Clotilde »
Célèbre pour sa beauté, elle fut mariée par son oncle à Clovis, roi païen des Francs. Les jeunes évêques gaulois qui favorisèrent également ce mariage firent alors le pari osé d’une conversion de Clovis par amour. Si Clovis était un grand soldat et un grand politique, il était bien païen. Il avait bien fréquenté des institutions de l’Église, notamment la prestigieuse abbaye Saint-Martin qui l’avait enseigné, mais était resté fidèle aux dieux de sa tribu.
Lorsqu’il se trouva à la bataille de Tolbiac contre les Alamans (496), dans une situation que son expérience lui faisait juger désespérée, après avoir invoqué en vain les dieux de sa tribu, il poussa ce cri célèbre, que tous les écoliers apprenaient encore il y a quelque temps : « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai chrétien ! » C’est la première fois que, dans l’histoire, l’invocation du nom de Dieu est associée à celui d’une femme. Ce n’est plus le « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », ni « le Dieu de nos pères », mais bien « le Dieu de Clotilde ». Ainsi notre belle Clotilde fit une entrée remarquée dans l’histoire profane et dans l’histoire religieuse ! Son Dieu exauça la prière de Clovis et le roi franc tint sa parole en se faisant instruire dans la foi chrétienne par saint Vaast et saint Remi et reçut le baptême des mains de ce dernier dans l’église cathédrale de Reims.
Au plus près de saint Martin
À cette époque, le royaume de France n’existait pas encore. Clovis se fit baptiser avec 3 000 de ses guerriers, l’élite de la tribu, et l’on dit ainsi que la France est née du baptême du premier de ses rois. La reine Clotilde peut et doit donc être considérée comme la mère historique du royaume de France. Après cette conversion heureuse qu’elle avait demandée dans la prière et la patience, elle ne fut pas épargnée par les épreuves. Elle connut en effet, dans son âge mûr et sa vieillesse, les mêmes tourments que ceux qui avaient endeuillé sa jeunesse : les divisions et les meurtres dans la famille royale dans la lutte pour la succession. Elle termina son existence, retirée dans un couvent qu’elle avait fondé à Tours au plus près du tombeau de saint Martin. Elle est également considérée comme une des premières femmes ayant conjugué le monachisme au féminin comme sa belle-fille, sainte Radegonde, épouse malheureuse de Clotaire Ier.
Clotilde justifie parfaitement l’appellation de « Nation femme » donnée par de nombreux historiens à la France, parfois aussi opposés que Jules Michelet et Édouard Drumont, car les caractères fondamentaux du « royaume des lys » sont issus de sa beauté, de sa douleur, de sa patience et de sa piété.