Saint Martin
Les yeux au Ciel
Il pressent sa mort depuis déjà longtemps. En visite pastorale dans l’une de ses paroisses rurales, à Condate, en actuelle Indre-et-Loire, il convoque ses frères et leur annonce sa mort proche. « Seigneur, si je suis encore nécessaire à ton peuple, je ne refuse pas de souffrir. Que ta volonté soit faite ! » Attaqué par une fièvre violente, il passe sa dernière nuit à veiller et prier. Alors qu’il est couché sur un lit de cendres et vêtu d’un cilice, ses disciples lui proposent de l’allonger sur un tapis. « Il n’est pas convenable, pour un chrétien, de mourir autrement que sur de la cendre », répond-il. Priant sans cesse, les yeux et les mains levés vers le ciel, il refuse de bouger. « Mes frères, laissez-moi regarder le ciel plutôt que la terre. Cela dispose mon âme à aller droit au Seigneur. » Il lutte contre le diable en le chassant, puis rend son âme à Dieu au crépuscule du 8 novembre 397, le visage beau comme celui d’un ange, entouré de ses disciples psalmodiant.
Les Carmélites de Compiègne
Martyres de la Révolution
Dès 1792, Mère Thérèse de Saint-Augustin, prieure, propose à ses religieuses de réciter un « acte de don de soi » par lequel elles acceptent librement le martyre pour le salut de la France. Le 12 juillet 1794, les 16 sœurs sont transférées à la Conciergerie de Paris. Jugées et condamnées par le tribunal révolutionnaire pour « fanatisme », moquées pour leurs « sottes pratiques de religion », au matin du 17 juillet, c’est vêtues de blanc qu’elles quittent la prison le soir même. On les conduit à la guillotine de la barrière de Vincennes. Comme si elles se rendaient aux noces, elles chantent des Magnificat et des Salve Regina. À l’arrivée, elles s’agenouillent, entonnent le Te Deum, renouvellent leurs vœux de profession, et proclament le Veni Creator. On vient chercher la première, une jeune novice, Constance de Jésus, qui implore la bénédiction de la Mère supérieure, et entonne le psaume 116, le plus court du psautier, en grimpant les marches. Toutes embrassent une statuette de Marie avant de monter à l’échafaud, une statue encore vénérée aujourd’hui dans la crypte du Carmel de Jonquières. Leurs corps sont jetés dans les fosses communes de Picpus. Elles sont canonisées par le pape François le 18 décembre 2024.
Sainte Edith Stein
Le don de soi
Juive convertie, religieuse au Carmel d’Echt, en Hollande, elle est arrêtée par la Gestapo le 2 août 1942, avec sa sœur Rosa, convertie elle aussi. « Viens, nous partons pour notre peuple », lui dit-elle. Détenue au camp de Westerbock, unissant ses souffrances au Christ crucifié, elle se porte sans cesse au-devant de ses compagnes d’infortune, leur apportant aide et consolation, les soignant, nourrissant et lavant leurs enfants. Un vrai témoignage d’amour. À l’aube du 7 août, elle fait partie, avec sa sœur, d’un convoi de 987 Juifs que l’on déporte à Auschwitz. Elles sont assassinées le 9 août dans une chambre à gaz, et leurs corps brûlés. Le 9 juin 1939, elle avait écrit dans son testament : « J’accepte déjà maintenant avec joie la mort que Dieu a prévue pour moi, dans une parfaite soumission à sa très sainte volonté. Je demande au Seigneur d’accepter ma vie et ma mort pour son honneur et pour sa gloire. » Elle est canonisée par Jean-Paul II le 11 octobre 1998.