Le suspense aura duré jusqu’au bout. Mais finalement, par 12 voix contre 10, les membres de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public ont décidé de publier le rapport rédigé par le député « ciottiste » de l’Hérault, Charles Alloncle. Le document, d’une longueur de 400 pages, fruit de six mois d’auditions souvent véhémentes, préconise un plan d’économie d’1 milliard d’euros, sur les 4 milliards que représente le budget de l’audiovisuel public. La moitié de ces économies iraient à la préservation du patrimoine, et l’autre au désendettement de l’État. Au regard des dysfonctionnements révélés au fil des échanges, une telle proposition – certes spectaculaire – mérite d’être étudiée, quitte à discuter la pertinence de telle ou telle mesure.
Les Français vont donc pouvoir en prendre connaissance, en dépit de l’offensive qui a été entreprise pour bloquer sa publication, à commencer par les procès d’intention. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a ainsi estimé sur France Info (28/04) que Charles Alloncle avait utilisé le travail de la commission pour « porter les idées du Rassemblement national et d’Éric Ciotti ». Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), qui présidait la commission, a choisi de voter pour la publication du rapport, mais afin que « les Français puissent juger des méthodes de l’extrême droite », comme il l’a expliqué sur France Inter (28/04). Surréaliste.
Beaucoup de critiques
Du côté de la société civile, les critiques n’ont pas manqué non plus. Dans Midi Libre (02/05), Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel, estime que le travail de la commission est « une atteinte grave à la démocratie parlementaire ». Sur le site The Conversation, Arnaud Mercier, professeur d’information-communication (26/04) juge – argument fatal – qu’on peut « surtout voir dans ces travaux, une « CNewsisation » de la commission, animée par la volonté du rapporteur de s’offrir une tribune pour diffuser ses idées, inlassablement répétées, en espérant qu’elles deviennent vraies dans l’esprit d’une partie du public, tout en dénonçant les supposées dérives d’élites ».
Une telle unanimité pourrait conduire à perdre son bon sens, ce dont Alexis Brézet, le directeur de la rédaction du Figaro, s’est bien abstenu dans son éditorial d’Europe 1 (28/04). Si le rapport avait été enterré, souligne-t-il, « les Français y auraient vu à juste titre une volonté d’étouffer les vérités qui fâchent, l’ultime manœuvre d’une petite caste dérangée dans ses habitudes et soucieuse avant tout de se protéger ». Même pondération chez Rémi Godeau, dans L’Opinion (27/04) : « Sur le fond, sauf à considérer France Télés et Radio France intouchables, les préconisations qui ont fuité ne méritent pas les cris d’orfraie relayés avec complaisance. Si la recommandation de fusionner France 2 et France 5 ou de supprimer une des quatre formations musicales de Radio France avaient émané de la Cour des comptes, personne ne se serait offusqué. » In fine, l’arroseur se retrouve arrosé : à vouloir occulter ce rapport, ses détracteurs lui ont donné une visibilité supplémentaire. Sans doute aiguillonnée par sa publication, la ministre de la Culture Catherine Pégard a annoncé dans Le Figaro (03/05) son intention de promouvoir une « accélération » des réformes, et plaidé pour « l’impartialité » du service public.