Voici des années que l’on s’était presque habitué à voir les chrétiens d’Orient subir les agressions perpétrées par des nervis islamistes de toutes tendances : attentats dans les lieux de culte, humiliations, églises saccagées, statues renversées… Mais à l’occasion du nouveau conflit qui embrase la région, on découvre que les extrémistes juifs veulent aussi faire savoir aux chrétiens qu’ils ne sont pas souhaités dans la région. L’image de cette religieuse de l’École biblique jetée contre une pierre par un colon le 28 avril, non loin du tombeau de David, a indigné le monde entier, tout comme ces images cyniques d’un soldat de Tsahal faisant fumer une cigarette à une statue de la Vierge Marie, ou d’un autre, décapitant une statue du Christ en croix. Et l’on se souviendra aussi, dans un autre registre, de l’interdiction de célébrer la messe des Rameaux imposée à Jérusalem par les autorités au début de la dernière Semaine sainte.
Hausse inquiétante
Cette situation n’est pas nouvelle. Déjà, en 2024, un rapport établi par le Rossing Center for Education and Dialogue, faisait état d’une augmentation significative des agressions antichrétiennes. « Les chrétiens en Terre sainte sont confrontés à une « augmentation inquiétante » des attaques perpétrées par des jeunes juifs ultra-orthodoxes aux opinions nationalistes extrêmes, notamment en se faisant cracher dessus, en étant harcelés physiquement, en voyant leurs biens et leurs cimetières endommagés et en voyant leurs cérémonies religieuses perturbées », indiquait alors le site Cath.ch qui en faisait la synthèse.
Dans Le Figaro (07/05), un reportage édifiant de Stanislas Poyet confirme l’inquiétude qui s’empare des chrétiens locaux: « Certains religieux chrétiens se résignent à raser les murs ». D’autres évitent de traverser le quartier juif pour gagner les Lieux saints. « Les chrétiens de Jérusalem ont toujours été victimes de vexations de la part des extrémistes juifs, mais ces dernières années, cette violence a franchi un palier », témoigne encore le Père Nikodemus, supérieur du couvent bénédictin de la Dormition. La situation n’est pas nouvelle. En 2025, « 155 incidents visant des chrétiens, des religieux ou des propriétés ecclésiales » ont été recensés, rapporte le site TerreSainte.net. Et l’augmentation est constante.
Le poids de l’opinion publique internationale
Cette situation pose un vrai problème aux autorités israéliennes, qui veillent à ménager le courant suprémaciste qui voudrait éradiquer toute présence non juive de la région – notamment à l’approche des élections législatives de cet automne –, mais aussi à ne pas heurter davantage l’opinion publique internationale, à commencer par les courants chrétiens américains qui soutiennent Donald Trump. Ces dérives, note Charlie Deulme dans La Croix (01/05), « l’État hébreu, soucieux de préserver son image et le soutien des évangéliques américains, [les] présente comme marginales ». Les déclarations officielles se veulent rassurantes: « Quiconque lèvera la main contre nos frères chrétiens sera traité avec la plus grande sévérité et fermeté » a affirmé Gideon Sa’ar, le ministre des Affaires étrangères de l’État hébreu, le 5 mai. Signe qu’il ne se désintéresse pas de la question, le gouvernement israélien vient aussi de nommer un « envoyé spécial auprès du monde chrétien », George Deek, ancien ambassadeur, lui-même chrétien. On attend désormais de voir si les dernières agressions constatées seront effectivement sanctionnées.
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