Présidentielle : l’échiquier prend forme - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Présidentielle : l’échiquier prend forme

La division au centre pourrait permettre la qualification au second tour de Jean-Luc Mélenchon qui, le 7 juin, a courtisé la « nouvelle France » devant la basilique Saint-Denis.
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Les frères Goncourt nous ont mis en garde : « La statistique est la première des sciences inexactes. » Il n’empêche qu’à l’approche de l’élection présidentielle, chacun commence à regarder avec attention les enquêtes d’opinion.

À ce stade, Jordan Bardella fait toujours la course en tête. Le sondage réalisé par Ifop-Fiducial pour Le Figaro, LCI et Sud Radio (29/05) lui accorde 34 % des voix au premier tour. Il a encore vu grimper sa cote de popularité après les émeutes qui ont gâché la victoire du PSG en Ligue des Champions : + 6 points dans le baromètre du Figaro Magazine (04/06). Et si, le 7 juillet, la justice autorisait finalement Marine Le Pen à se lancer dans la bataille, la patronne du RN pourrait elle aussi engager la campagne en confiance : elle recueille 32 % des intentions de vote. « Plus que jamais, le vote RN n’est pas un vote d’incarnation mais d’alternative », observe Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, dans Le Figaro.

À gauche, la situation est plus mouvante. Jean-Luc Mélenchon, 74 ans, a tenu meeting à Saint-Denis le 7 juin… après avoir visité la basilique ! Il a instauré le duel face au RN, déclarant que « la France est nouvelle car les gens ont tellement changé ». Il ne s’est pas cantonné à la question de l’immigration mais a évoqué les changements sociétaux depuis 1958 estimant, en parlant du RN, qu’« eux vivent dans le passé, pas nous ».

Le leader de LFI pourrait bien se qualifier pour le second tour si Gabriel Attal et Édouard Philippe maintenaient leurs candidatures (les sondages le donnent cependant largement perdant face au candidat RN au second tour). Or aucun des deux « ex » de Matignon ne semble prêt à se retirer. Tous deux estiment qu’ils disposent encore d’une chance d’accéder à la magistrature suprême en se positionnant – au centre-gauche pour l’un, au centre-droit pour l’autre – comme l’homme de l’expérience et de la mesure face à l’inconnue populiste.

Les vrais débats auront-ils lieu ?

Cette configuration comporte un danger de fond. Alors que le pays doit relever des défis comme l’explosion de la dette publique, la chute du pouvoir d’achat, l’instabilité internationale, la crise démographique, migratoire, ou l’affaissement du niveau éducatif, elle pourrait réduire le débat à cette seule question : qui pour faire barrage au RN ? Ce réflexe priverait le pays d’un débat essentiel portant non sur l’identité du Président, mais sur la politique qu’il conduira. « Attal, Mélenchon, Philippe… Ces candidats à l’Élysée se présentent tous comme l’unique recours contre l’extrême droite. Un argumentaire qui conforte le RN comme principale force politique et pourrait empêcher la confrontation des idées sur des thèmes majeurs », souligne Le Monde (27/05).

Or la disparition du débat porte en elle des conséquences délétères, souligne Jefferson Desport dans Sud-Ouest du 26/05. « Cette campagne devra d’abord être celle du débat – précisément ce qui a manqué en 2022. Ce raté majuscule n’est d’ailleurs pas étranger à l’instabilité politique que l’on connaît et restera l’un des boulets de ce second quinquennat d’Emmanuel Macron. » La France ne peut plus se le permettre.