Qui ne se souvient de la magnifique veillée du Stade de France, remplie d’une assistance fervente de jeunes autour du Saint-Père ? Les félicitations à l’égard des organisateurs n’ont pas manqué, notamment pour le spectacle éloquent des saints de France, sur le mode du Puy du Fou. Exception cependant à l’enthousiasme général, une tribune dans La Croix sous la plume d’un théologien, le Père Jean-François Chiron, qui conteste vivement l’amalgame qui serait fait entre des données historiques certaines et des évocations qui relèveraient, selon lui, de légendes entretenues en Provence. On aurait ainsi pris le risque d’un manque de sérieux scientifique, au détriment de la rigueur nécessaire en contexte ecclésial.
Pourquoi cette dévotion ?
Bien que le ton de notre théologien soit assez vif, parlant « de contre-vérités historiques », notre intention n’est pas d’opposer polémique à polémique, tout simplement parce que l’objection ne saurait être écartée. Il est plus intéressant de profiter de l’occasion pour avancer la réflexion sur un sujet énigmatique. Un regret pourtant. Plutôt que de s’attaquer aux organisateurs de la soirée, n’aurait-il pas été plus profitable de s’interroger sur la raison de cette présence de sainte Marie-Madeleine en terre provençale, telle qu’elle est célébrée dans le massif de la Sainte-Baume et dans la basilique dédiée à la grande sainte de l’Évangile ? On pourrait en dire autant de Lazare et des saintes Marie de la mer.
Pourquoi donc cette dévotion qui s’incarne dans des lieux précis, pourquoi cette persistance d’un attachement de la Provence catholique à ces figures qu’on imagine avoir atteint nos côtes après tout un périple en Méditerranée ? Et à l’inverse, s’il s’agissait à proprement parler de légende, à quel moment ont-elles pu se former ? Sous quelles influences ? Et pour quelles raisons ont-elles pu revêtir une telle crédibilité ? La tâche de l’historien est de l’expliquer. Mais on ne peut non plus échapper au fait qu’il existe des traditions orales préalables. Sinon, ce serait de la génération spontanée peu explicable.
Et puis, au-delà du spectacle du Stade de France, on pourrait s’interroger sur le pourquoi des lieux de culte provençaux. La mémoire de sainte Marie-Madeleine témoin de la Résurrection, de saint Lazare ressuscité par le Seigneur, des saintes Marie qui l’accompagnèrent au calvaire peut-elle échapper à la stricte exactitude historique des lieux ? Leur existence est attestée dans les Évangiles, cela suffit à l’Église pour proposer leur culte en toute région de la terre.
La fierté des Provençaux
Nos amis provençaux allégueront sans doute que leur seule belle province se réclame de leur venue chez eux. On ne peut leur enlever cette légitime fierté et l’on ne peut que se féliciter qu’ainsi soient rendus présents physiquement et mystiquement les grands témoins de la foi, ceux qui ont connu le Christ et se trouvent associés à la grande geste de la Rédemption.
Surtout, vous qui n’avez jamais parcouru selon le mot du poète « les routes qui serpentent sous les étoiles » pour parvenir à la grotte de Marie-Madeleine, allez-y, courez-y ! Vous aurez le cœur rempli de la grâce exceptionnelle de ce lieu.