Comment les chrétiens pourraient-ils détacher leur regard de Jérusalem, la ville au monde qui porte dans sa chair les stigmates de la présence du Christ et demeure le symbole même de l’existence de Dieu parmi les hommes ? Cette ville qui est au cœur d’un nouveau conflit de portée mondiale et qui incarne toutes les contradictions politiques et religieuses, indissociables de l’instabilité du Proche-Orient. Un sentiment de solidarité devrait nous lier à elle, à la mesure de l’affection que nous lui portons. C’est pourquoi la longue lettre pastorale – plus de 30 pages – que vient de publier le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, devrait requérir notre attention, car sa portée est vraiment internationale. On ne s’étonne pas que les Éditions vaticanes aient décidé de la publier
intégralement.
Rappelons au préalable que le cardinal, d’origine italienne, appartient à l’ordre franciscain. C’est d’ailleurs à l’initiative de son ordre qu’il s’est retrouvé en Terre sainte pour enseigner l’hébreu biblique. C’est en 2020 que le pape François l’a nommé patriarche latin de Jérusalem, après en avoir assuré la gestion pendant 4 ans comme administrateur apostolique. Il était auparavant custode franciscain de Terre sainte. Il faut savoir que son autorité s’étend au-delà d’Israël et de la Palestine, la Jordanie et Chypre. On se souvient des difficultés qu’il eut à célébrer la Semaine sainte à Jérusalem cette année, le Saint-Sépulcre lui ayant même été interdit pour les Rameaux.
Le cardinal Pizzaballa ne saurait minimiser la gravité de la situation. Même s’il n’entend pas faire une analyse politique, il parle d’un « changement de paradigme à l’échelle mondiale qui se caractérise par le recours à la force comme instrument jugé décisif pour la résolution des conflits ». C’est dire qu’il est partie prenante de l’angoisse de tous ceux qui vivent les événements actuels, avec la réalité cruelle d’une guerre qui atteint toute la population de Terre sainte.
Ce qui le touche particulièrement, ce sont les atteintes à la coexistence pacifique des religions : « Les Lieux saints qui devraient être des espaces de prière deviennent des champs de bataille identitaire. Les textes sacrés sont invoqués pour justifier la violence, les occupations, le terrorisme. Cet abus du nom de Dieu est peut-être le péché le plus grave de notre époque. »
Devenir l’image de la Jérusalem céleste
Face à ce défi, le patriarche ne se résigne pas. Pour contrer le découragement, il propose une méditation sur la vocation de Jérusalem, telle qu’il la reçoit notamment du livre de l’Apocalypse : « N’oublions pas que ce qui lie le monde entier à ce lieu dépasse l’histoire, la géographie et les pierres. Lorsque nous parlons de la Ville sainte nous l’entendons surtout comme un symbole du peuple de Dieu et de l’Église, née à la Pentecôte au Cénacle. » Benoît XVI avait su admirablement rappeler que la mission de la Jérusalem terrestre consiste à devenir l’image et le reflet de la Jérusalem céleste, « une prophétie, la promesse de réconciliation universelle et de la paix que Dieu désire pour toute la famille humaine ».
Au carrefour des civilisations, des religions et des ethnies, Jérusalem représente un microcosme symbolique, « un paradigme du monde en général » dans toutes les interactions complexes du politique et du religieux. Il en résulte pour le patriarche Pizzaballa des consignes pastorales à l’attention de son diocèse. On en relève notamment ce qui revient aux secteurs scolaires et hospitaliers où l’Église exerce un rôle précieux de solidarité et de réconciliation.