La première raison du patronage du père adoptif du Christ pour les mourants est sa propre mort : elle eut lieu en présence de Marie et de Jésus, ce qui en fait l’archétype de la mort chrétienne idéale. La source la plus ancienne est l’évangile apocryphe de L’Histoire de Joseph le charpentier, rédigé entre le VIe et le VIIe siècle. On en trouve aussi le récit dans les révélations de la vénérable Marie d’Agreda, mystique espagnole du XVIe siècle : « Le visage tout resplendissant, il demanda la bénédiction à sa sainte épouse, mais l’humble reine pria son divin fils de le faire. Ensuite, elle se mit à genoux et pria son époux de la bénir et, après avoir reçu sa bénédiction, elle baisa sa main avec respect. Saint Joseph demanda pardon à sa sainte épouse du peu d’égard qu’il avait eu pour sa dignité et pour ses mérites, et la pria de l’assister à ce dernier moment. Il s’adressa ensuite à son fils et le remercia de toutes les faveurs qu’il avait reçues de sa main libérale et dans sa maladie en particulier. […] Le Seigneur ferma lui-même ses yeux de ses divines mains » (Vie divine de la Très Sainte Vierge Marie).
Une place d’intercesseur
Au XVIIIe siècle, Sœur Maria Cecilia Baij, mystique italienne, reçut aussi des visions de la mort du saint patriarche : « Joseph expira doucement, la tête appuyée sur la poitrine de Jésus et les mains tenues par la Vierge Marie. Son passage de la Terre au Ciel se fit dans une paix si absolue qu’il semblait simplement s’être endormi » (La Vie de saint Joseph).
Le 25 juillet 1920, Benoît XV le proclame officiellement saint patron des agonisants : « Saint Joseph est surtout et à juste titre honoré comme le très fidèle assistant des mourants, lui qui mourut entre les bras de Jésus et Marie ; aussi Nos Vénérables Frères auront le devoir d’assurer tout l’appui et la faveur de leur autorité aux associations pieuses destinées à prier saint Joseph pour les mourants, telles que les associations de la Bonne Mort, du Trépas de saint Joseph, pour les Agonisants. »
D’autres raisons ont conduit l’Église à donner ce saint comme modèle et intercesseur aux fidèles en fin de vie. Pour les chrétiens, la définition de la « bonne mort » n’est pas de mourir sans souffrance mais d’être en état de grâce, c’est-à-dire l’âme préparée, réconciliée avec Dieu, soutenu par la prière de l’Église, avec les derniers sacrements. Saint Joseph, en sa qualité de père adoptif du Christ Sauveur, venu réconcilier les hommes avec son Père, bénéficie d’une place unique d’intercesseur pour obtenir au mourant la grâce de la miséricorde et du Salut éternel en cet instant crucial. Celui que les litanies de l’Église nomment « terreur des démons » est l’allié le plus puissant pour assister l’agonisant dans le combat spirituel qui se joue alors pour le salut de son âme. Et lui obtenir la grâce décisive de la persévérance finale.