Philippe Muray, le catholique - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Philippe Muray, le catholique

De Philippe Muray, mort en 2006, on appréciait la causticité. On prend aujourd’hui conscience que sa critique de la modernité se fondait sur une philosophie et une anthropologie profondément catholiques.
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Dieu réprimandant Adam et Ève, Le Dominiquin, 1623-1625, musée de Grenoble.

Dieu réprimandant Adam et Ève, Le Dominiquin, 1623-1625, musée de Grenoble.

Il y a vingt ans, Philippe Muray nous quittait. J’ai encore le souvenir de la cérémonie de ses obsèques à Notre-Dame-des-Champs, en présence de quelques représentants de l’Intelligence française. À cette occasion, Alain Besançon avait fait un très bel éloge de l’écrivain, persuadé de la densité d’une œuvre indispensable à la compréhension de notre temps. Depuis lors, l’auteur du XIXe siècle à travers les âges n’a pas été oublié, ne serait-ce que grâce à Fabrice Luchini, lui-même acquis à sa dimension littéraire. À l’occasion de cet anniversaire, la Revue des Deux Mondes nous offre un dossier de premier choix sous le titre « Indispensable Philippe Muray ».

Sa directrice Aurélie Julia donne le ton dans son éditorial : « Il ne s’agit pas de chercher dans son œuvre des antidotes à notre époque mais de retrouver la lucidité, l’irrévérence et le mauvais esprit d’un homme qui percevait la réalité derrière les apparences et torpillait les tartuferies avec une féroce délectation. »

Une relation particulière

Philippe Delaroche précise plus loin le caractère singulier d’un auteur qui, sans peur, s’est acharné à débusquer les impostures du temps à la fin du XXe siècle, comme il avait débusqué celles du siècle précédent, même s’il s’agissait d’un personnage de la dimension de Victor Hugo.

Mais l’article signé par Bérénice Levet retient spécialement notre attention, en raison de la relation de Muray avec le catholicisme. Certes, il n’est pas question de le ranger dans la galerie des écrivains catholiques (Bloy, Bernanos, Mauriac, Claudel), quoi qu’il ait entretenu avec eux des liens profonds. Ce n’est pas une profession de foi que l’on peut attendre de lui. Mais autre chose de particulièrement précieux.

« Le spirituel et le charnel »

En-deçà d’une œuvre critique, se découvre le soubassement d’une philosophie et d’une anthropologie profondément catholiques. S’affirme notamment l’attachement à un dogme si détesté par la modernité, qui est celui du péché originel. Cette conviction s’énonce dans une citation à méditer soigneusement : « Avec l’Incarnation, avec le Dieu qui s’historicise, le spirituel et le charnel se trouvent noués, comme la chute et la rédemption, la nature et la grâce, la chair et l’âme, la raison et la foi, le premier et le second Testament, la première et la seconde Loi, la première et la seconde Alliance, le Bien et le Mal. »

Bérénice Levet peut encore souligner le thème pascalien de la misère de l’homme sans Dieu. Il se décline aussi sous le mode de « la modernité comme désarroi » et de « l’essentiel déséquilibre entraîné par la mort de Dieu ». La littérature catholique contemporaine a eu le don d’explorer une intériorité qui compte bien plus que toutes les descriptions sociologiques. Ainsi François Mauriac et Julien Green qui avaient le don « de fourrer la grâce dans des situations impossibles ».

D’où l’incomparable connaissance de l’homme qui a recours à la mémoire si dédaignée de nos contemporains « incarcérés dans la présence du présent ». Sans le conflit des Lumières et du catholicisme, de Voltaire et de Bossuet, notre condition nous échappe. À moins qu’elle ne réémerge avec un Baudelaire, lui-même curieux catholique, pour défier tous les abaissements du présent. Ceux de notre actualité la plus évidente.