« Nous nous sommes abandonnés à la Providence » : quand une mère raconte l'EMI de son fils - France Catholique
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Le journal de la semaine

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« Nous nous sommes abandonnés à la Providence » : quand une mère raconte l’EMI de son fils

Dans son livre « Maman, j’ai vu Jésus », Laurence Trochu raconte comment son fils Stanislas, victime d’un accident de la route, a recouvré la santé après une expérience de « mort » imminente.
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© Anh De France / CC by-sa

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Laurence Trochu : Nous avions vécu quelque chose de tellement extraordinaire, aussi bien pendant les mois d’angoisse liée à cette tragédie que par son dénouement heureux et inespéré, que nous ne pouvions nous taire. On nous avait dit que notre fils resterait dans le coma, qu’au mieux il serait capable de respirer tout seul, mais qu’il ne retrouverait jamais la conscience. Aujourd’hui, il a son bac et a trouvé sa voie professionnelle. On peut parler d’un miracle. Certes, son rétablissement est progressif, des handicaps persistent. Mais tous les pronostics ont été déjoués. Je n’ai pas écrit ce livre tout de suite après. J’avais besoin de temps pour avoir le courage de réveiller des souvenirs douloureux. Et je ne voulais pas que ce soit un livre thérapeutique, que j’aurais écrit pour soigner ma douleur. Au contraire, je voulais qu’il montre la toute-puissance de l’amour divin.

Comment avez-vous vécu la longue attente du réveil de Stanislas ?

L’accident a eu lieu la veille du Mardi gras… et nous nous retrouvions précipités dans la Passion : plongés dans le Vendredi Saint. Nous avons vécu cette attente avec nos compagnons de route, à commencer par Jésus. La Parole de Dieu nous nourrissait tous les jours. Quand nous nous levions le matin, nous ne savions pas si l’on allait nous annoncer la mort de notre fils, ou bien, au contraire, des signes positifs. Les jours se suivaient, dans un abandon à la Providence, en écho à ce que Jésus nous dit : « Ne vous souciez pas de ce que vous allez manger. Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent. » Dieu sait mieux que nous ce dont nous avons besoin. Nous avons donc vécu une expérience de l’abandon au jour le jour. Nous avons redécouvert le sens profond de nos vies : les lois simples du temps présent, le temps de Dieu qui est le temps de l’éternité.

Le combat de votre fils s’est déroulé au cours du Carême. Un beau symbole…

Oui, nous étions dans l’espérance de la Résurrection. Jusqu’après Pâques, Jésus continue à être présent, il accomplit encore des miracles. J’étais portée par la conviction que tout ce que nous vivions n’était pas inutile. Mais j’étais aussi hantée par la question : à quoi cela va-t-il servir ? J’ai expérimenté que, lorsque Jésus guérit les corps, il guérit aussi les cœurs. À la suite du rétablissement de mon fils, il y a eu des miracles de conversion, de proches qui ont demandé le baptême, qui sont retournés à l’église, qui ont retrouvé la vie sacramentelle. Nous avons vu à quel point l’amour de Dieu était généreux pour tous ceux qui le priaient, bien au-delà de nous-mêmes.

Dans votre livre, vous dites avoir réalisé très vite que ce qui vous arrivait était « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Comment l’avez-vous compris ?

Cela s’est imposé à moi. Quand on est assailli par une telle épreuve, on se pose tellement de questions : pourquoi moi ? comment comprendre ? J’ai reçu cette phrase sans forcément en saisir tous les enjeux. Je les ai compris à mesure que les jours déjouaient les pronostics. Quand mon fils est sorti du coma, il était paralysé, presque aveugle. Il se rétablissait étape par étape, en communion avec les saints du ciel. Nous avons prié de nombreux intercesseurs… et, à la fin de chaque neuvaine, nous recevions un cadeau. Le plus flagrant est arrivé à la fin de la neuvaine à saint Joseph, le 19 mars : nous avons compris ce jour-là que nous pouvions communiquer avec Stanislas par le biais d’un claquement de doigts, alors qu’on nous avait dit qu’il n’y aurait plus d’interactions, car plus de conscience.

Vous soulignez aussi que les souffrances et la mort éventuelle de Stanislas pouvaient manifester la toute-puissance de Dieu sur ses créatures. Pourquoi ?

Quand on la frôle de si près, la mort est une douleur car une potentielle séparation. Mais en même temps, voir Jésus, comme l’a vécu Stanislas dans son expérience de mort imminente, c’est toucher son amour infini. Quand j’ai senti qu’il y avait la possibilité que les médecins renoncent à la réanimation, j’ai dit à Stanislas une phrase terrible dans la bouche d’une maman : « Si tu sais que tu dois mourir, vas-y. » Car je sais que la mort n’est pas une fin. Stanislas a fait cette expérience de rencontrer Jésus et la Vierge Marie. C’est un bonheur insoupçonnable. Il aurait aimé rester au Paradis ! Cela nous a donné un immense désir du Ciel. Notre vie de baptisés est déjà une préparation à la vie éternelle. Tout l’amour que l’on met dans la vie d’aujourd’hui est le poids d’amour à partir duquel on contemplera Dieu au Ciel. C’est le cadeau que nous avons reçu en frôlant la mort : découvrir un peu plus ce que peut être la vie éternelle.

Quel impact l’expérience de votre fils a-t-il eu sur votre foi et sur celle de votre famille ?

Chacun l’a vécue de manière différente. Quand on est témoin direct d’une succession de petits miracles qui, mis les uns à la suite des autres, aboutissent à ce rétablissement inespéré, on ne peut pas être ingrat. C’est aussi pour cela que j’ai écrit ce livre. Nous ne pouvons pas oublier le cadeau que nous avons reçu. Aujourd’hui, la vie quotidienne a repris son cours. Mais nos vies restent à jamais marquées par ce miracle et par ce que Stanislas a vu de l’au-delà. Notre plus grande crainte serait de l’oublier et de ne plus en vivre.

Quel est le rôle d’une mère dans un tel moment ?

Il est fragile et n’est rien sans le rôle d’un père. Stanislas concentrait toutes nos forces, mais nous avions aussi cinq autres enfants bien vivants. Et mon mari a eu tout de suite la sagesse de dire : il ne faut pas les oublier. Il faut qu’on leur accorde la même attention, voire encore plus, car chaque enfant de la fratrie vivait aussi ce drame à son échelle. Le plus petit avait 3 ans. C’était toute une famille ébranlée.

La première réaction de votre mari face à l’automobiliste qui avait failli tuer votre fils fut de lui dire : « Je vous pardonne. » Comment avez-vous réagi ?

J’étais alors totalement dépassée. Plus tard, mon mari m’a confié qu’il n’a pas su pourquoi il avait dit cela. Cela s’est imposé à lui, sans préméditation. L’automobiliste était totalement perdu et désorienté, et il ne fallait pas ajouter du malheur au malheur. Mon mari a sans doute été éclairé par l’Esprit Saint, car, humainement, il est inconcevable de dire cela, à chaud, à la personne qui vient de renverser votre enfant.

Votre fils dit que son âme s’était détachée de son corps. Il a nommé son expérience, une « expérience de vie imminente ». Pourquoi ?

Ce qui l’a beaucoup frappé durant son expérience était la lumière resplendissante qui émanait du Christ. Il nous a dit qu’il était alors dans la vraie vie à ce moment-là, celle du Ciel. Il s’est accroché à cette véritable vie : celle de l’éternité.  

Maman, j’ai vu Jésus, Laurence Trochu, éd. Via Romana, avril 2026, 71 pages, 14 €.