« Nous devons revoir le statut des enseignants du privé » affirme le secrétaire général de l'Enseignement catholique - France Catholique
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Le journal de la semaine

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« Nous devons revoir le statut des enseignants du privé » affirme le secrétaire général de l’Enseignement catholique

Depuis sa prise de fonction, le 1er septembre 2025, le secrétaire général de l’Enseignement catholique, Guillaume Prévost, s’est montré très offensif pour garantir la place de la prière à l’école ou contester la multiplication des inspections dans les établissements. Il confie à France Catholique sa vision pour l’enseignement catholique.
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© France Catholique

Qu’est-ce qui explique votre pugnacité depuis votre entrée en fonction ?

Guillaume Prévost : Il y a une forme de myopie, dans le débat public, entre ceux qui voudraient opposer le projet éducatif chrétien et l’ouverture à tous, comme si être chrétien était réservé à quelques-uns, et être ouvert à tous renvoyait forcément à l’école publique. C’est tout le contraire. Notre mission, c’est d’être pleinement chrétiens et pleinement ouverts à tous. Le soin et l’éducation sont au cœur de la présence au monde de l’Église. Sa mission, selon moi, se résume en cette phrase de l’Évangile : « Le Christ trouvera-t-il la foi quand il reviendra sur terre ? » Notre ambition est donc de faire se lever de nouvelles générations pour suivre le Christ. L’enjeu est de parler aux chrétiens, mais aussi aux autres avec le langage de l’Évangile. Dans le débat public, il y a une perte de culture de ce qu’est la singularité du message chrétien. Il faut que nous arrivions à réexpliquer pourquoi nous avons quelque chose à dire à tous en matière éducative.

Le rôle de l’enseignement catholique est-il de participer pleinement à l’évangélisation ?

« Tu as du prix à mes yeux », voilà la promesse de l’enseignement catholique et j’ajouterai : « Tu es infiniment aimé de Dieu, ta vie a du sens et tu es appelé à participer à la gloire de ton Créateur. » C’est un message puissant pour chacun des élèves de nos établissements. Il n’est pas réservé aux seuls baptisés. Peut-on enseigner l’histoire, le français, la physique et même les mathématiques sans parler du sens de la vie ? La philosophie médiévale voit dans les formes mathématiques et leur application au réel le signe du lien entre l’esprit humain et l’entendement divin. En revanche, je ne crois pas qu’il faille parler d’évangélisation, un mot aujourd’hui mal compris par nos contemporains. Je lui préfère celui d’annonce, plus explicitement soucieux de la liberté de conscience de l’enfant et de sa famille. N’opposons pas les chrétiens au reste de la société. Chaque génération a sa part du chemin à faire et elle est appelée à le faire avec son temps.

Vos prises de position sont-elles la marque d’une réappropriation par l’épiscopat de l’école catholique ?

Les évêques ont une appréciation différenciée de l’enseignement catholique suivant leur expérience, en particulier géographique. Dans le Nord, l’Ouest et le Pays basque, l’école chrétienne est une réalité sociale complète, brassée. Dans d’autres régions où l’enseignement catholique est historiquement plus résiduel, les bons élèves allaient dans le public, y compris les chrétiens, et l’Enseignement catholique accueillait davantage les élèves en difficultés. Aujourd’hui, cette présence chrétienne dans les écoles publiques s’est amenuisée. Les aumôneries se raréfient, quand elles n’ont pas complètement disparu. La présence de l’Église à l’ensemble des Français n’est plus assurée. Le regard des évêques sur l’Enseignement catholique s’en trouve fatalement changé car c’est encore dans nos établissements que l’on trouve la plus forte présence d’Église. Là où l’on pouvait considérer l’enseignement catholique comme un héritage il y a cinquante ans, c’est aujourd’hui le lieu de l’ouverture la plus grande de l’Église à la société. Il est donc normal que l’épiscopat s’attache à cette large surface de contact de l’Église avec la société.

Pour garder le « caractère propre » de l’enseignement catholique, qui est parfois contesté aujourd’hui, faut-il revoir le statut et la formation des enseignants ?

Absolument. Il faut proposer des solutions nouvelles et ambitieuses pour que chaque enseignant, qu’il soit chrétien ou non, soit partie prenante du projet singulier de l’enseignement catholique. La question est cruciale pour notre avenir. Avons-nous oublié le rôle que les enseignants sont appelés à jouer dans nos établissements ? En septembre 2025, lors de ma prise de fonction, j’ai souligné que les enseignants n’étaient pas soumis au devoir de neutralité, ce que reconnaît l’article 6 du Code de la fonction publique et de la décision du Conseil constitutionnel de 1977 sur le statut particulier des maîtres du privé. Tout le monde a été surpris car tout le monde avait fini par croire qu’ils étaient des fonctionnaires ! Pour répondre à cette incompréhension, nous devons nous attacher au statut particulier des enseignants du privé. Il y a un siècle, les professeurs étaient des clercs, aujourd’hui ce sont des laïcs. Il y a cinquante ans, ils étaient enracinés dans l’Église. De nos jours, la majorité sont à l’image de la société, ni favorables, ni hostiles, mais pris dans les difficultés des temps. La formation initiale, le recrutement, la protection sociale, le lien avec la communauté éducative, tous ces enjeux de cette appartenance ont progressivement été délaissés et transférés à l’État. Cette assimilation de facto est incompatible avec leur mission éducative, comme le rappelle clairement la jurisprudence constitutionnelle. Nous devons proposer quelque chose. Le contexte politique nous est favorable. Il y a une crise très profonde de la condition enseignante. Dans le public, le coût d’un enseignant par emploi est de 80 000 euros par an. Dans le privé sous contrat, il est de 60 000 euros. Une sacrée différence qui vient des retraites calculées différemment dans le public et le privé. Nous comptons plus de 20 % de contractuels contre moins de 3 % dans le public. Sommes-nous capables d’apporter de vraies réponses pour constituer une véritable marque employeur avec des perspectives de carrière et des mobilités ? Nous devons imaginer l’avenir, en dialogue étroit avec les pouvoirs publics et les organisations syndicales.

Avec la crise de la démographie, des écoles sont-elles menacées en milieu rural ?

J’assume de dire qu’il faudra fermer certaines écoles. C’est incontournable quand nous passons de 14 millions d’enfants en 1980 à 10 millions en 2030. Cependant, nous devons réfléchir à considérer le dépeuplement à l’échelle de bassins de vie, pour ouvrir moins de classes dans nos établissements de centre-ville qui sont plébiscités, afin de se donner les moyens de maintenir nos petites écoles rurales qui, dans certains endroits, sont nos dernières présences d’Église. Les évêques y sont très attentifs.

Quel regard portez-vous sur l’enseignement hors contrat ?

Je comprends qu’une famille chrétienne cherche pour ses enfants les garanties d’une éducation chrétienne dans des établissements avec un projet éducatif solidement charpenté et arrimé à l’Évangile. Mais ce n’est pas le projet de l’Enseignement catholique. Dans certains de nos établissements, nous accueillons 80 % de familles musulmanes. Je n’ai rien contre le hors-contrat mais je pense que l’Enseignement catholique ne vit que dans cette tension féconde entre un enracinement chrétien et l’ouverture à tous. Si les familles ferventes qui mettent leurs enfants dans le hors-contrat croient en l’universalité de l’Église, il ne faut pas qu’elles oublient qu’elles ont un rôle à jouer à nos côtés.

Que pensez-vous du programme d’éducation affective et sexuelle (Evars), rendu obligatoire dans les écoles privées sous contrat ?

Les enfants sont surexposés à la pornographie et à l’hypersexualisation dans la rue, sur les réseaux sociaux, etc. Nous ne pouvons ignorer qu’il y ait un besoin éducatif sur ce sujet et je pense que la réponse ne peut se limiter au cercle familial. Le programme Evars ne fait pas grief à 99 % à l’enseignement de l’Évangile. Il y a des points contestables soulignés par la Confédération nationale des Associations familiales catholiques (AFC) et je remercie leur présidente, Pascale Morinière, d’avoir mis un coup de projecteur sur le fait de devoir mettre en avant la notion de discernement et pas seulement celle du consentement. Le programme Evars existe et nous allons le mettre en œuvre, mais le sujet de la formation de nos enseignants est considérable. Nous devons être capables de parler du programme Evars et, en même temps, de complémentarité entre l’homme et la femme. Nous devons clairement combattre les discriminations et, en parallèle, aider les jeunes à dépasser leurs seuls désirs pour envisager la sexualité comme l’expression de leur liberté. Nous devons pouvoir dire que, dans le rapport au couple et à l’engagement, se joue une dimension essentielle de la joie que nous sommes appelés à vivre. Ce message est au cœur même de la doctrine de l’Église depuis Jean-Paul II. La neutralité est intenable sur ces questions et ne répond pas aux besoins pressants de la jeunesse. Nous n’étions pas favorables à un programme sur ces questions qui relèvent de l’intimité, mais nous l’appliquerons conformément à nos engagements. En revanche, aucun programme n’interdit que nous le déployions dans le cadre d’un projet éducatif chrétien. Je suis sûr que nous allons être écoutés car les programmes vont fatalement de plus en plus porter sur les enjeux de construction de la personne. Cela ne tient plus d’imaginer d’un côté l’éducation et de l’autre l’instruction. Sur le décrochage scolaire, sur le rapport aux familles, sur l’orientation, il faut désormais imaginer comment mieux articuler l’instruction publique avec un projet éducatif pleinement chrétien.

Le parcours atypique de Guillaume Prevost

Le nouveau secrétaire général de l’Enseignement catholique a pris ses fonctions le 1er septembre 2025 après avoir été élu par les évêques français pour un mandat de trois ans. Âgé de 43 ans, Guillaume Prévost est un pur produit de l’école publique, à l’exception d’une année à Stanislas. Après des études de philosophie et de mathématiques, il poursuit ses études à l’École navale et rejoint la Marine nationale (2006-2014) où il sert notamment dans les forces sous-marines. En 2016, il intègre l’École nationale d’administration (ENA) promotion « Louise Weiss », puis travaille au sein du ministère de l’Éducation nationale où il coordonne la conception et le déploiement du Service national universel. En 2021, il prend la direction du think tank « Vers le haut » (partenaire du groupe Bayard) dont la mission est de capter l’attention des politiques sur les questions de jeunesse et d’éducation. Catholique pratiquant et père de famille, Guillaume Prévost est l’un des descendants du général Édouard de Castelnau (son arrière-grand-père), le fondateur de La France Catholique, ancêtre de France Catholique.
V. J.