Par Auxerre et Reims, nous suivons le chemin de Jeanne au moment du sacre et arrivons tout naturellement à Paris qui est une agglomération de villages. De ces villages, le plus célèbre et l’un des plus anciens est Montmartre. Au flanc nord de la butte, s’élève une petite chapelle qui a donné son nom à la porte éponyme où Jeanne vint se recueillir avant de donner l’assaut à Paris. Elle revint s’y recueillir après avoir été blessée à la porte Saint-Honoré. On sait que le roi lui donna l’ordre de lever le siège, ce qu’elle fit à contrecœur, ne voulant pas désobéir à celui qu’elle venait de faire sacrer à Reims. Elle avait pourtant raison car Charles VII perdit de nombreuses années en ayant laissé aux Bourguignons et aux Anglais le temps de se ressaisir.
Le martyre de saint Denis
On discute beaucoup de l’origine étymologique de la colline : mont du dieu Mars ou du dieu Mercure, mais l’origine de « mont des Martyrs » paraît la plus probable. C’est là que saint Denis et ses compagnons, Rustique et Éleuthère, furent martyrisés, et de cette colline que saint Denis rejoignit, portant sa tête dans ses mains, son lieu de sépulture, sur lequel l’abbé Suger fit édifier l’abbatiale de Saint-Denis. Jeanne vint offrir ses armes au saint parisien « pour ce, dit-elle à son procès, que saint Denis est le cri de la France [Montjoie-Saint-Denis !] ».
C’est encore sur ce mont qu’Ignace de Loyola et ses compagnons fondèrent la Compagnie de Jésus, et c’est encore le haut de la colline qui fut choisi pour la réalisation du Vœu national initié par Alexandre Legentil d’ériger une basilique en l’honneur du Sacré-Cœur : en demande de grâces après la défaite de 1870, et en réparation des péchés de la France depuis le XVIIIe siècle.
Montmartre fut le lieu de résidence favori des poètes, des chanteurs, des peintres. Aujourd’hui encore, la promenade en ses escaliers et ses rues est un véritable parcours en chansons. C’est d’ailleurs le titre – « Montmartre en chansons » – d’une promenade guidée par Mme Guerrier qui fait revivre notamment Charles Aznavour, Dalida, Claude François, Aristide Bruant et bien évidemment Édith Piaf.
Ici, Georges Brassens et Les Frères Jacques, comme Jacques Brel, ont fait leurs débuts, portés par Patachou qui coupait la cravate de ses anciens clients devenus célèbres et la pendait au plafond de son cabaret.
Malgré le flot des touristes, Montmartre n’a rien perdu de sa poésie. Il y a toujours les vignes et les vendanges et les poulbots. Et l’avenue Junot garde le souvenir du peintre Gen Paul, de l’écrivain Marcel Aymé avec son passe-muraille sculpté par Jean Marais, mais également de Louis-Ferdinand Céline ! Ces souvenirs illustrent les vers du chansonnier Pierre-Jean Vaillard, fondateur du Théâtre des Deux Ânes écrits en l’honneur de son prédécesseur :
« Dorin, vous nous avez appris
Que si la nuit Montmartre brille
C’est beaucoup plus par son esprit
Que par ses folles sarabandes. »
L’esprit des lieux
Longtemps commune libre, Montmartre a gardé des airs d’indépendance et de non-conformisme. Les maisons modestes et les vieux abris de jeunes poètes faméliques ont laissé la place à des appartements et des studios dont le mètre carré vaut de l’or, mais l’esprit des lieux est toujours là. Il suffit de marcher la tête pleine de souvenirs pour le retrouver.
Mais aujourd’hui, c’est vers le Sacré-Cœur que montent en pèlerinage les foules qui viennent dire que cette colline de la chanson et de l’art, de la bohème et de la fantaisie est d’abord un mont de prières où se retrouvent toutes les communautés qui composent Paris, la France et le monde pour maintenir nuit et jour l’adoration du Saint-Sacrement !





