Montfort, l'esprit de la résistance vendéenne - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Montfort, l’esprit de la résistance vendéenne

Opposé aux jansénistes, aux libéraux et aux gallicans, le Père de Montfort prépara les esprits à la résistance, moins d’un siècle avant le début de la Révolution française.
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Saint Louis-Marie Grignion de Montfort lors de la mission de Bourneau (Vendée) en 1715, vitrail de l’église Saint-Jean-Baptiste de la ville. © Grégoire Moreau

Il est tenu pour établi que la prédication du Père de Montfort est l’une des causes, sinon l’explication, de l’insurrection vendéenne de 1793. Si son œuvre de rechristianisation, poursuivie jusqu’à la veille de la Révolution, par ses successeurs, a réveillé la foi des populations de l’Ouest, les incitant souvent à préférer le martyre à la soumission à des lois impies, l’on est surpris, en se penchant sur la période, de mesurer combien la haine du catholicisme couvait à bas bruit en France depuis des décennies. La prédication de saint Louis-Marie en fut l’extraordinaire révélateur, et elle l’est toujours.

Face au jansénisme

L’enseignement prodigué par le jeune prêtre reste traditionnel, ayant été formé par les Jésuites puis à Saint-Sulpice par les disciples de Monsieur Olier dans la droite ligne de la contre-
Réforme tridentine. C’est de là que naîtra l’hostilité à son encontre. Alors que le jansénisme, à l’apogée de son triomphe intellectuel, prône une religion aride, en rupture avec les « superstitions » du bas peuple, superstitions qui incluent aussi bien la dévotion mariale que la foi en la puissance de l’Eucharistie, mises sur le même plan que la sorcellerie ou les croyances issues d’un reste de paganisme ancestral mal éradiqué, le Père de Montfort s’adresse aux simples, non aux élites – même s’il les touche –, avec des mots simples. Il promet le pardon aux pécheurs repentants, ce qui paraît laxisme intolérable à ses censeurs, les admet à la communion « fréquente », c’est-à-dire plus d’une fois l’an, y voyant, à l’horreur de ses adversaires, un puissant remède aux maux de l’âme et du corps… Inutile de dire que cela le fait passer pour un imbécile, « d’un zèle et d’une ignorance sans borne » diront ses détracteurs de lui et de ses continuateurs. Pis encore, il dénonce les libertins, expression qui désigne l’incroyance ricanante plus encore que des comportements dépravés revendiqués comme tels… En un mot, il n’est pas à la mode, promet des châtiments à ceux qui s’élèvent contre Dieu, la foi et l’Église, les voit parfois se réaliser, à croire que le Ciel l’exauce. D’où la nécessité de le discréditer tant que la chose est possible. On l’accuse de manipuler les simples, voler les gens en leur faisant financer ses missions, confondre piété et émotivité, attirer, à défaut des hommes, femmes et filles nobles et bourgeoises pour en obtenir l’argent qui financera ses fondations, d’avoir élevé le calvaire de Pontchâteau pour en faire « un repaire de brigands », lieu de repli pour un ennemi qui débarquerait sur la côte. Tout est bon pour le ridiculiser et le perdre. Sa mort, en avril 1716, ne met pas fin à cette campagne diffamatoire puisque l’on accuse les « Mulotins » du nom de son successeur, le Père Mulot, d’orchestrer de faux miracles sur sa tombe à Saint-Laurent-sur-Sèvre, toujours dans le but d’extorquer de l’argent et de « fanatiser » les naïfs. Le mot est lancé et il faut noter que, pendant la Terreur, catholicisme deviendra synonyme de fanatisme.

« L’homme de Rome »

Qu’est-ce qui dérange à ce point ? On a reproché à Grignion d’être, comme les Jésuites et les Sulpiciens, l’homme de Rome, faute aux yeux d’un clergé gallican qui deviendra, on le verra avec la Constitution civile du clergé (1790), crime contre la nation trahie au profit d’un souverain étranger. Cette « trahison », il y pousse un « peuple stupide » capable, selon le mot de Rousseau,
« de fureur aveugle » envers plus éclairé que lui.

À cette coalition des gallicans, jansénistes et libertins s’ajoute ensuite celle des parlementaires en lutte ouverte contre la monarchie et des philosophes qui prétendent délivrer la France de l’emprise de l’Église. Cela fait beaucoup de gens ligués contre le Père de Montfort et qui possèdent le pouvoir et les moyens de diffuser leurs idées et de ridiculiser celles des autres. Il leur est facile de moquer la ferveur « cordicole », qui répand la dévotion au Sacré-Cœur et le message de Paray-le-Monial, la dévotion mariale, les prophéties avertissant d’un châtiment menaçant une France déjà apostate, que seule Marie retient encore par ses prières et avertissant dès les années 1740 que les bons auront beaucoup à souffrir d’événements qui sont ceux de la Révolution…

Cet acharnement contre le Sacré-Cœur et Marie, si l’on se situe d’un point de vue eschatologique, prouve que l’Adversaire redoute l’intervention du Christ, qui « régnera malgré ses ennemis » et de Celle qui lui écrasera la tête. Louis-Marie ne le dit pas, ni ses continuateurs mais il devine ce combat en préparation. Il l’écrira dans le Traité de la vraie dévotion : la fin des temps est plus proche qu’on le croit. L’armée de Dieu et celle du Prince de ce monde vont s’affronter. Ce langage parle aux paysans de l’Ouest. Si, du vivant du saint, et jusque dans les années 1770, ils peuvent se montrer « indociles, durs », débauchés, ils s’amendent alors que les villes et certaines zones qui n’ont pas connu les missions montfortaines se révèlent sensibles aux idées du temps. Ils croient l’apocalypse proche et, avec elle, une mort chrétienne préférable à la damnation qui attend les tenants des idéologies révolutionnaires. Alors, naturellement, lorsque la persécution éclatera, les zones les plus sensibles à cette prédication, les plus mariales, les plus « cordicoles », prendront les armes, et les gens éclairés en massacreront sans vergogne les habitants, les tenant pour des sous-hommes.

Sans doute y a-t-il un parallèle à dresser avec notre époque, où la foi catholique dérange le monde et ses fidèles rangés par certains du côté des fanatiques et des ignorants. Reste à savoir si les catholiques sont prêts à courir le risque de la fidélité à la foi et à rejoindre cette milice mariale des « apôtres des derniers temps » prédite par Montfort (voir encadré). « À la fin, mon Cœur immaculé triomphera » dit Marie. Et qu’importe le reste.