Le seul texte de St Athanase d’Antioche dans mon bréviaire est la deuxième lecture pour le Mardi de Pâques. Athanase était Abbé du célèbre monastère Sainte-Catherine dans le Sinaï.
Tout comme Benoît XVI, il se penchait sur les enseignements et les événements relatés par l’Ancien Testament, et comment ils menaient à ceux du Nouveau Testament : le Christ a montré « par Ses paroles et Ses actes qu’Il était vrai Dieu et Seigneur de l’univers.» Et cependant il fut livré pour être crucifié : « L’Écriture a affirmé que que Lui, immortel et préservé de toute souffrance parce que Dieu, subirait ce supplice.» Comment ces vérités apparemment contradictoires pouvaient refléter la vérité s’explique par l’Incarnation. Et cette explication fait porter un autre regard sur l’intimité de Dieu.
Cet « autre regard » nous est accessible en lisant les descriptions que le Christ donne de Lui-même. Il ne dit jamais qu’Il s’est envoyé lui-même. Ni qu’Il a décidé de venir dans le monde. Il n’est pas de ce monde parce qu’il est toujours « envoyé ». Il déclare que Lui et le Père sont Un. Il parle d’envoyer l’Esprit Saint. Il S’identifie à Dieu, mais non pas Dieu le Père, le créateur. Il nous dit connaître tout ce qui vient du Père.
Cette façon de présenter les choses signifie qu’il ne s’agit pas uniquement du Père, mais qu’Il connait le Père, et donc existe en tant que celui qui connaît et peut connaître le Père. Le Christ déclare à Philippe « Celui qui me voit voit le Père.» Il « voit » le Père. Il n’est pas le Père, ni l’Esprit. Mais Il les connaît tous deux. Et Il est Un avec Eux, Dieu.
Quand il nous dit que Dieu aussi a souffert, St. Athanase prend soin de ne pas affirmer que le Père « souffre », si ce n’est, peut-être, en raison de Son amour pour Son Fils. Venant au matin de Pâques, aux journées pascales, nous abordons la Résurrection du Christ. Le Christ, le Verbe, est également immortel. Si le Christ souffre, et Il souffre vraiment, c’est parce qu’Il est le Verbe fait chair. Il nous faut bien faire la distinction, réfléchir clairement. Ainsi l’affirmation que le Christ est « Vrai Dieu et vrai homme » ne doit pas brouiller ces deux natures en un mélange confus. Pourquoi devons-nous savoir celà à propos de Dieu, du Verbe, de l’Esprit? Nous les connaissons d’abord par la croyance, la conviction que l’enseignement reçu est sensé. Quand, par exemple, on nous dit que Dieu « souffre », ne répondons pas simplement que Dieu ne peut souffrir. Réfléchissons plutôt si les deux propositions « Dieu ne peut souffrir » et « Dieu souffre » pourraient être compatibles. Tout le poids de la Christologie primitive offre cette possibilité. Nous tenons une nouvelle base de pensée. Nous pouvons aborder de nouvelles catégories philosophiques qui nous avaient jusqu’alors échappé.
Penser à ce qui nous a été révélé sur Dieu, sur chacune des trois Personnes, nous fait creuser nos idées sur ce qu’est une personne, et sur ce qu’est la nature. En croyant, nous devenons meilleurs philosophes. La Grâce se fonde sur la nature, comme le rappelle Thomas d’Aquin. Mais, ajoute-t-il, la nature est pour nous mieux connue. Recevoir la grâce ne nous rend ni dieux ni anges. Nous demeurons des humains avec la destinée particulière que Dieu nous a attribuée.
En quoi cette réflexion concerne-t-elle la résurrection des corps? St. Paul
nous dit que, sans la Résurrection, notre foi est vaine. Comment? La première étape consiste à montrer que la Résurrection du Christ s’est produite. La seconde étape pose les questions : « que signifie la Résurrection? – Pourquoi était-elle nécessaire ou souhaitable?» La Résurrection des corps signifie, si elle est véridique, que le monde est peuplé d’êtres qui ne sont pas des dieux, mais sont néanmoins réels et, en fait, immortels.
Ce ne sont pas que des « âmes immortelles », mais des êtres humains complets, corps et âme. Logique impeccable. L’homme ne vit pas que de logique, mais la logique l’aide. Pourquoi ? L’Ancien Testament nous dit qu’au commencement Dieu ne nous destinait pas à la mort. On peut se demander alors « pourquoi donc Dieu n’a-t-il pas simplement rétabli notre situation initiale?» D’évidence la Résurrection signifie que nous sommes encore mortels.
Elle signifie aussi que le lien rompu entre âme et corps est rétabli. Dieu, c’est évident, veut réaliser Son plan pour l’homme, même si celui-ci le rejette immédiatement ou finalement. Pourquoi? Parce qu’Il aime tout en l’homme. Cet amour inclut notre libre arbitre, et nos corps.
La Résurrection rétablira nos corps. Mais Dieu Lui-même ne peut nous forcer à L’aimer. Tout ce qu’il peut faire, c’est nous montrer combien Il nous aime. C’est sur quoi porte la Crucifixion. Et c’est ce que nous dit Pâques.
Tableau : La Résurrection – James Tissot, 1896.
Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2013/easter-tuesday.html
