Malgré l'apostasie, cultiver la paix intérieure - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Malgré l’apostasie, cultiver la paix intérieure

Malgré les signes inquiétants concernant l’avenir de notre pays, le vrai disciple peut demeurer un lampadaire en s’enracinant dans la prière et en pratiquant les vertus.
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Lors de son premier voyage apostolique en France, le pape Jean-Paul II harangua notre peuple en ces termes désormais célèbres : « France, Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? Permettez-moi de vous demander : France, Fille de l’Église et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ? » (Homélie, 1er juin 1980, Le Bourget). Et faisant un parallèle avec sa propre nation polonaise, il précisa : « Avec le baptême, la nation est née et son histoire a commencé. »

Il s’agissait donc, pour le Souverain pontife, de nous rappeler que notre pays était la fille aînée de l’Église par son baptême, et que l’infidélité aux promesses engagées alors, valables de siècle en siècle, était la porte ouverte à l’apostasie, c’est-à-dire le reniement et le rejet de la foi sur laquelle fut fondée notre terre. L’apostasie, personnelle ou communautaire, est le choix délibéré, brutal ou au contraire très lent, de tourner le dos à la source qui, jusque-là, a baigné une âme, une famille, un royaume, un État.

En ce qui regarde la France, le processus enclenché depuis le siècle des Lumières a pour but essentiel de couper les racines vivantes de notre tradition chrétienne. La haine du vrai Dieu et de la Révélation peut prendre des formes diverses, tantôt dans l’agression et la persécution, tantôt avec des moyens plus doux passant presque inaperçus. Il n’empêche que ce qui est à l’œuvre est la destruction systématique de tout ce qui a fleuri grâce à l’élan évangélique.

Avertissements de Marie

Une date essentielle pour la vie religieuse de la France, à une époque où l’Église se remettait lentement des blessures infligées durant la Révolution, est l’apparition de la Très Sainte Vierge à La Salette, le 18 septembre 1846, reconnue officiellement cinq ans plus tard (cf. FC n° 3955). Le message de Celle qui pleure annonce Fatima (1917) et Akita (Japon, 1973) par son contenu apocalyptique, qui est censé remuer notre mollesse et dénoncer nos infidélités, ceci avec une portée universelle : « Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence, et le démon a obscurci leurs intelligences. […] L’Église sera livrée à de grandes persécutions. »

La Sainte Vierge parle d’un petit nombre qui demeurera fidèle au sein du chaos : « J’adresse un pressant appel à la terre ; j’appelle les vrais disciples du Dieu vivant et régnant dans les cieux ; j’appelle les vrais imitateurs du Christ fait homme, le seul et vrai Sauveur des hommes ; j’appelle mes enfants, mes vrais dévots, ceux qui se sont donnés à moi pour que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux qui ont vécu de mon esprit. »

Les saints portent l’Église

Face à la sévérité de ce message, plusieurs réactions sont possibles : se boucher les oreilles et rejeter ces paroles ; être paralysé par la peur ; sombrer dans le désespoir. Toutes attitudes peu conformes à la vie chrétienne. L’apostasie réelle de notre pays n’est point une fatalité. L’homme n’est pas avare d’infidélités, mais il est également capable de conversions foudroyantes, de générosité dans le sacrifice, ne serait-ce qu’à travers la figure des saints qui portent l’Église et l’humanité sur leurs épaules.

Depuis l’origine de l’Église, nous avons entendu maintes fois des appels à la prudence et à la sagesse afin de ne pas tomber dans l’apostasie. Notre Seigneur a averti que des faux prophètes surgiraient (Matthieu 24, 10-12). Saint Paul annonce la venue de l’Antéchrist avant la restauration de la Création : « Que personne ne vous séduise d’aucune manière ; car [le Jour du Seigneur] ne viendra pas sans que d’abord soit venue l’apostasie et qu’ait été révélé l’homme du péché » (2 Thessaloniciens 2, 3).

L’apostasie, grande ou petite, est toujours une mise à l’épreuve de la foi, et elle sera aussi l’épreuve ultime, aux derniers jours de ce monde terrestre. D’où la nécessité d’être sans cesse attentif aux infidélités dans notre propre foi, sans céder au découragement.

Dans Les Temps de l’Antéchrist, le cardinal saint John Henry Newman dénonça la mise à l’écart de Dieu par les sociétés, au fur et à mesure du progrès technique qui fait croire à l’homme qu’il est son propre dieu : « N’est-il pas vrai qu’existe la conviction, avouée et croissante, qu’une nation n’a rien à voir avec la religion et que celle-ci relève de la conscience personnelle de chacun – ce qui revient à dire qu’il serait possible de laisser la vérité s’éteindre de la terre sans chercher à la préserver ? »

Par une identique inspiration, le philosophe russe Vladimir Soloviev (1853-1900) décrit, dans ses Trois entretiens, un Antéchrist qui, au départ, croit au bien, à Dieu et au Messie mais qui, en fait, n’aime que lui-même : « Le Christ, en prêchant et en réalisant dans sa vie le bien moral, fut le réformateur de l’humanité, mais moi j’ai pour vocation d’être le bienfaiteur de cette humanité en partie réformée et en partie irréformable. » Tout ce qui se présente comme « foi » ne vient pas forcément de Dieu et il est nécessaire de discerner avec patience et prudence.

Conserver la paix intérieure

Les principes chrétiens sont battus en brèche depuis toujours, avec, à certains moments, des périodes d’âge d’or vite recouvertes par de nouvelles infidélités. Il est bon d’avoir à l’esprit toute l’histoire de l’Église et toute l’histoire des hommes, ceci afin de donner une juste place à chaque crise, à chaque rébellion. Cela permet, non point de relativiser le mal et de s’aveugler face à la réalité, mais de conserver une paix intérieure et une espérance qui, sinon, seraient constamment perturbées. Y compris au sein d’une société corrompue, le vrai disciple peut, non seulement survivre mais être aussi un lampadaire, modeste mais lumineux, sur son petit lopin de terre. S’il s’arme de prière, de pénitence, de sacrements, s’il s’enracine dans les vertus et travaille au bien commun, il n’a pas à craindre la grande apostasie.

L’espérance n’est pas battue en brèche, comme le prouve l’admirable capacité du peuple chrétien, tout au long des siècles, à traverser le long chapelet d’infidélités, signe que la grâce est constamment donnée et déversée pour irriguer les âmes et pour les revêtir de la cuirasse du juste combat. Lors de son voyage apostolique en France, Léon XIV, sans nier le passé tumultueux de la France depuis deux siècles, a invité les évêques – et le peuple des fidèles à travers eux – à cultiver l’espérance, parlant « des sentiments d’enthousiasme et d’espérance » qui l’habitent et qu’il désire partager, ajoutant : « Je crois […] que les temps sont mûrs où beaucoup de nos contemporains attendent d’entendre résonner le message rempli d’espérance de l’Évangile et de voir briller à leurs yeux la lumière du Christ ressuscité. »

Chaque jour, si le regard se tourne vers le ciel, de nouveau retentit l’invitation à élever nos cœurs, à ne point craindre et à ne pas céder au découragement. La France n’est certes pas fidèle à ce qui a constitué son être mais elle n’a jamais cessé de donner des saints qui l’aiment – et l’invitent à la conversion.