L'oppression des chrétiens s’aggrave, alerte l'AED - France Catholique
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L’oppression des chrétiens s’aggrave, alerte l’AED

Le 27 octobre, l’Aide à l’Église en détresse publie son rapport sur les chrétiens, « Persécutés et oubliés ? ». Constat : la situation s’est détériorée.
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Deux cent vingt millions de chrétiens sont exposés à des persécutions dans le monde : violences, oppressions, détentions, expropriations, esclavage, exils forcés, meurtres… C’est la conclusion alarmante présentée dans le rapport de l’AED, qui a choisi d’étudier les cas de 18 pays pendant deux ans, du 1er août 2024 au 30 juin 2026.

« La grande peur des chrétiens persécutés, c’est l’indifférence, l’oubli. Ils prient encore plus quand ils savent qu’ils ne sont pas seuls », explique Benoît de Blanpré, directeur national de l’AED. Le rapport veut donner la parole à l’Église souffrante, relayant des témoignages de première main, des études de cas, des analyses, dressant un constat global de l’intensification des persécutions des chrétiens dans le monde. Aucun des 18 pays étudiés ne présente d’amélioration depuis le rapport précédent. Dans plus de la moitié d’entre eux, on constate même que les oppressions se sont aggravées. En cause, plusieurs facteurs.

Les raisons de l’aggravation

D’abord, le durcissement des régimes autoritaires, et surtout dans les pays communistes, en particulier en Chine « qui veut que le Parti demeure l’autorité suprême », explique Benoît de Blanpré. Au Nicaragua, l’État est particulièrement hostile au clergé, empêchant des ordinations et fermant des églises. En Iran, les arrestations de chrétiens ont doublé en un an, alors que la répression et la surveillance accrue des autorités s’intensifie, en marge des manifestations antigouvernementales de début 2026, et peu avant le déclenchement de la guerre avec les États-Unis en février. La répression vise en grande partie les convertis de l’islam au christianisme, contraints de vivre leur foi dans la clandestinité, souvent accusés de porter atteinte à la « sécurité nationale ». De même, bien que certaines communautés soient reconnues officiellement, « elles font l’objet de harcèlement et d’intimidations, précise le rapport. Les chiffres de l’AED indiquent que la proportion de chrétiens en Iran a augmenté, malgré la répression étatique. »

Ensuite, le nationalisme ethno-religieux, qui considère les chrétiens comme indésirables. En Inde, les lois anti-conversion sont en recrudescence. Les chrétiens sont parfois empêchés d’enterrer leurs morts. Les autorités publiques ont été plusieurs fois impliquées dans des tentatives de destruction d’églises. Au Pakistan, « ils sont littéralement traités comme des chiens ». Les enlèvements de jeunes filles contraintes de se marier avec des musulmans ne sont pas rares.

Troisième explication : la propagation du djihadisme, qui concerne surtout l’Afrique subsaharienne, premier épicentre mondial du terrorisme islamiste. Au Mozambique, au moins un millier de chrétiens ont été tués dans la province de Cabo Delgado depuis 2017, dont certains décapités, ou exécutés sommairement.

Enfin, les déplacements massifs de population, transformant certaines régions en zones dangereuses. Au Nigeria, un million de chrétiens figuraient parmi les 3,5 millions de déplacés internes fuyant les attaques. Au Soudan, la guerre civile a entraîné la destruction de plus de 100 églises en trois ans. Au Proche-Orient, comme en Syrie et au Liban, berceaux historiques du christianisme, les conflits inquiètent sur la survie même de l’Église dans ces régions. De nombreux villages chrétiens sont totalement abandonnés par leurs occupants.

La Nuit des témoins

Comme le Pape l’a écrit déjà dans son encyclique Magnifica humanitas, ces persécutions sont une violation de la liberté religieuse, « droit le plus fondamental de la personne, car elle touche au plus intime de l’être, résume Benoît de Blanpré. Ces chrétiens sont des témoins d’espérance et nous édifient. »

Pour sensibiliser le public, l’AED organise, comme chaque année, plusieurs Nuits des témoins, du 13 au 19 novembre : des centaines de bâtiments dans le monde seront illuminés en rouge en soutien aux chrétiens persécutés. Durant ces veillées de prière et de témoignages, les noms des chrétiens tués dans l’année sont égrenés, et leurs portraits portés en procession jusqu’à l’autel. « Comme au cours des premiers siècles, le sang des martyrs est la semence de nouveaux chrétiens. Nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas oublier », disait Léon XIV en septembre 2025. Cette année, les deux témoins seront le Père Jean-Pierre Keita, prêtre au Burkina Faso, et Sœur Paola Clericó Medina, religieuse de la Congrégation de Jésus-Marie au Mexique.