L'Hispanie, terre de contrastes - France Catholique
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Le journal de la semaine

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L’Hispanie, terre de contrastes

Sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix mais aussi les Borgia, décriés mais qui furent de bons papes : espagnols, ils ont tous marqué l’histoire de l’Église.
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Don Quichotte et Sancho Panza. © Mathieu de Dreuille

« Tu régneras sur l’Espagne, mais sur les Espagnols jamais» scandent les Madrilènes le 2 mai 1808 à l’arrivée de Joseph Bonaparte, ce «roi intrus», «roi par la grâce du diable», imposé par Napoléon, qui prend le nom pompeux de José Ier. Il n’aimait pas ce peuple ibérique qui le haïssait, considérant les Français comme des infidèles aussi pernicieux que les mahométans qu’ils avaient mis plus de sept siècles à chasser.

Le duo imaginaire Don Quichotte et Sancho Panza est révélateur du caractère espagnol. Honnête, fier, juste et idéaliste, Don Quichotte n’en est pas moins porteur d’orgueil, d’arrogance, de vanité, fanfaronnade, imprudence et irascibilité. Son écuyer, le posé Sancho Panza, dont le prénom rappelle la sainteté, modérateur et protecteur de son maître, est en même temps un paysan rude, imprudent et vulgaire, goinfre et peureux, «homme de bien mais de peu de plomb dans la cervelle». Une dualité permanente en Hispanie.

Sainte Thérèse, d’Avila à Rome

Ce pays ensoleillé a vu naître un autre duo, qui va transformer l’Église : Thérèse d’Avila et Jean de la Croix. Leur rencontre remonte à l’ordination de Jean. Elle a 52 ans, il en a 25. Tous deux brûlants d’amour pour Dieu. Ils réforment le Carmel au déplaisir des vieux moines et moniales habitués à une vie « cool » et relâchée. Quand Thérèse parle de lui, elle dit : «Pas moyen de parler de Dieu avec mon père Jean de la Croix. Il entre aussitôt en extase et y fait entrer les autres.» Tous deux sont « atteints » de lévitation, bilocation et autres grâces. Tourné en dérision par ses frères, il réplique un jour : «L’os que nous avons là au bout du cou sur les épaules a environ quatre pouces de haut sur trois de large… et vous prétendez faire entrer l’infini en un si petit espace!» Pourtant, ce ne sont pas des rêveurs. Thérèse répète : «Comprenez que si c’est à la cuisine, le Seigneur circule parmi les marmites.» Ou encore : «Ne laisse pas la tristesse t’éteindre et d’absurdes soucis troubler tes jours.» Je vous engage à aller à Rome, à Santa Maria delle Vittorie. Passez du temps devant cette sublime sculpture du Bernin. Voyez Thérèse la Castillane en plein cœur de Rome et du Ciel.

Aujourd’hui, abandonnons la région d’Avila et Madrid où le climat est rude. « Nueve meses de invierno, tres meses de infierno » [9 mois d’hiver, 3 mois d’enfer]. Descendons à plus de 350 km de là, dans le royaume de Valence.

Ici vit la famille Borgia. En 130 ans, trois personnages y naissent. Tous trois mourront à Rome. Deux d’entre eux furent les seuls papes espagnols de l’histoire, et le dernier sera canonisé. Calixte III régna trois ans, son neveu, Alexandre VI, onze ans ; son arrière-petit-fils, François, Général des Jésuites, sera canonisé moins de cent ans après sa mort.

Calixte III est réputé pape faible, ayant pratiqué le népotisme. Ne fallait-il pas qu’il s’entourât de ses proches pour déjouer complots et séditions ? Les grandes familles romaines considèrent cet Espagnol comme un intrus et manifestent à son égard une hostilité quotidienne. En quelques mois de pontificat, il laisse une empreinte durable. Il institue la fête de la Transfiguration, encourage la dévotion au Saint Nom de Jésus, rouvre le procès de Jeanne d’Arc et la réhabilite. Il est ardent dans sa lutte contre les Ottomans, y consacre une partie de sa fortune. Il est le seul pape à avoir reçu une vision de la Vierge Marie.

Si le pontificat de son neveu, Alexandre VI, peut être discuté quant à sa vie morale, il faut lui rendre justice. Non seulement les anticléricaux noircissent le pontife mais, dès son élection, son plus redoutable adversaire est le futur Jules II. Pourtant, grâce à Alexandre, ce dernier pourra entreprendre les lourds travaux de la basilique Saint-Pierre. Il lui a laissé une trésorerie exceptionnelle. Ce Pape décrié avait une piété profonde, un amour exceptionnel pour la Vierge Marie au point de lui consacrer la première cargaison d’or venue du Pérou, lui par ailleurs si vénal. Allez admirer ces rosaces d’or au plafond de Sainte-Marie-Majeure ! Il a souci de la vie spirituelle des populations du Nouveau Monde, enjoignant les souverains « d’envoyer en ces pays des hommes probes et craignant Dieu, doctes, habiles et experts, pour instruire les naturels dans la foi catholique et les bonnes mœurs ».

François Borgia, son arrière-petit-fils, après un mariage heureux et la mort de son épouse aimée, entre chez les Jésuites. Il en devient le Supérieur. Il a écrit : « C’est de ta main Seigneur que j’ai tout reçu, je te rends donc le tout en te priant d’en disposer selon ton bon plaisir. »

Ainsi, comme les Borgia, est l’âme de l’Hispanie.