Rien ne prédestinait Jean Luchaire, pacifiste dans les années 1930 et opposant à l’antisémitisme, à basculer dans la collaboration. Avec son ami Otto Abetz – qui deviendra l’ambassadeur du Reich à Paris –, ils rêvaient d’une paix béate entre ennemis jurés, assénant leur slogan « Plus jamais ça ». Mais la guerre éclate. Luchaire, à la tête du quotidien Les Temps nouveaux, marche main dans la main avec l’ennemi et entraînera sa fille Corinne, la Garbo française, dans sa chute.
♥♥Ø Si le nouveau film de Xavier Giannoli a été étrillé par une partie de la presse, c’est parce qu’à l’instar de son adaptation des Illusions perdues (2021)de Balzac, il ne verse pas dans un cinéma manichéen. À raison, l’âme n’étant ni blanche ni noire, mais grise. Giannoli scrute l’homme tiraillé entre sa conscience et sa soif de gloire et de plaisirs. Rubempré et Luchaire se ressemblent. La page d’histoire s’étire sur une heure de trop mais ouvre une réflexion – très actuelle – sur le cancer d’une France en eaux troubles : le désamour de la patrie engendré par la chimère du pacifisme.
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Film de Xavier Giannoli, avec Jean Dujardin, Nastya Golubeva, Philippe Torreton et August Diehl (2026, France, 3h15). Tiré d’une histoire vraie. Adultes.