Finies les années d’enfouissement ! La foi s’affirme de nouveau dans l’espace public. De plus en plus de catholiques, de tous âges et de toutes sensibilités spirituelles, quittent leur foyer pour partir en pèlerinage pendant quelques jours, entraînant dans le sillage de cette piété vivante un puissant renouveau spirituel.
Les pèlerinages des hommes fêtent leur cinquantenaire cette année. Nés au sanctuaire de Cotignac en 1976, ils se répandent depuis comme une traînée de poudre, avec près de 80 groupes officiels en France, et une quinzaine à l’étranger. Chaque année, entre mars et septembre, ils sont des dizaines de milliers à marcher, pendant trois jours, vers les grands sanctuaires de France : Cotignac, Vézelay, le Mont-Saint-Michel, Montligeon, Rocamadour, Lisieux… sans oublier de plus en plus de petits sanctuaires locaux. Tous ces hommes mettent leurs pas dans ceux de leur saint patron : saint Joseph, modèle de croyant, d’homme, de travailleur, de père…
« J’ai vécu une vraie libération »
L’édition de Vézelay, qui fête ses 20 ans cette année, a rassemblé 1 300 pèlerins du 3 au 5 juillet. Pourquoi un tel succès ? C’est « avant tout un moment de respiration annuel, qui permet de vider son sac à la fin d’une année bien remplie », explique Christophe Becker, l’un des organisateurs. « À la différence des dîners où l’on joue souvent un rôle social, chacun fend l’armure pendant ces trois jours, et confie ses intentions de prière, ses joies et ses difficultés personnelles, professionnelles, familiales, de couple, précise-t-il. Il y a une telle fraternité que nous pouvons partager tout ce que nous portons de beau ou de douloureux, dans une totale confidentialité. Cela crée une profondeur et une sincérité des échanges qu’on ne trouve nulle part ailleurs. » Ce père de famille confie qu’après avoir perdu sa femme l’an passé, « c’est seulement au pélé, entouré de très bons amis » qu’il a pu vraiment s’effondrer : « J’ai vécu une vraie libération… »
Dans une société où la masculinité est devenue suspecte, beaucoup de pèlerins ressentent le besoin de se retrouver entre hommes pour marcher et prier. « Le monde a besoin d’hommes solides, qui ont confiance en eux pour vivre en sereine complémentarité avec les femmes : c’est ce que nous apportent ces lieux d’amitiés masculines, où nous pouvons être nous-mêmes. L’effort physique partagé dans la marche, la contemplation de la Création, la coupure avec le portable et la durée de trois jours nous aident à revenir au réel et à nous affranchir de cette pudeur qui empêche habituellement de partager ce que nous vivons », analyse Dominique Chevillard, habitué du pèlerinage de Montligeon.
La marche est rythmée par la prière et chaque groupe est accompagné par un prêtre. Et les grâces spirituelles pleuvent : certains, entraînés par des amis, arrivent incroyants et repartent convertis ; d’autres, croyants, découvrent la grâce du sacrement de la confession ou retrouvent une vie de prière vivante… Tous repartent vivifiés pour vivre les difficultés du quotidien.
Moins nombreux que ceux des hommes, des pèlerinages au féminin existent également, bâtis sur le même modèle, de Cotignac au Mont-Saint-Michel – comme Ultreïa, un pèlerinage pour les femmes sur les côtes normandes, appelées à « marcher dans les pas de Marie ».
Parallèlement, les pèlerinages proposant la messe traditionnelle sont également en plein essor, à la suite de leur grand frère, Notre-Dame de Chrétienté, qui rassemble désormais plus de 20 000 pèlerins à Chartres, à la Pentecôte. Moyenne d’âge : 20 ans ! Les nouveaux venus s’appellent Feiz e Breizh en Bretagne, Nosto fe en Provence, Dex Aïe en Normandie, Arrebastir en Gascogne, Notre-Dame-de-la-Mer en Île-de-France, le pèlerinage de La Salette, le pèlerinage de Tradition du Poitou-Charentes, Notre-Dame-des-Cimes en Savoie. Pour Lucie de Sartre, qui en est l’une des organisatrices, c’est la « soif spirituelle de la jeunesse dans un monde en perte de repères, ainsi qu’un désir d’enracinement et d’appartenance à une communauté » qui explique leur succès. Mais également, comme ailleurs, c’est aussi « la beauté de la liturgie en forme extraordinaire » qui attire ces jeunes « en quête de sens du sacré ». C’est l’occasion pour les nouveaux convertis « de se rencontrer et de former des amitiés chrétiennes ».
Identité catholique et visibilité
Outre une identité catholique affirmée, plusieurs de ces nouveaux pèlerinages assument une identité locale vivante et forte. « Nous sommes incarnés, nous avons besoin d’être ancrés dans une terre, par les traditions locales qui véhiculent la beauté », analyse Jean-Baptiste Martel, organisateur du pèlerinage Arrebastir qui a attiré 600 pèlerins pour sa première édition, l’an passé. Avec une messe finale en rite tridentin célébrée au sanctuaire de Lourdes. La culture locale est aussi un puissant vecteur missionnaire : « Nous nous appuyons sur notre identité pour réévangéliser la région, qui est une des vocations de ces pèlerinages : elle est une excellente porte d’entrée dans la foi, pour ceux qui ne la connaissent pas, car beaucoup de pèlerins sont au départ simplement en quête de spiritualité », constate l’organisateur.
La visibilité publique de la foi est un élément important dans ces marches spirituelles qui sont, pour Lucie de Sartre, « le visage d’une France catholique qui s’affirme et n’a pas peur de témoigner de sa foi, dans une société athée dans laquelle seul l’islam ose afficher ses croyances ». Dans ce renouveau, la jeune femme perçoit « un sursaut de la foi catholique, des enfants de la France fille aînée de l’Église qui n’acceptent pas d’être dépossédés de leurs racines chrétiennes ».
De nombreux pèlerinages nocturnes locaux voient le jour par ailleurs dans les diocèses, comme celui des « sept églises », à Paris. Conçu sur le modèle de celui créé par saint Philippe Néri au XVIe siècle pour réévangéliser Rome, il a rassemblé des jeunes de 18 à 35 ans, le 27 mars dernier, pour marcher toute une nuit en priant, sur un itinéraire reliant sept églises parisiennes.
À Lyon, les jeunes se sont retrouvés le 6 mars pour le Pélé de nuit pour la France et pour l’Église, animé par la Fraternité Saint-Pierre depuis huit ans. À Lille, le 6 mars également, le Grand pèlerinage de nuit a rassemblé les étudiants de la Catho, etc.
À l’échelle nationale, après les grands pèlerinages mariaux du M de Marie (2020), de la Grande Marche de Saint-Joseph (2021) et de la Troménie de Marie (2022), c’est le Cœur de Jésus qui sera l’objet d’un grand pèlerinage, avec Mission Sacré-Cœur, du 22 novembre 2026 au 6 juin 2027, portant en procession une grande statue du Sacré-Cœur, à travers huit diocèses.
Le printemps de la foi est en marche.
