« Les influenceurs doivent assumer pleinement leur foi » - France Catholique
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« Les influenceurs doivent assumer pleinement leur foi »

De plus en plus nombreux, les influenceurs catholiques français pourraient s’inspirer du succès de leurs homologues américains, explique Matthieu Lavagna, essayiste et apologète.
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© Youtube @matthieulavagna

Quelle est la principale qualité des influenceurs catholiques américains ?

Matthieu Lavagna : Alors qu’il y a en France une tendance à vouloir garder les questions religieuses dans la sphère privée, les Américains n’ont pas peur d’en parler en public. Au point d’organiser, dans les universités, des débats sur l’existence de Dieu, la résurrection de Jésus, la fausseté de l’islam, etc. Il y a chez eux une culture des débats formels, c’est-à-dire structurés et chronométrés, ce qui permet d’exposer les arguments avec beaucoup de substance, parce que les arguments ont été pensés à l’avance.

Comment expliquer cette différence avec la France ?

Cela relève sans doute d’une culture de la liberté d’expression qui est davantage développée aux États-Unis, mais il faut aussi remarquer que nous souffrons en France de cette idée, qui vient des Lumières, qu’il est impossible de trancher les questions religieuses par l’argumentation, c’est-à-dire par la raison. Dès lors, la foi est assimilée au sentiment. Sans parler du fait qu’affirmer publiquement que notre religion est vraie revient à souligner que les autres sont dans l’erreur, ce qui est politiquement incorrect…

Dans quelle mesure les influenceurs catholiques américains peuvent-ils inspirer les Français ?

Les apologètes américains sont très bien formés sur le magistère. Avant de se lancer, chaque influenceur français devrait lire au minimum le Catéchisme de l’Église catholique en entier, ainsi que le Nouveau Testament. Car il doit se tenir prêt à répondre aux questions que les gens vont lui poser et il n’y a rien de pire que de représenter de manière erronée la position de l’Église. Cela relève d’un devoir moral !

Quelle est la particularité des influenceurs catholiques français ?

Les influenceurs français essayent avant tout de rendre les questions religieuses intéressantes et accessibles pour le grand public et notamment pour les jeunes catholiques qui, à l’adolescence, cherchent de vraies raisons de croire. On ne peut que constater que ce passage de l’enfance à l’âge adulte est un temps capital, où les jeunes cherchent à s’approprier personnellement leur foi, en se disant qu’ils ne sont pas simplement chrétiens parce que nés dans un environnement croyant. Mais il n’y a bien sûr pas que des croyants : beaucoup de ceux qui regardent ces contenus sont des jeunes qui se posent des questions existentielles et qui, quand ils apprennent à connaître la foi chrétienne, en viennent à se poser la question du baptême.

Certains catholiques regardent le numérique avec méfiance…

Internet est rempli de choses mauvaises, néfastes même. Mais si nous n’y allons pas, les jeunes ne trouveront que du contenu débilitant, ou du contenu qui les éloigne de la foi. On peut le regretter, mais on ne touchera pas la jeunesse en publiant des traités de 500 pages ! Les livres conservent une importance capitale mais, qu’on le déplore ou non, c’est par les réseaux sociaux et Internet en général que l’on peut avant tout accrocher les jeunes. Une fois leur intérêt suscité, on pourra les rediriger vers des ressources écrites pour qu’ils puissent approfondir.

On voit beaucoup de vidéos présenter la foi catholique à travers un prisme de « permis/défendu »… Est-ce là la plus grande attente des jeunes ?

Il existe une volonté de cadre très clair chez les jeunes, qui est la preuve que nous avons traversé une véritable rupture de la transmission ayant entraîné des générations sans repères. Les questions portant sur ce qui est permis ou défendu permettent de répondre à cette aspiration profonde. C’est d’ailleurs pour cela que l’islam, qui insiste beaucoup sur ce point, attire. Cela étant, il faut rappeler que la foi chrétienne ne se réduit pas au « permis /  défendu » puisqu’elle est aussi une relation personnelle, un cœur à cœur avec le Christ. Mais il y a un autre extrême dans lequel il ne faut pas tomber et qui se retrouve malheureusement aujourd’hui chez certains théologiens, qui consiste à affirmer que la morale chrétienne est au-dessus de tout cela et que les interdits auraient été dépassés. Or les Dix Commandements, c’est quand même du « permis  / défendu » ! Et dans l’Évangile, le Christ donne plusieurs commandements, ne serait-ce que sur le mariage par exemple, en interdisant absolument l’adultère. Et sur certaines questions, notamment éthiques, nous devons avoir des réponses claires et précises. Sur l’avortement, par exemple : il faut rappeler qu’il est totalement interdit, plutôt que de tenir un discours vague et relativiste.

Que révèle ce dynamisme numérique ?

Cela montre qu’on existe dans la sphère publique et qu’on n’a pas à se cacher. Nous assumons pleinement notre foi ! En soi, c’est déjà un grand message qui est envoyé à la France. Il n’y a rien de révolutionnaire à cela : le fait de ne pas avoir honte et d’être prêt à défendre la foi publiquement est exigé de tout chrétien, comme le rappelle saint Pierre : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous » (1P 3, 15). Dès les temps apostoliques, il y a cette idée qu’il faut annoncer la foi sur la place publique. C’est ce qui est ainsi relaté dans le livre des Actes, sans parler du témoignage des martyrs ! Dès lors, la moindre des choses qu’on peut exiger de nous, c’est qu’on défende Jésus-Christ et son Église dans la sphère publique et, en l’occurrence, numérique.